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Royal Blood

Royal Blood

Royal Blood - Royal Blood
Chronique Album
Date de sortie : 25.08.2014
Label : Black Mammoth Records/Warner Music
5
Rédigé par Hugues Saby, le 17 août 2014
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Avez-vous vu « Ratatouille » ? Non, je ne plaisante pas. Ce film, qui n'a en apparence rien à voir avec ce qui nous intéresse ici, comporte une scène absolument extraordinaire. Celle où Anton Ego, critique gastronomique mondialement renommé pour sa plume acerbe et destructrice, rend les armes après avoir été touché en plein cœur par un plat. Dans un long monologue de génie, il explique en quoi le métier de critique, son métier, est un métier facile, un métier sans risques. Il parle des critiques gastronomiques, mais son analyse, fulgurante, est d'ordre universel. Et tout critique musical digne de son nom devrait avoir vu cette fabuleuse scène.

À bien des égards, le rôle de rock critic est en effet un exercice de style jouissif à moindre frais. Il est toujours particulièrement facile de déglinguer un artiste ou un disque que l'on n'aime pas, en étalant son humour et sa science au moyen de petites phrases bien tournées. Les critiques assassines sont souvent celles qui font le plus la réputation de leurs auteurs, et le plus marrer les lecteurs. Mais à bien y réfléchir, quelle gloire en retire-t-on vraiment ? Car le vrai risque, le vrai rôle du critique, c'est de défendre ce qu'il aime, de défendre la nouveauté, de défendre le talent. Et de prendre de vraies postures en énonçant une vérité, en prenant position. Les gens vulgaires diraient « mettre les couilles sur la table ». Je n'adhère pas à l'image, mais totalement à l'idée. Parfois, il faut savoir défendre corps et âme un artiste, être dans l'emphase et l'excès, et en assumer les conséquences. C'est une épée à double tranchant : si le succès est total, c'est le jackpot ; si en revanche c'est un bide retentissant, on se fait au mieux bien foutre de sa gueule, au pire complètement discréditer.
Mais la vérité, c'est que tout cela n'est pas très grave. Parce que pour des gens comme vous, pour des gens comme moi, c'est la musique qui fait tourner le monde. C'est elle qui nous fait nous lever le matin ; qui nous sort des instants les plus sombres ou qui nous transporte très haut dans les moments d'euphorie ; qui nous colle la chair de poule ou la claque de notre vie pendant un concert ; qui nous donne envie de pleurer, de baiser, de tout casser. Et qu'à côté de tout cela, nos petits textes de critiques du dimanche, c'est peanuts. Si vous le voulez bien, laissons donc tomber deux minutes nos petites phrases et nos petites postures.

Alors, la voilà, la prise de position. En musique, rares sont les moments où l'on assiste à quelque chose qui change la donne. C'est le cas aujourd'hui. Royal Blood est un putain de premier album, un putain d'album tout court, et Royal Blood est un putain de groupe qui va laisser sa trace dans l'histoire du rock. En écoutant ce disque, j'ai eu les mêmes sensations qu'en écoutant le premier disque de Muse, Showbiz. Ce groupe est pourtant devenu l'une des choses que je déteste le plus au monde. Mais son premier album était tout simplement extraordinaire par son urgence vitale, son énergie viscérale et sa capacité à faire sentir qu'il était en train de se passer quelque chose.
Sur ce premier album, il se passe quelque chose d'unique. Les Royal Blood ont le bon look, la bonne gueule, la bonne pochette. Ils sont au bon endroit, au bon moment. Et surtout, ils jouent la bonne musique. Faisant totalement abstraction de la logique du rock'n roll classique, leur duo basse-batterie distille un son colossal, qui rappelle à la fois Led Zeppelin, Queens Of The Stone Age, Rage Against The Machine, le Muse des brillants débuts et les White Stripes. On navigue entre hard rock, métal, rock stoner et blues rock avec une facilité déconcertante, tout cela condensé et digéré en un style unique, évident : le leur.

Le jeu de basse de Mike Kerr est phénoménal, épileptique. En jouant de la basse comme d'une guitare, avec force pédales d'effets, il venge tous les bassistes du monde à qui l'on a fait croire que c'était un instrument de seconde zône, un instrument de geek destiné à être relégué en fond de scène. En live, la formule du duo fonctionne parfaitement, loin des performances soporifiques des Black Keys. Sur disque, le son est tout simplement monstrueux, apocalyptique. La voix, légèrement lyrique, emmène le tout très haut, malgré les mégatonnes de sons qui sortent des amplis. Le jeu de batterie de Ben Thatcher est à la fois destructeur et extrêmement juste, éclaboussant l'ensemble d'une classe et d'une finesse folles. Le groove de cette rythmique n'est pas sans rappeler les trésors d'AC/DC. Quant aux singles, ils sont fracassants, et les décideurs de leur maison de disque ont du s'arracher les cheveux pour n'en choisir « que » quatre à ce jour. Figure It Out, notamment, est une irrésistible machine à tout détruire sur son passage. Le reste du disque est à l'avenant. Trente-deux minutes, dix morceaux, aucun répit. La perfection. Les fans de gros rock indé du monde entier ne s'y sont pas trompés, au premier rang desquels Matt Helders, qui arborait l'été dernier déjà, lors du concert des Arctic Monkeys à Glastonbury, un t-shirt du groupe (d'ailleurs fait à la demande pour l'occasion). Un signe.

Alors, évidemment, malgré tout ce qui précède, les Royal Blood vont peut-être complètement se planter. Et moi avec. Mais finalement, peu importe, parce que la seule chose qui compte vraiment, c'est que vous et moi allons dans les prochains jours écouter cet album en boucle, et à fond. Et pendant ces courts instants de pur délire, plus rien d'autre n'existera. Nous serons immortels, tout comme ce bon vieux rock'n roll, à qui Royal Blood vient de mettre une sacrée trempe.
tracklisting
    01. Out Of The Black
  • 02. Come On Over
  • 03. Figure It Out
  • 04. You Can Be So Cruel
  • 05. Blood Hands
  • 06. Little Monster
  • 07. Loose Change
  • 08. Careless
  • 09. Ten Tonne Skeleton
  • 10. Better Strangers
titres conseillés
    Come On Over - Figure It Out - Little Monster
notes des lecteurs
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