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James Blake

The Colour In Anything

James Blake - The Colour In Anything
Chronique Album
Date de sortie : 06.05.2016
Label : Polydor
45
Rédigé par Julien Soullière, le 12 mai 2016
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Ces temps-ci, les britanniques sont d'humeur taquine. Rois de la farce et artistes cultes, Radiohead ont mis le web à tweets et à sang plusieurs jours durant, réduisant à peau de chagrin le risque qu'un autre groupe ou interprète réussisse une entrée fracassante. A situation exceptionnelle, personnalité exceptionnelle : il fallait bien tout le talent et l'aura de James Blake pour que quelques faisceaux invitent l'audience à ne pas se pencher que sur le seul dossier Thom Yorke.

Sans crier gare, voilà donc le nouvel opus de Blake disponible sur la toile. Un album qui, sur le papier déjà, se démarque de ses prédécesseurs tant il semble ne jamais vouloir finir. Aucune erreur, ce sont bien dix-sept titres qui le composent. On pense d'abord à un péché d'orgueil, puis on écoute le disque une fois, deux fois, et finalement, on s'étonnerait presque que le terme « Best Of » n'apparaisse pas sur la jaquette. Bien que long d'une heure et quelques minutes, The Colour In Anything ne nous perd jamais, car d'une part il révèle toutes les facettes de l'artiste londonien (diversité), et d'autre part, il est maîtrisé de bout en bout dans son écriture (qualité).



La musique de James Blake est un éternel ascenseur émotionnel. La logique binaire selon laquelle il n'est question que de bonheur ou d'horreur n'a pas cours ici, et il s'avère difficile de définir la nature même des émotions ressenties. Comme toujours, la pièce proposée est complexe, instable, faite de bruits autant que de silences, et c'est une fois encore le plus grand des tours de force signés Blake : faire d'un jeu aussi riche dans sa construction un puzzle à l'allure si simpliste une fois livré. Les grands artistes, parait-il, savent faire oublier aux gens la difficulté de leur art.

The Colour In Anything maîtrise donc les différents dialectes en vigueur au sein de la nation Blake. Passée la porte d'entrée bâtie à coups de beats oppressants (Points), on retrouve ainsi le bonhomme au détour d'une pièce, à son piano, balayant du revers de la rime la notion d'éternel (f.o.r.e.v.e.r). A quelques encablures de là, c'est en prince d'un R&B minimaliste et noyé sous les vapeurs du lendemain qu'il se positionne (Put That Away And Talk To Me, Nose Above Your Head). Solennel lorsque il donne dans le chant pour bancs d'église (Waves Know Shoes) ou la complainte jazzy (My Willing Heart), il sait aussi se faire plus suave, et décoche même avec Timeless l'un de ces titres les plus aptes au dancefloor. Où que l'on soit sur ce disque, qu'importe vers quel horizon on se décide à tendre l'oreille, il souffle sur nous ce vent subtil, entre les eaux, nullement apathique. The Colour In Anything est un disque froid, mais dans ses nuances les plus chaudes.

Généreux, équilibré (il n'a fait appel qu'à peu de « guests », là ou d'autres les auraient enfilés comme des perles), exigeant mais jamais abscons, le nouveau James Blake a de quoi aimanter les bons points. L'anglais est plus que jamais sur la bonne pente et on ne peut que s'en réjouir.
tracklisting
    1. Radio Silence
  • 2. Points
  • 3. Love Me In Whatever Way
  • 4. Timeless
  • 5. f.o.r.e.v.e.r.
  • 6. Put That Away And Talk to Me
  • 7. I Hope My Life
  • 8. Waves Know Shores
  • 9. My Willing Heart
  • 10. Choose Me
  • 11. I Need A Forest Fire (feat. Bon Iver)
  • 12. Noise Above Our Heads
  • 13. The Colour In Anything
  • 14. Two Men Down
  • 15. Modern Soul
  • 16. Always
  • 17. Meet You In The Maze
titres conseillés
    Radio Silence, The Colour In Anything, My Willing Heart
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