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Muse

Simulation Theory

Muse - Simulation Theory
Chronique Album
Date de sortie : 09.11.2018
Label : Warner Music
25
Rédigé par Louise Beliaeff, le 4 novembre 2018
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Être une ex-fan de Muse peut être un atout comme un handicap. Depuis leur virage que certains qualifient de « commercial » et que l'on peut dater à la sortie de The 2nd Law (voire de Absolution ?), il est difficile de défendre le groupe en place publique sans déclencher le courroux de toute l'assemblée. Essayons de ne pas tout jeter à la poubelle et de comprendre le choix du trio sans a priori.

Le nom et la pochette de l'album auraient presque suffi pour réaliser cette chronique. Rouge, rose, bleu violet, noir. Des lignes géométriques, un ciel étoilé, une sorte de vaisseau spatial, une main bionique, des zombies qui n'ont pas l'air très sympathiques, une voiture de course, des caractères japonais... Ah ! Et les fameuses lunettes de Matthew Bellamy recyclées de The 2nd Law. L'image ressemble beaucoup à la pochette de l'album Outrun signé Kavinsky datant de 2013. Pêle-mêle, Muse convoque les univers de Star Wars, Stranger Things, Tron, Retour vers le futur, Drive, The Fog ou Ghostbuster... Gare à l'indigestion.

Algorithm, The Dark Side, Pressure, Propaganda, Thought Contagion... Pas de doute, il s'agit bien d'un album de Muse. Le groupe semble prendre un certain plaisir à choisir des titres issus du champ lexical de la fin du monde et du complotisme. C'est presque drôle, et presque rassurant : Muse reste fidèle à un univers, que l'on peut certes trouver trop grandiloquent et teenage, mais dont Mathew Bellamy, Dominic Howard et Chris Wolstenholme sont les maîtres inégalés. Et sans surprise, Muse fait du Kavinsky (5 ans plus tard), notamment sur Algorithm et The Void, les morceaux d'intro et de clôture du disque. Même son de synthé, même beat lourd à la « batterie », et mêmes montées dramatiques en arpèges. A ceci près. Muse ajoute sa pâte, celle des premiers albums. On retrouve une orchestration, des violons qui apportent un côté plus chaleureux mais aussi plus dramatique, et surtout : le piano. Matt fait son Rachmaninov. Flash back to 2001 avec Space Dementia sur Origin Of Symetry. Sa voix, toujours aussi juste et bien placée, vient s'ajouter à l'ensemble avant que la guitare électrique ne fasse son entrée triomphale après deux minutes d'écoute. Ouf. Muse fait du Muse. Le trio ajoute même des harmoniques vocales « Queenlike » rappelant United States Of Eurasia sur Resistance. La grandiloquence est à son maximum.

Le reste de l'album ressemble finalement assez peu à l'intro. The Dark Side est moins épique, le motif rythmique plutôt original, et la voix plus douce. On ne retiendra pas Something Human, ballade plutôt tranquille, mais pêchant par la trop grosse compression de la voix, et les refrains un peu trop gentillets. On ne retiendra surtout pas Get Up And Fight, véritable énigme de l'album. Des voix féminines chantonnent des « aaah » sur un beat électro cheap à la « batterie ». Sans parler du refrain punk californien un peu puéril. Il y a fort à parier que d'énormes gerbes de feu jaillissent du Stade de France à ce moment précis lors de leur giga-tournée prochaine. Dans tous les cas, comment rester crédible en chantant« get up and fight » ?

Et puis il y a l'autre moitié de l'album. Pressure semble être LE morceaux à retenir. Le couplet construit sur un riff sec et syncopé est très efficace, Dom y joue de la vraie batterie acoustique cette fois-ci sans guillemets, Matthew Bellamy propose de vrais solos de guitares, et le refrain reste en tête. Certes, l'univers reste un peu teenage, mais on joue le jeu. Deux titres sont beaucoup plus intrigants : Propaganda et Break It To Me. Le premier rappelle Unsunstainable, avec sa grosse voix de robot toute déformée. Puis à la manière de Prince, Matthew susurre les paroles en voix de tête, les fait groover avec sensualité. La rythmique se résume à quelques claquements de doigts, jusque ce qu'il faut pour être dansant. Le solo de guitare slide apporte un côté blues intéressant. Sur Break It To Me, on retrouve les harmonies arabisantes que le groupe affectionne, jolie madeleine de Proust (City Of Delusion...).

Il faut écouter plusieurs fois ce nouvel album pour le comprendre. On ne peut pas dire qu'il soit piteusement raté, ni qu'il s'agisse d'un pur chef d'oeuvre. Le sens est peut-être plus profond. Transposons Simulation Theory au cinéma. L'album est comme un pastiche à la Mel Brooks, Robert Rodriguez ou John Carpenter : à la frontière du nanar ou d'une parodie dans laquelle s'immisce le second degré, l'humour, l'exagération voire la caricature. Les trois acolytes tiennent les rôles principaux, comme sur leur pochette. Ils apparaissent excessivement sérieux frôlant le ridicule, et l'on ne peut s'empêcher d'imaginer leur fou rire après avoir pris la pose. C'est là tout leur talent et leur insolence : continuer de foncer dans des clichés et le mauvais goût, créer des univers ultra kitsch quitte à paraître démodés. Après la révolte de Drones, Muse s'envole vers le futur horrifique et parodie une nouvelle fois son propre genre.

Ça laisse autant atterré qu'admiratif.
tracklisting
    01. Algorithm
  • 02. The Dark Side
  • 03. Pressure
  • 04. Propaganda
  • 05. Break It To Me
  • 06. Something Human
  • 07. Thought Contagion
  • 08. Get Up and Fight
  • 09. Blockades
  • 10. Dig Down
  • 11. The Void
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