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Ghostpoet

Shedding Skin

Ghostpoet - Shedding Skin
Chronique Album
Date de sortie : 02.03.2015
Label : [PIAS] Recordings
35
Rédigé par Julien Soullière, le 1er mars 2015
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La trentaine vigoureuse, Obaro Ejimiwe fait déferler sa voix avec une brutalité inversement proportionnelle à ce que sa forte carrure pourrait laisser penser. Le nez serti de grosses lunettes rondes, comme pour mieux fagoter un visage dont le sommet est orphelin de tout cheveu, l'anglais n'aime pas tant chanter que raconter, susurrer, confesser, et c'est alors principalement par sa bouche que se voit injecter dans ses chansons le hip-hop dont il ne se revendique pas, et qui marque pourtant au fer rouge des compositions amoureusement ourlées par le poète bois d'ébène sur Shedding Skin. Caverneuse mais jamais austère, la voix d'Ejimiwe déambule ici et là, et ne se défait jamais totalement d'une légère couche de malice qui nous fait penser parfois à l'inénarrable Tom Vek, surtout quand le phrasé acrobatique d'Obaro se met au service de titres parsemés d'éphélides électroniques (Off Peak Dreams, Sorry My Love, It's You Not Me).

Mais cette discrète espièglerie n'est là que pour éviter à Shedding Skin de tomber dans les abysses, car quand il n'est pas proche de la neurasthénie (au point d'être parfois feignant), l'album est le vecteur de sentiments qui témoignent d'une colère tout juste contenue (Yes, I Helped You Pack, The Pleasure In Pleather). Certains disques accompagnent idéalement les mois les plus chauds de l'année ; assurément, les teintes de gris qui maculent Shedding Skin, pareilles à celles qui suent par tous les pores des productions signées Tricky, saura s'accorder à toute période automnale qui se respecte.
En parlant de Tricky d'ailleurs, le dernier-né d'Adrian Thaws partage avec le nouveau Ghostpoet un goût manifeste pour le sexe opposé. Melanie De Biasio, Nadine Shah (dont la voix rocailleuse fait des merveilles sur la très jazzy That Ring Down The Drain Kind Of Feeling), Lucy Rose ou encore Etta Bond, les femmes ont le beau rôle sur Shedding Skin, un moyen supplémentaire d'arrondir les angles, mais également d'apporter de l'amplitude et plus de vérité encore à des titres qui pour beaucoup parlent d'amour déçu, ou tout du moins le suggèrent.

S'il n'est pas le disque le moins lumineux paru ces derniers mois, Shedding Skin pourra éventuellement paraître asphyxiant pour qui n'aime pas les espaces confinés, d'autant qu'il en joue beaucoup, et que l'insolite symétrie que produit la répétition, en début milieu et fin d'album, de mots en langue japonaise tend à accentuer cette impression de boucle sans aube ni crépuscule.
Cela n'enlève en rien les qualités de cet agréable narcotique qu'est Shedding Skin, un LP qui prend la forme d'un purgatoire, ni tout à fait rêve, ni tout à fait cauchemar, et qui grâce à la voix hypnotique de son géniteur et ses ambiances trip-hop aux petits oignon, nous entraîne vers des faubourgs où s'empoignent beats sourds, guitares agressives et percussions affûtées. Et puis, si l'album aime à vivre dans l'obscurité, il se conclut néanmoins sur titre nourri de cordes et d'espoir, un Nothing In The Way qui symbolise ici des yeux qui s'ouvrent après une nuit en rien paisible, mais qui, après tout, ne pouvait que s'achever.

Alors, lancez-vous, et laissez-vous flâner dans les ruelles qui irriguent l'esprit de Ghostpoet. De ce genre de voyages, il y a toujours quelque chose de fort à en tirer.
tracklisting
    01. Off Peak Dreams
  • 02. X Marks The Spot (feat. Nadine Shah)
  • 03. Be Right Back, Moving House (feat. Paul Smith)
  • 04. Shedding Skin (feat. Mélanie De Biasio)
  • 05. Yes, I Helped You Pack (feat. Etta Bond)
  • 06. That Ring Down The Drain Kind Of Feeling (feat. Nadine Shah)
  • 07. Sorry My Love, It’s You Not Me (feat. Lucy Rose)
  • 08. Better Not Butter
  • 09. The Pleasure In Pleather
  • 10. Nothing In The Way
titres conseillés
    Off Peak Dreams, Sorry My Love, It's You Not Me, That Ring Down The Drain Kind Of Feeling
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