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Bloc Party - Four
Chronique Album
Date de sortie : 20.08.2012
Label : Frenchkiss Records/Cooperative Music
35
Rédigé par Julien Soullière, le 20 août 2012
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Il a suffi d’une déclaration, celle d’un fabulateur adroit, et compulsif dès lors qu’il s’ennuie, pour que naisse la formidable légende urbaine que voilà : Bloc Party disparaitrait avant de donner naissance à son quatrième et tant attendu album. Une bombe d’autant plus meurtrière qu’elle a été déposée à même le cœur des fans par un homme de l’intérieur, Kele Okereke, leader charismatique de la célèbre formation londonienne. L’indignation, pourtant, laissera bientôt place à l’allégresse, l’écran de fumée se dissipant peu à peu jusqu’à nous laisser entrevoir les contours d’un disque qui est aujourd’hui une réalité. Quatre ans après Intimacy, Bloc Party reviennent donc aux affaires, avec sous le bras un album dont le nom, plus que de nous aider à compter, vient nous rappeler que si un groupe peut être plus que la seule somme de ses individualités, ces dernières n’en constituent pas moins son ADN.

Comme Intimacy en son temps, Four s’amuse à brouiller les cartes d’un jeu aux règles d’ores et déjà bien floues pour qui suit le groupe depuis ses débuts. Si les conséquences pour l’auditeur – la surprise, puis l'adaptation - sont à peu de chose près les mêmes, les causes, elles, sont des plus contraires. Un pas en avant, un grand bon en arrière : exit les artifices électroniques incessants, le puissant et novateur Intimacy laisse désormais place à un disque souvent brutal, autrement plus régressif, marqué au fer rouge par le rock alternatif américain des années 80 et 90, de Pearl Jam aux Alice In Chains, en passant par The Smashing Pumpkins (Kettling) et les non-moins fameux Red Hot Chili Peppers (Real Talk).
Et c’est sûrement là où le bât blesse le plus. De Bloc Party, groupe que l’on a connu si progressiste, on attendait sûrement peut-être un peu plus qu’un album aussi rudimentaire, direct, et sèchement tourné vers le passé. De là à pendre nos quatre compères sur la place publique, il y a un fossé que certains semblent pourtant très enclins à franchir. On n’est pas loin du faux procès, alors même que d’autres groupes et artistes se complaisant à jouer une musique d’un temps qui n’est pas le leur sont encensés ici et là par la Sainte-Mère critique. En vérité, Bloc Party se situent malgré eux du coté hype de la force, ce qui explique peut-être que le cachet Four ait quelque mal à trouver son chemin dans la gorge de certains (et puis, on est tous le bouc émissaire d'un autre). Mais ceux-là, il est vrai, ne sont plus tendres ni objectifs avec le groupe anglais depuis bien longtemps déjà.

Bloc Party, et c'est ce qui a concouru à faire de ce groupe l'un des plus stimulants de sa génération, n'ont eu cesse d'évoluer, prenant le risque de toujours remettre en jeu une popularité très tôt acquise. Jusqu'alors cependant, chaque album était la promesse évidente d'une nouvelle aurore; aujourd'hui, Four est certes l'assurance pour l'auditeur de ne pas poser les oreilles sur un disque en tout point similaire aux précédents, mais la voile de l'ambition ne semble plus aussi gonflée qu'auparavant. Pour autant, les anglais font toujours preuve d'une redoutable efficacité à l'heure de trousser des morceaux solides, qu'ils soient de nature turbulente, ou, à l'opposé, propices à des égarements d'ordre mélancolique.
Et d'ailleurs, s'il y a bien une constante chez Bloc Party, ici sublimée, c'est celle-ci : l'alternance, quasi vitale, entre fureur et répit. Ponctué de nombreux morceaux de bravoure, pour certains dansants (Truth, et à la limite Octopus), pour d'autres emprunts d'une férocité jusqu'ici insoupçonnée (le paroxysme étant atteint en toute fin de disque, en atteste un We Are Not Good People réussi, et moite comme le grunge), ce nouvel album se pare également de titres ô combien plus mélancoliques, à la tête desquels siège un somptueux The Healing, traversé tout du long de cordes au doux parfum d'Asie. C'est dans ces instants de pleine plénitude, d'ailleurs, que la patte du groupe est la plus reconnaissable; malmenée, elle vole littéralement en éclats (exception faite de la voie reconnaissable entre mille de Kele Okereke) dès lors que l'orage se met à gronder, et que les musiciens, dans une tempête d'élans libérateurs, se décident à jouer comme si leur propre vie en dépendait.

Quatre albums, quatre propositions, quatre expériences. Groupe de rock autoproclamé, Bloc Party réussissent leur retour, et signent avec Four un album qui ne viendra pas entacher leur discographie, mais qui ne la sublimera pas non plus. Les années se sont écoulées, et le groupe ne semble plus avoir les mêmes priorités qu'auparavant. Peut être qu'il est des choses qui appartiennent déjà au passé. Peut-être faut-il se faire à l'idée que Bloc Party, si suite il y a, ne seront désormais pas plus qu'un formidable groupe de potes.
tracklisting
    01. So He Begins To Lie
  • 02. 3x3
  • 03. Octopus
  • 04. Real Talk
  • 05. Kettling
  • 06. Day Four
  • 07. Coliseum
  • 08. V.A.L.I.S.
  • 09. Team A
  • 10. Truth
  • 11. The Healing
  • 12. We Are Not Good People
titres conseillés
    3x3, The Healing, We Are Not Good People
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