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Jack Garratt
Rationale

Paris, Cigale - 12 novembre 2015

Live-report par Déborah Galopin

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Minuit, groupe gagnant du concours Les inRocks Lab, était présent pour ouvrir la soirée du 12 novembre du festival les inRocKs Philips. Ça se passait à la Cigale, salle chaleureuse aux moulures et au charme certain. A 19h, le public s'est pourtant fait timide et a mis du temps à arriver.

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Les héritiers des Rita Mitsouko vont interpréter les cinq titres de leur EP. Les amoureux de rock britannique ne seront probablement pas convaincus par cette musique aux accents indéniablement français, mais je ne peux m'empêcher de les aimer. Simone Ringer incarne à merveille son personnage entre langueur, profondeur et folie. L'attitude qu'elle adopte sur Recule est saisissante, au bord des larmes, elle hurle « recule, recule, tu me fais plus peur », on a le sentiment que devant nous et avec nous, elle affronte ses propres démons. Toute l'intensité de leur musique réside dans les yeux de Minuit. C'est avec Sur Les Berges que le public commence à se réveiller, titre plus dansant que les précédents. Flash terminera de le convaincre. Une pop française pleine de peps.

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Rationale, musicien londonien, tranchera néanmoins avec Minuit par ses qualités indéniables. Dès le premier morceau, il embarque le public grâce à une musique pop, aux accents soul. Difficile de ne pas se laisser prendre par cette rythmique douce et entrainante. Fast Lane passe comme un bon vin lors d'un entremet, gardant le grand cru pour le plat de résistance. Si les premières notes sont accrocheuses, nous finirons le set avec la langue pendante tant ils nous impressionnent par la vigueur et la force qu'ils dégagent. Le charme et la magie sont déployés de façon grandissante. C'est sur The Mire qu'on commence à comprendre à quel chanteur on a faire. Une voix comme on en a rarement entendues. Claire, haute mais aussi incroyablement grave digne d'un gospel. Il chante la main sur le coeur, donnant avec générosité ce qu'il a en lui. Nous le réceptionnons et en frissonnons. L'inspiration l'habite et ce qui sort de sa bouche est pur. Être parvenu à placer une voix comme la sienne sur des sonorités pop-rock sans pour autant perdre en qualité, est un beau défi relevé haut la main. Leurs inspirations sont diverses, offrant des morceaux variés. Six titres et nous n'en avons pas eu assez. Avant de s'éclipser de la scène, il s'incline, nous remerciant. Dans son sourire, réside une innocence et une sincérité vraiment touchantes. Rationale est un artiste encore peu connu sur le territoire hexagonal et pourtant... il a tout pour séduire !

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La barre a été mise haute avec Rationale, pourtant on ne peut pas dire que Jack Garratt s'en sorte mal. Seul sur scène, il continue à faire danser tranquillement le dancefloor. La salle, quant à elle, commence à bien se remplir même si nous ne sommes pas encore collés-sérrés. Un grand barbu arrive sur la scène. Avec son look – casquette vissée sur son crâne rasé, Nike aux pieds – on s'attendrait presque à ce qu'il nous sorte un slam. Au lieu de ça, ses mains viennent jouer sur les touches blanches de son synthé pour une introduction toute en douceur : Synesthesia Pt1. Son univers se fait d'abord intimiste grâce à un immense abat-jour noir qui éclaire la scène de sa lumière orangée. Rapidement, il vient agrémenter sa musique de percussions électroniques. Ça y est ! Nous sommes dans une ambiance électronique. Dès qu'il prend sa guitare électrique, la salle se met à crier comme si elle n'attendait que ça. Il est seul et tous les instruments qui l'entourent, il les maitrise. C'est même plutôt déconcerté qu'on l'observe jouer d'une main du piano et de l'autre frapper son pad. Parlons en justement de son pad. C'est sur lui qu'il vient déchainer toute son énergie, le frappant dans un rythme effréné. Lors d'un court répit rythmique, il fait tourner la baguette entre ses doigts dans un geste savant.
Entre deux titres, Jack Garratt dit « je suis sleepy » de sa voix suraiguë. On se surprendrait presque à s'exclamer « il est cute », par ce franglais et ses mimiques. Pourtant, le public ne se laisse pas attendrir et hurle « wake up ! ». Lorsqu'il entame un morceau plus doux en guitare/voix, Weathered, la fosse est dissipée et n'est plus vraiment attentive. Les gens sont venus danser. Plusieurs « chut » essaye de ramener l'attention mais c'est seulement quand il reprend ses baguettes que le brouhaha du fond se calme. Il termine son set avec The Love You're Given, titre vraiment planant et Worry.

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Si le public s'est fait peu présent en début de soirée et ne s'est pas montré toujours réceptif, ce n'est pas parce que les artistes étaient mauvais, loin de là. Il est venu pour un artiste en particulier : Odezenne, dont la sortie de son nouvel album Dolziger Str.2 est annoncée au lendemain. 21h50, la Cigale est pleine. Les gens se pressent, nous bousculent, nous ramenant vers l'arrière alors que durant les trois concerts précédents nous étions aux premiers rangs. Un public loin d'être courtois, voire même plutôt ingrat, bien différent de celui que la scène rock britannique connaît habituellement. Le rideau rouge se lève sur une machinerie impressionnante digne d'un vaisseau spatial. Odezenne est affiché en capitale. Batteur, guitariste et chanteurs sont sur place et envoient la sauce tandis que la tension est à son comble. Les deux chanteurs arpentent la scène comme des lions en cage, déversant leur verve argotique sur fond d'électro. Les titres s'enchainent : Chewing Gum, Bouche à Lèvres, Dedans... Le politiquement correct est resté aux portes de la Cigale. L'ambiance est tellement chaude, qu'on finit nous aussi par oublier nos bonnes manières. Qu'importe les gens qui fument, les gens bourrés, le circle-pit qui se forme non loin. On se laisse emporter par cette foule déchainée, dansant, sautant, chantant... Les paroles vulgaires de Je Veux Te Baiser se font hypnotiques. A notre tour on les entonne, pire, on les hurle, cherchant à se faire davantage entendre que Jaco et Alix Caillet. De leurs paroles s'extirpe un quotidien brut, un peu crade, le désespoir d'une jeunesse paumée. Leur musique convainc grâce à une forme électro un peu rétro, posée, entrainante et juste.

Les Odezenne ne sont pas si mauvais, ils font tomber les préjugés et nous rendent accros.