Chronique album : Jon Hopkins - Singularity - Sound Of Violence
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Jon Hopkins

Singularity

Jon Hopkins - Singularity
Chronique Album
Date de sortie : 04.05.2018
Label : Domino Records
5
Rédigé par Emmanuel Stranadica, le 3 mai 2018
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Il aura donc fallu attendre cinq ans pour que Jon Hopkins donne naissance à son cinquième album (Bandes Originales de films et collaboration avec Brian Eno exclues). Après Immunity, c'est avec un mot de la même consonance que l'anglais a intitulé son disque : Singularity. Neuf plages électroniques allant de plus de trois à près de douze minutes, c'est dire si les morceaux possèdent des textures très différentes de l'un à l'autre.

La texture musicale, c'est d'ailleurs ce qui caractérise vraiment la musique de Jon Hopkins. Celui-ci adore jouer avec les sons, les saturer et les mélanger. Il arrive parfois qu'on ne sache plus quel est le point central du morceau tant les structures sont progressives. Car oui, cette musique peut paraître (et l'est d'ailleurs probablement) compliquée. Mais lorsqu'on franchit la porte et pénètre dans celle-ci, il est quasiment impossible d'en ressortir. Immunity proposait ce côté sacrément envoûtant avec ses boucles répétitives et hypnothiques. Singularity ne dépareille pas. On est cependant loin d'un simple copier/coller, mais les fans de son ancien album adoreront forcément ce nouvel opus. Peut-être est-il encore plus mélancolique ? Mais n'oublions pas que le rythme reste malgré tout le système nerveux des compositions de l'anglais. Les beats sont souvent pesants et se conjuguent parfaitement à la déstructuration musicale de l'électronica créée par Jon Hopkins. Certes il arrive parfois que ces fameux beats soient totalement absents de ses compositions, comme dans Recovery, mais c'est ce qui fait la force de ce DJ, son côté imprévisible. Jon Hopkins est un sorcier tant sa musique est magique.

Singularity ouvre l'album. Ses nappes synthétiques sont ensorcelantes, sombres et lumineuses à la fois. C'est d'ailleurs ce qui caractérise parfaitement la musique de ce génie de l'électronique. L'opposition entre la lumière et la nuit. Emerald Rush en est un parfait exemple et dénote la difficulté de savoir situer le point central du morceau. En effet, celui-ci semble contenir plusieurs morceaux. C'est d'ailleurs un des rares titres au sein duquel une voix joliment éthérée vient se glisser. Car, bien entendu, comme par le passé, la musique de Jon Hopkins reste presque toujours instrumentale. Everything Connected pourrait s'apparenter à un cousin de Open Eye Signal, avec un je-ne-sais-quoi en plus. Malgré son côté obscur persistant, l'anglais sait alterner compositions rythmées et plages planantes.

Feel First Live pourrait illustrer une naissance. Un jour qui se lève, voire un enfant qui sort du ventre de sa mère. Incontestablement, la collaboration avec Brian Eno a porté ses fruits, mais Singularity va aussi puiser son inspiration dans le fantastique Asleep Versions, EP paru quelque mois après Immunity et qui regroupait des versions très minimales et ambiantes de cet album. Echo Dissolve suit également ce chemin. La pièce maitresse du disque, c'est pourtant Luminous Beings, longue de près de douze minutes : évolutive, dansante, apaisante, ressourçante. Jon Hopkins semble avoir voulu regrouper bon nombre d'éléments qui caractérisent sa musique dans une seule composition. Et il réussit là un coup magistral. Après cette longue promenade fascinante, Recovery et son piano tout en légèreté viennent conclure de la plus somptueuse des manières l'heure qui vient de s'écouler depuis le début du disque.

Jon Hopkins réussit une nouvelle fois à déjouer bon nombre de pièges qui s'offraient à lui. Plutôt que de surfer sur la facilité et de répéter ce qu'il avait déjà proposé auparavant, il continue d'avancer musicalement avec un disque évolutif, tout en subtilité. Imparable du début à la fin, Singularity constitue en effet un résultat exceptionnel caractérisant parfaitement l'univers de l'anglais. Ce dernier nous livre là son meilleur album et assurément un des tous meilleurs disques de 2018.
tracklisting
    01. Singularity
  • 02. Emerald Rush
  • 03. Neon Pattern Drum
  • 04. Everything Connected
  • 05. Feel Firt Life
  • 06. C O S M
  • 07. Echo Dissolve
  • 08. Luminous Beings
  • 09. Recovery
titres conseillés
    Emerald Rush - Luminous Beings - Recovery
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