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Idlewild

Everything Ever Written

Idlewild - Everything Ever Written
Chronique Album
Date de sortie : 16.02.2015
Label : Empty Words
35
Rédigé par Julien Soullière, le 18 février 2015
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Idlewild est un groupe de cœur, vraiment, et des comme ça, on a franchement assez des doigts d'une seule main pour les compter. Roddy Woomble et sa brigade sont le genre de mecs vers qui on aime à revenir aujourd'hui encore, car au-delà de leur musique, ce sont les souvenirs qu'ils nous expirent en pleine face qu'on se plait à retrouver, les yeux humides mais sans jamais être pris d'une quelconque nostalgie. Il s'agit là de félicité, dans son plus simple appareil.

En un sens, les Ecossais sont les items d'un temps passé, car depuis The Remote Part en 2002, le groupe n'a jamais réussi à sortir des limbes dans lesquels il s'est brutalement empêtré, sans aucune raison apparente et à notre plus grand désarroi. D'ailleurs, à la sortie de The Collection en 2010, deuxième « Best Of » en tout juste quatre ans, on pensait franchement que la messe était dite, ce qui, après une brève étude rétrospective, n'était pas sans nous laisser un goût âpre partout en bouche : aucunement combatif, Post Electric Blues aura été le quart d'un baroud d'honneur.
C'était oublier qu'on est en vie tant qu'on n'est pas mort, conséquence de quoi Idlewild nous reviennent en ce début d'année 2015, épaulé d'un nouveau label, Empty Words, et les bras chargés de douze compositions bien fraîches. La sensation que l'on éprouve est alors très étrange, piégés que nous sommes entre une froide inquiétude et une franche excitation. Pourtant, les quelques avis lus ici et là sur la toile sont plutôt unanimes, et, surprise, dans le bon sens du terme. S'agirait-il donc d'un retour en bonne et due forme?

Ceci est un message destiné aux puristes : non, Idlewild ne sont pas revenus à leurs premières amours (ou seraient-ce plutôt les vôtres ?). Si ça n'était pas encore le cas, dites une fois pour toute adieu à l'énergie punk bien grasse déployée à l'ère pré-100 Broken Windows, et au passage, dites également au revoir aux accents grunge et power-pop que l'on a bien connu par la suite, car si le groupe ne se débarrassera sûrement jamais de son éternelle candeur, il persiste dans une voix toujours plus élégante et docile. Paralysée jusqu'ici par on ne sait quel foutu chausse-trappe, la formation écossaise s'assume désormais pleinement, et cette libération tardive des esprits entraine également celle de sa musique, pour notre plus grand plaisir évidemment.
Certes, les guitares savent encore tonner à l'occasion (On Other Planet), mais elles ne sont définitivement plus le prétexte. Aujourd'hui, le groupe veut de la couleur, de l'amplitude, et s'il est toujours question d'un enrobage rock classique (un morceau comme Nothing I Can Do About It renvoie inévitablement aux derniers LP d'Idlewild, de même qu'à U2 par moments), il fait un pas assumé vers l'inédit. Ainsi, quand ce n'est pas un groove imparable qui sertit les couplets de Collect Yourself ou des chœurs malicieux qui émaillent Left Like Roses, ce sont d'autres convives qui s'improvisent trouble-fêtes, apportant une épaisseur bienvenue à Everything Ever Written, en attestent le violon taquin qui titille So Many Things To Decide, les cuivres psychédéliques qui donnent de l'allant à la très jazzy All Things Different, et le piano gracile qui enflamme la touchante Utopia.

Autre preuve de cette évolution aussi souhaitable que bienvenue, les titres en dessous des quatre minutes sont désormais chose rare (au total, trois sur douze), et le groupe va jusqu'à nous sortir un morceau d'un peu plus de sept minutes, preuve que l'urgence des débuts n'est plus ce qui conduit les débats. De toute façon, et ils nous l'avaient déjà fait comprendre par le passé, Idlewild savent comment trousser de chouettes moments de douceurs, et ce n'est pas So Many Things To Decide ou Every Little Means Trust qui viendront contredire cette affirmation, ni même Like A Clown, qui nous entraîne lui en terres country pour mieux nous réchauffer le cœur et l'esprit.

Bien sûr, Everything Ever Written n'aura pas sur nous l'impact qu'auront eu les premiers disques d'Idlewild, et, forcément, le disque ne peut être considéré comme parfait (Radium Girl est une guimauve somme toute dure à digérer, Another Planet est quelque peu poussive). Mais il faut se rappeler qu'on partait de loin. Et puis, on ne peut qu'être heureux de voir ce groupe respirer à pleine poitrine, s'épanouir à nouveau, prendre suffisamment goût à l'exercice pour dégainer ces belles écritures dont il a le secret, tout en s'émancipant de son propre modèle.

Nous, en tout cas, on sort de cette écoute apaisé.
tracklisting
    01. Collect Yourself
  • 02. Come On Ghost
  • 03. So Many Things To Decide
  • 04. Nothing I Can Do About It
  • 05. Every Little Means Trust
  • 06. (Use It) If You Can Use It
  • 07. Like A Clown
  • 08. On Another Planet
  • 09. All Things Different
  • 10. Radium Girl
  • 11. Left Like Roses
  • 12. Utopia
titres conseillés
    So Many Things To Decide, (Use It) If You Can Use It, Utopia
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