Chronique album : TOY - Clear Shot - Sound Of Violence
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TOY

Clear Shot

TOY - Clear Shot
Chronique Album
Date de sortie : 28.10.2016
Label : Heavenly Recordings
3
Rédigé par Cassandre Gouillaud, le 27 octobre 2016
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Deux albums, et puis ce silence. Entre leur premier effort et leur excellent Join The Dots, il avait fallu moins d'un an à TOY pour imposer leur nom de manière durable sur la scène alternative. S'en était suivi une tournée, puis une apparente pause de deux années à laquelle ils auront mis fin il y a quelques semaines seulement. Deux très longues années selon les standards du groupe, bien qu'ils aient tout de même collaboré avec Natasha Khan (Bat For Lashes) derrière le nom de SEXWITCH, et connu un changement de line-up. C'est en effet Max Oscarnold qui se retrouve maintenant derrière les synthés à la place d'Alejandra Diez. Une absence et autant d'informations qui poussent à se demander ce que peut bien être TOY en 2016.

Là où Join The Dots débutait par une longue épopée viscérale et saturée qui tenait quelque chose de la dark-wave, de vifs synthés apparaissant à la moitié d'A Clear Shot sonnent comme le signal d'un album directement embarqué dans la vague psyché. Il dénote aussi la présence de quelques nuances dreamy, apportées en introduction par le par le chant de Tom Dougall, moins profond que l'on a pu le connaître. Le changement musical opéré par le groupe est perceptible dès les premiers morceaux, dont Fast Silver qui suffit à percevoir une nette différence dans l'utilisation des synthés, ici amenés au premier plan dans un dialogue avec la guitare. Seulement, alors que l'écoute se poursuit, il devient de plus en plus complexe de déterminer si cette évolution a eu lieu pour le meilleur ou le pire.
Des morceaux comme Another Dimension ou I'm Still Believing manquent de cette rudesse sonore qui faisait la profondeur de leur précédent effort, sans doute faute à une production aux objectifs bien différents qui auraient attenté à la pureté brutale de leur son. Il en devient malheureusement assez banal et creux, un résultat décevant pour un groupe que l'on a connu bien plus aventureux.

Fort heureusement, la deuxième partie de l'effort intervient comme le jour après la nuit, TOY renouant pour notre plus grand plaisir avec des terrains plus expérimentaux et abrupts. Japanese House, un second essai s'aventurant dans un univers rêveur, repose sur une structure assez basique, mais revêt un contraste intéressant entre la voix de Dougall, que l'on connaît limitée, et des synthés qui connaissent des envolées haut-perchées. Le rythme jusque-là tranquille de l'album connaît ensuite un emballement abrupt mais appréciable sur Dream Orchestrator où ces mêmes synthés, définitivement dignes d'intérêt, viennent réoccuper une place d'importance aux côtés des guitares et orchestrent une intéressante progression qui sort définitivement l'album de la torpeur dans laquelle il avait failli s'enliser.

Cela dit, la vraie réussite de l'album est encore à venir. Avec ses 6:49 de long, un format plus étendu qui avait fait la réussite de Conductor ou de Join The Dots sur le précédent album, Cinema apparaissait prometteuse. Il s'avère qu'elle l'est effectivement, et que son titre est amplement mérité. Le contraste entre un arrière-plan profondément noir et des synthés crissants, accompagnés de guitares lo-fi excessivement distordues, parvient à produire un récit dramatique digne des salles obscures. Le groupe est parvenu ici à insuffler à sa production musicale un sentiment d'angoisse aigu absolument obsessif, qui permet à Clear Shot de s'achever sur une bien grande note. La preuve irréfutable que les londoniens ont encore beaucoup à proposer, mais qu'ils ne semblent pas s'être autorisés assez de liberté sur cet effort.

Un bilan donc un peu décevant pour ce TOY version 2016. Un cas classique d'album qui intervient en mauvaise position dans la discographie d'un groupe, n'arrivant pas à la cheville d'un Join The Dots qui semble avoir fait l'objet d'une prise de risques bien plus conséquente que sur ce troisième disque. Ce nouveau line-up est pourtant prometteur, espérons juste qu'il osera plus tard sortir de la zone de confort dans laquelle il est pour l'instant installé.
tracklisting
    01. Clear Shot
  • 02. Another Dimension
  • 03. Fast Silver
  • 04. I’m Still Believing
  • 05. Clouds That Cover The Sun
  • 06. Jungle Games
  • 07. Dream Orchestrator
  • 08. We Will Disperse
  • 09. Spirits Don't Lie
  • 10. Cinema
titres conseillés
    Jungle Games, Dream Orchestrator, Cinema
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