Chronique album : PJ Harvey - The Hope Six Demolition Project - Sound Of Violence
logo SOV

PJ Harvey

The Hope Six Demolition Project

PJ Harvey - The Hope Six Demolition Project
Chronique Album
Date de sortie : 15.04.2016
Label : Island Records
4
Rédigé par Olivier Kalousdian, le 3 avril 2016
Bookmark and Share
Comment arriver à se renouveler après vignt-cinq ans de carrière sans jamais renoncer à son identité ? Comment se relever et faire face après un disque aussi prodigieux que ce précédent, Let England Shake, qui avait mis KO debout la presse et l'industrie du disque (ndlr : disque d'or au Royaume-Uni et au Danemark ; vainqueur du Mercury Prize et élu Album de l'année 2011 par le NME) ?

Quand on s'appelle Polly Jean Harvey et qu'on foisonne d'idées et de talent, on choisit de s'embarquer avec son vieux complice, le réalisateur Seamus Murphy dans un road trip qui ira du Kosovo, en Afghanistan et jusqu'à Washington DC (!) afin de mesurer l'enracinement des mauvaises graines que le monde disperse, au fil du temps. Un ensemencement et un enracinement qui ont tendance à salement s'accélérer, depuis quelques années... Le résultat de ces semaines de tournage se nomme The Wheel. Un documentaire social, musical et engagé relatant la misère des Balkans, quinze ans après la fin de la guerre. Seamus à la caméra et Polly Jean à la plume, elle en ramènera également The Hollow Of The Hand, un recueil de poèmes écrit dans le même temps que les textes de The Hope Six Demolition Project. Un live multimédia, projetant poèmes et documentaire accompagnant les onze nouvelles chansons du disque a même eu lieu à Londres en octobre dernier. L'art total !

Polly Jean Harvey, qui est à la fois l'artiste la plus nommée et la plus récompensée de l'histoire du prestigieux Mercury Prize, n'entend reprendre le chemin des studios qu'une fois son esprit totalement accaparé par un sujet, un thème, voire une mission. Cette mission, orchestrée au Somerset House de Londres se nomme donc The Hope Six Demolition Project. Elle fut ouverte au public par le truchement de sessions studio intimistes auxquelles le public était invité, par petit nombre. Conjuguée en exposition intitulée Recording in Progress, un miroir sans tain permettait au public d'observer le processus de travail du groupe ainsi que celui des ingénieurs du son, de Flood (producteur) ou John Parish (producteur et musicien), ses collaborateurs de toujours ou presque (depuis To Bring You My Love, 1995).
Neuvième album studio, The Hope Six Demolition Project est sûrement le disque le plus politique de PJ Harvey, à ce jour. Avec des titres comme The Ministry Of Defence, The Ministry Of Social Affairs ou Dollar, Dollar, l'artiste originaire du Somerset a tiré la quintessence des confusions et du chaos qui agitent la plupart de nos sociétés, que ce soit sur le plan social, économique ou environnemental.
Le nom de l'album lui-même fut inspiré à PJ Harvey après son voyage à Washington DC où le projet « Hope VI » visant à démolir des taudis situés en zones d'extrême pauvreté, avec pour conséquences, l'impossibilité pour les résidents de se reloger dans des logements rendus trop chers, fut rapporté en image dans The Wheel et sur notamment The Community Of Hope. Un premier single tiré de l'album et dont le refrain « They're going to build a Walmart here » pose les bases de ce disque activiste.
Le titre qui suit, The Ministry Of Defence, allégé dès la deuxième mesure par la voix douce de PJ Harvey en porte-à-faux avec un riff de guitare martial qui colore le titre sur sa longueur pèse de tout son poids instrumental (un saxophone dissonant omni-présent et dérangeant), comme sur la plupart du tracklisting.

Comme souvent, les parties vocales ainsi que les choeurs, assurés par Terry Edwards (Gallon Drunk, Nick Cave, Tom Waits...) et James Johnston (Gallon Drunk, Nick Cave, Lidya Lunch...) multi-instrumentalistes de renom, insufflent un brin d'espoir au milieu de rythmiques et sonorités anxiogènes. Le trio vocal fait des merveilles sur le titre le plus apaisé de l'album The Orange Monkey.
On avait déjà apprécié l'étendue de la palette sonore de l'artiste, notamment avec Let England Shake puisant dans nombre d'instruments anciens ou folkloriques (autoharp, violon, bouzouki...) ; elle réédite ici ce mélange savant, en atténuant, cependant, la forte empreinte historico-folklorique qui caractérisait Let England Shake sur des colorations plus solennelles et martiales, parfois même bluesy comme avec The Ministry Of Social Affairs qui sample, dans son introduction, Muddy Waters.

Moins gracieux et aérien que Let England Shake, The Hope Six Demolition Project est néanmoins un nouveau pavé jeté dans la mare du rock qui fera date dans la carrière de PJ Harvey et de ses talentueux acolytes multi-cartes dont elle a su, une fois de plus, s'entourer. Nouveau « projet global » et engagé, cet album qui vogue sur des eaux bien plus troubles que l'opus précédent n'a pas la puissance des mélodies de ce dernier et peut parfois déranger par l'omniprésence d'un saxophone dissonant surfant sur une des spécificité de la no wave, version James Chance ou Lydia Lunch (The Ministry Of Social Affairs, Dollar, Dollar). Constamment agitée à la lecture de ce monde sur lequel elle porte un regard perçant et des plus éclairés, PJ Harvey peut envisager les multiples dates estivales déjà annoncées avec sérénité, et une grande fierté.
tracklisting
    01. The Community Of Hope
  • 02. The Ministry Of Defence
  • 03. A Line In The Sand
  • 04. Chain Of Keys
  • 05. River Anacostia
  • 06. Near The Memorials To Vietnam And Lincoln
  • 07. The Orange Monkey
  • 08. Medicinals
  • 09. The Ministry Of Social Affairs
  • 10. The Wheel
  • 11. Dollar, Dollar
titres conseillés
    The Wheel - The Community Of Hope - The Orange Monkey - Dollar, Dollar
notes des lecteurs
notes des rédacteurs
Du même artiste