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Still Corners

Creatures Of An Hour

Still Corners - Creatures Of An Hour
Chronique Album
Date de sortie : 10.10.2011
Label : Sub Pop/PIAS France
4
Rédigé par François Freundlich, le 4 octobre 2011
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Faisant suite à un prometteur single et à la petite heure passée en compagnie de ces créatures à la dernière Route du Rock, Still Corners publient leur premier album évoluant de l’insouciance de la jeunesse à l’inquiétante peur de l’inconnu.

A la suite de la rencontre fortuite entre le songwriter Greg Hughes et la jeune chanteuse Tessa Murray, sortant d’un train à la même station de métro londonien, ils sont par la suite rejoint par deux autres compères. En s’épanouissant dans une simplicité atmosphérique, ils déploient une dream-pop bercée par la frêle voix de Tessa et torturée par des éléments électriques rugueux dissimulés. Creatures Of An Hour peut être perçu comme la bande originale d'un film tant la palette d’ambiances dispersées dans ses chansons est vaste, permettant de s’imaginer les scènes en ayant presque envie de crier « and cut ! » sur les dernières notes. Greg avoue être beaucoup influencé par le cinéma d’horreur et cela se ressent dans les ambiances sombres et angoissantes de certains morceaux.
On trouve également la scène de fête avec des passages plus rythmés ou encore des moments de douceur rassurante liés à l’enfance. L’inspiration est donc très forte sur un disque qui pousse l’auditeur à s’imaginer également son propre film. L’expiration quand à elle se fait de plus en plus forte à mesure que l’ambiance tend vers la peur après d’insouciants débuts.

Tout commence donc plutôt calmement avec la légère Cuckoo que l’on retrouve avec enchantement. On se familiarise avec la voix fragile de Tessa, se détachant à peine du son froid de l’orgue entre synth-pop et cold-wave binaire. On flotte dans une atmosphère de bien-être, « in cloud cuckoo land », un pays qui nous a conquis et que l’on aime retrouver. Circular se fait plus psychédélique avec son introduction entêtante répétée à l’infini. Les sons raisonnent dans un lointain écho où guitare et voix s’échouent contre un mur synthétique. Endless Summer est la première embardée addictive du disque. Une légère guitare reprend les devants avec une ambiance plus mélancolique et une résonance ricochant sur la batterie. La voix se fait hypnotique et adolescente, rappelant la regrettée Trish Keenan (Broadcast) dans sa naïveté virevoltante s’apprêtant à lâcher prise.
Still Corners reprend en quelque sorte, et avec la manière, le flambeau éteint laissé par Broadcast, groupe majeur mais tellement sous-estimé. Sur ce morceau complètement enivrant, il semble que Tessa fasse tout pour se détacher et ne laisser transparaître aucune émotion mais son organe est touchant de part sa propre essence mélancolique, presque enfantine. La guitare tiraillée s’abat alors sur elle pour apporter un surplus de violence déliquescente, sans jamais vraiment l’atteindre.

Le rythme se fait soudain plus rapide, joyeux, voire presque dansant sur Into The Trees. La voix s’efface dans un sentiment d’insouciance, laissant la distorsion des guitares s’entrecroiser derrière la répétition de deux notes plaintives. Une base plus électronique fait son apparition, voyant un orgue se marier avec des déchirements noisy lointains. La berceuse The White Season s’étiole tout en douceur, annonçant le calme après la tempête. Une tempête de neige en l’occurrence pour ce petit flocon pop doucement soulevé par un glockenspiel accompagnant l’arrivée de l’hiver. Still Corners nous préviennent qu’ils peuvent s’énerver mais qu’au fond, ils sont gentils. C’est bien ce qu’ils essayent de faire croire puisqu’en contre-pied parfait, ils abordent la face la plus sombre du disque, celle que l’on préfère au final. On avait déjà repéré I Wrote In Blood lors de la Route du Rock comme le moment où les anglais basculent dans le coté obscur. Toute en simplicité mais également en tension, la voix se fait plus grave et les persistants « I-I wrote in blood » s’enfoncent dans la mémoire pour ne s’en échapper que très difficilement. Elle est suivie par ce synthé Tubullar Bells inquiétant annonçant la peur du saut dans l’inconnu qui marquera la fin de l’album. Les arrangements se font plus tortueux à l’image d’une nappe de synthé dérivante. On y reconnaît l’influence de Portishead, autant dans la citation de leur titre The Rip sur The Twilight Hour que dans un son grimaçant à la Geoff Barow. Velveteen poursuit la plongée dans l’horreur, comme si la jolie et innocente blonde au chant s’apprêtait à pénétrer de ses pattes de velours la maison hantée où l’attendent les pires créatures. Probablement diaboliques, répond justement Demons et sa guitare, comme si Dead Can Dance avaient engagé une faucheuse récitant avec profondeur des incantations d’une voix miniature et tremblante. Le disque de termine sur une note plus positive avec Submarine, tout en rappelant qu’il y aura toujours quelque chose de tapi dans l’ombre dans un « corner », dans votre angle mort.

Still Corners signent avec ce Creatures Of An Hour un album des plus inspirés s’affichant comme l’une des révélations britannique de l’année. Les londoniens multiplient les influences et apportent une modernité rafraichissante à une dream-pop synthétique pouvant apparaître vintage. N’essayez cependant pas de placer votre galette dans votre lecteur DVD ou vous risquez de voir des créatures monstrueuses apparaître dans la neige, télévisuelle cette fois.
tracklisting
    01. Cuckoo
  • 02. Circulars
  • 03. Endless Summer
  • 04. Into The Trees
  • 05. The White Season
  • 06. I Wrote In Blood
  • 07. The Twilight Hour
  • 08. Velveteen
  • 09. Demons
  • 10. Submarine
titres conseillés
    Wrote in Blood, Endless Summer, Cuckoo
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