Chronique album : Portico Quartet - Living Fields - Sound Of Violence
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Portico Quartet

Living Fields

Portico Quartet - Living Fields
Chronique Album
Date de sortie : 30.03.2015
Label : Ninja Tune
35
Rédigé par Julien Soullière, le 16 avril 2015
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La vie sait être complexe. A tel point que, parfois, on se demande comment certains projets s'y sont pris pour ne pas sombrer. Celui porté par Jack Wyllie, Duncan Bellamy et Milo Fitzpatrick n'a pas eu la vie facile, mais ces gars-là font l'effet fou du ciment. Plus de dix ans après avoir fait jeu commun pour la première fois, les trois garçons gèrent toujours l'affaire Portico. Départs, changement de nom et grand écart stylistique n'auront pas eu raison de ces amateurs de jazz mutant, dont le visage dévoilé depuis Portico Quartet n'a plus grand-chose à voir avec celui de leurs débuts.

On aime ce genre de disques. On aime la sophistication, la finesse. Quand l'ambiance alors crayonnée est élevée au rang de personnage principal dès le premier chapitre. Quand les voix se font versatiles, lumineuses, qu'elles se dissipent sans forcer dans le décor dressé par des instruments aussi subtils qu'elles. Quand les époques, mais également les genres s'aiment et se désaiment à une vitesse telle qu'il devient difficile de les distinguer les uns et des autres (voyez l'alliance récurrente entre ce synthétiseur si kitsch et des beats on ne peut plus actuels. Clairement, les amateurs de James Blake seront aux anges.
Ici aussi, les silences sont importants et leur gestion savante, les voix tutoient un ciel souvent ombragé, voire carrément menaçant quand, sur Living Fields, ça n'est rien de moins qu'un orage qui menace d'éclater à l'orée de salves électroniques musclées. Ce jazz moderne déjà évoqué et qu'ils jouaient il y a quelques années encore, Portico s'amusent désormais à lui associer des éléments empruntés au R&B ou au dubstep, autant de styles qui se croisent, s'entrechoquent, parfois pour un résultat clinquant (Bright Luck), parfois pour un dénouement plus cinématographique, nous évoquant alors un autre artiste britannique, sieur Jon Hopkins (Dissolution, assez dispensable au demeurant). Et puis, il ne faut pas oublier les invités de marque qui viennent ici et là pousser la chansonnette (Jamie Woon, mais surtout Joe « Alt-J » Newman et Jono McCleery) : ils symbolisent à eux-seuls le renouveau du groupe londonien, et ne sont pas sans apporter une touche d'ampleur bienvenue.

Certes, comme souvent sur ce genre de disques, la surenchère n'est pas évitée, et à en être trop cérébraux, certains titres tuent dans l'œuf la moindre beauté, provoquent éventuellement l'irritation, et en tout cas, échouent à s'élever faute d'une musicalité à toute épreuve (Musicality Of Newness, Atacama). Et comme souvent avec ce type de musique, il ne faudra pas seulement entendre, mais écouter, plusieurs fois, à l'abri du bruit et des gens, et ce pour être en mesure de dénicher toutes les subtilités de ces morceaux construits par strates, faits de sonorités qui s'assemblent pour mieux se disperser un jour. Alors, non, Living Fields n'est pas un album incroyable, car il lui manque en vérité un soupçon de caractère, cette rondeur qui nous interdirait de l'oublier d'ici quelques mois à peine.

Ma foi, tant pis. Tant pis aussi si, finalement, il s'entête à marcher dans les pas de Blake et ses disciples. Il n'en reste pas moins qu'il sait se faire charmant, et ceux qui aiment à voir les atmosphères se déployer devraient sans doute tendre l'oreille à l'occasion.
tracklisting
    01. Living Fields (feat. Jono McCleery)
  • 02. 101 (feat. Joe Newman)
  • 03. Where You Are (feat. Jono McCleery)
  • 04. Atacama (feat. Joe Newman)
  • 05. Colour Fading (feat. Jono McCleery)
  • 06. Dissolution
  • 07. Bright Luck (feat. Jono McCleery)
  • 08. Brittle (feat. Joe Newman)
  • 09. Memory of Newness (feat. Jamie Woon)
titres conseillés
    101, Bright Luck, Brittle
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