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Menace Beach

Ratworld

Menace Beach - Ratworld
Chronique Album
Date de sortie : 19.01.2015
Label : Memphis Industries
4
Rédigé par Xavier Turlot, le 14 janvier 2015
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Leur nom vient d'un jeu vidéo des années 1990 dans lequel le héros skate dans une orgie de pixels pour sauver sa copine au milieu des ballons, grenouilles, et autres bombes. Menace Beach, un jeune groupe de Leeds, pose directement l'ambiance rétro et légère de leur premier album, Ratworld, qui sort chez Memphis Industries. Ce disque présenté comme un assaut de douze chansons, un voyage dans un pays des merveilles psychédéliques, est effectivement une aventure qui nous plonge durant une grosse demi-heure dans la power-pop américaine du début des années 1990. Peu de sérieux et peu de soin dans la forme, à l'image de la pochette délirante qui concorde avec la conception stylistique du leader Ryan Needham : « tout est meilleur quand c'est un peu crasseux et cassé ».

Ainsi, pas de synthétiseur, pas de pads ni de guitares acoustiques, mais de la distorsion sans parcimonie, une batterie énervée et des chansons courtes et très bien écrites. La voix douce et vaporeuse de Liza Violet, l'autre membre originel de la formation, apporte une touche bienvenue de baume qui vient lisser le son brut. La dissonance et les larsens à profusion de Come On Give Up offrent une belle ouverture au disque, et fait immédiatement de Menace Beach l'un des groupes anglais les moins anglais du moment tant les codes américains sont employés. Exceptée peut-être la très courte Lowtalkin' et son côté garage punk, tous les morceaux évoquent la nonchalance et la décontraction de la côte ouest. Sur Blue Eye, sans doute la chanson la plus étonnante du disque, seule Liza Violet chante sur un fond hypnotique de nappes de guitares et d'orgue. On s'attend à une explosion qui ne vient jamais, même lorsqu'un énorme larsen vient déchirer les enceintes de notre chaîne hi-fi ce n'est que pour enchaîner sur une distorsion plus volumineuse.

L'emploi de l'orgue donne une patte indéniable au groupe, car il est habituellement peu employé sur ce genre de rock. Ici il trouve sa place instantanément grâce à une relative discrétion et une utilisation non systématique et des motifs assez simples (sur Drop Outs et Tennis Court notamment). La chanson éponyme, concise et superbement construite, possède une teneur élevée en grunge, produisant une impression mitigée quelque part entre la froideur blasée de Nirvana et l'engouement insouciant de Weezer. Fortune Teller, la clôture de l'album, est une magnifique réussite à la frontière du rock psychédélique, aidé par un chant envoûtant partagé entre les deux leaders. L'orgue a cette fois la part belle et parvient à s'élever au-dessus de la débauche guitaristique, entre deux couplets de voix filtrées à outrance, et obtiendra l'honneur de jouer l'ultime note de l'œuvre, définitivement une très belle confirmation du talent de ce groupe, un an après leur EP Lowtalk.

Après le renouveau de la new-wave et celui de la pop psychédélique, c'est au tour de la power-pop des années 1990 d'avoir à nouveau le vent en poupe, et Menace Beach ont su s'en faire l'un des meilleurs représentants. Les mixages qui tâchent, les pochettes qui piquent, les structures simples reviennent en force, comme si l'on se rendait compte que ces ficelles n'avaient pas été assez exploitées, que ces recettes n'avaient pas révélé toute leur saveur. Les Anglais rejoignent ainsi une vaste mouvance désorganisée essentiellement américaine (King Tuff, Jeff The Brotherhood, Bleech...) qui devient de plus en plus passionnante.
En revanche, ce groupe est en réalité un patchwork de musiciens œuvrant chacun au sein d'une autre formation. Matt Johnson, qui a produit l'album et assuré les parties de guitares, connaît un succès montant avec Hookworms, et Rob Lee, l'autre guitariste, vient de Pulled Apart By Horses, autre groupe dont la notoriété est sans commune mesure avec le projet de Ryan Needham et Liza Violet. On peut donc craindre à raison que le groupe ait des possibilités de développement et de tournées limitées, à moins d'un triomphe...
tracklisting
    01. Come On Give Up
  • 02. Elastic
  • 03. Drop Outs
  • 04. Lowtalkin'
  • 05. Blue Eye
  • 06. Dig It Up
  • 07. Tennis Court
  • 08. Ratworld
  • 09. Taste Like Medicine
  • 10. Pick Out the Pieces
  • 11. Infinite Donut
  • 12. Fortune Teller
titres conseillés
    Blue Eye, Ratworld, Fortune Teller
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