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Rock en Seine

Paris, - 20 août 2025

Live-report rédigé par Jean-Christophe Gé le 29 août 2025

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vendredi 22
Difficile de dire à qui s'adressait cette journée du 22 août. Entre de la pop grandiloquente, de la techno plus ou moins dure et des groupes français plus ou moins débutants, l'affiche aurait fait bonne figure pour la Fête de la Musique avec une programmation assez consensuelle mais pas assez passionnante pour lâcher des Euros. Le public est moins jeune et surtout moins nombreux, ce qui rend le site extrêmement confortable pour passer d'une scène à l'autre et trouver des bons spots, mais pas forcément viable économiquement.


En Clodoaldien, je commence par passer le bonjour aux voisins. Les Good Neighbours sont sympathiques et toujours très polis quand on les croise dans l'escalier, du coup on leur passe le bruit qu'ils font quand ils répètent. Dans le quintet, trois guitares dont une acoustique, un clavier, une batterie, et tout le monde chante ! Avec leurs sourires béats, cela leur donne un air de boy (and girl) band. Leur pop est servie très sucrée, je pars voir eat-girls avant que mon niveau de glycémie n'explose.


Hier soir, j'ai dû être mordu par un des Vampire Weekend. Alors qu'ils m'ont laissé une forte impression, aujourd'hui je suis attiré par la cold wave de eat-girls. Ce n'est pas souvent que je vais préférer la musique de chez nous à celle d'outre-Manche, même quand c'est en anglais. Le rock de ces Lyonnais est servi sec et glacé en évitant les clichés du début des années 80 : une basse à la Simon Gallup période Faith, un synthé et une boîte à rythmes vintage, une guitare tranchante, du delay sur la voix. Alors que Kas Product et Jessica93 sortent de nouveaux albums, c'est la preuve que cette scène peut se réinventer et s'amuser sur scène. Le nouveau morceau joué est plus ambiant et personnel, mais toujours aussi glacial, j'attends la suite de leur premier album sorti l'année dernière.

Toujours sous l'emprise des vampires, malgré un beau soleil, le passage chez Blasé démarre bien avec son air un peu triste, la petite boîte à rythmes, le flanger sur la guitare, et le chant en anglais. Je ne vois pas le rapport avec les têtes d'affiche electro, je dois être en train de suivre la piste gothique de la journée sous le parrainage d'Aurora. Pour éviter d'être blasé, l'artiste a construit son set comme une ballade à travers différents styles tout en conservant une ligne cohérente. Le chant passe au français avec une basse inspirée et une guitare orientalisante, puis la musique évolue doucement vers quelque chose de plus funk et plus chanson, voire des passages hip-hop.

Porté par un chauvinisme inhabituel, je vais jeter un œil à He's Not sur la foi de leur biographie qui parle de post-punk et shoegaze. Mais tout ce qui a une basse, une batterie et une guitare n'est pas du post-punk. Sur la scène Nouveaux Talents, le quatuor a une belle énergie mais le groupe est encore très vert.


De son côté Ash joue les virtuoses. Sur quelques nappes de synthé, il prend son saxophone, une jolie voix enregistrée se fait entendre, il joue des pads qu'il lâche vite pour une guitare qu'il repose pour un clavier. Il ramasse son saxophone mais tape sur la batterie électronique avant d'en rejouer. Le morceau a démarré il y a deux minutes, j'ai le tournis, et me demande quand il va jouer du grand piano, j'ai la réponse quasi immédiatement. Ash pourrait être vendeur-démonstrateur dans un magasin de musique. A peine le temps d'écrire cette phrase qu'il est de retour sur l'estrade, la guitare en bandoulière et les doigts sur les pads. C'est impressionnant, la musique est agréable, mais comme un tour de magie ou une vidéo TikTok, ça va un temps... Peut-être qu'avec une chanteuse ou un chanteur cela ferait plus concert qu'exercice de style.

Je retourne voir un artiste français, Max Baby. Il n'a sorti qu'un EP, mais le set et la présence scénique sont très en place. Sa musique est accrocheuse comme de la new wave pop avec un son très rock pour ce trio basse, guitare/chant et batterie. S'il parvient à proposer plus de titres comme l'excellent Nothing Ever Changes qui clôture le set, ce sera un futur carton.


Il est temps pour moi d'aller voir ce qui se passe sur la Grande Scène. Empire Of The Sun ne lésinent pas sur les moyens : maquillage, costume, décor rococo gigantesque, danseuses. La Grande Scène porte bien son nom, le chanteur tout en rouge ressemble à un grand prêtre d'une secte, les musiciens en blanc servent l'office. C'est hyper scénographié, il y a même des changements de costumes, tous flamboyants, mais surtout c'est très accrocheur avec de vraies chansons pop mâtinées d'électro. C'est du divertissement qualitatif et même quand il explose sa Stratocaster blanche, des paillettes dorées s'en échappent.


En passant de l'Australie au Canada pour Caribou, nous restons dans le Commonwealth et dans une ambiance festive et électronique. Les costumes et les décors sont remplacés par des machines et même s'il y a un batteur, un guitariste et un bassiste en plus du claviériste, la musique est celle d'un club. Il fait encore jour mais la musique colle bien à la fête en plein air. Il y a un jeu intéressant sur les textures sonores et la montée en puissance des morceaux. Finalement sans les distractions des paroles ou de la scénographie, la musique en est d'autant plus efficace. Le morceau final avec deux batteries face à face est particulièrement classe.

Entre temps je suis allé jeter un œil à Kids Return. C'est très pop 60s, mélodique et gentiment cheesy comme dirait les anglais, mais rien à voir avec le fait qu'ils soient français. Si Jarvis Cocker n'est pas disponible pour le prochain Wes Anderson, ils pourront jouer la bande originale avec leur pop colorée dans les pastels.


C'est très calme sur la Grande Scène pour Aurora, le public n'est pas arrivé et n'arrivera finalement pas. Les vidéos qui soutiennent les chansons et occupent l'espace gigantesque de la scène sont très jolies. Alors que les deux claviéristes et le batteur sont coincés par leurs instruments, seuls le guitariste et Aurora peuvent bouger. Cette dernière traverse la scène dans tous les sens comme une enfant qui répète un ballet. Je n'accroche pas à sa pop délicate, même quand elle part dans des délires un peu gothiques ça reste très lisse. Dans le genre je préfère Bat For Lashes ou CocoRosie.


La nuit est tombée et on change totalement d'ambiance et de style avec Marc Rebillet. Il arrive comme Tarzan, en slip, et s'installe au milieu d'un décor gonflable. C'est drôle et hardcore à la fois, on croirait voir un gars s'amusant dans son salon pendant le COVID-19. Sur la scène Revolut, il part en délire sur la révolution. Le premier morceau finit par des flammes de plusieurs mètres, le ton est donné d'entrée de jeu et il ne ralentira pas. Toujours en slip, il court vers le public, pour aller chercher Chenestee et sampler son "pussy pussy marijuana". Moi qui voulait un truc fou, je suis servi. Tout semble joué ou samplé live, ce qui est rare dans les sets électro, il a un groove de dingue et le musicien peut partir dans des solos monumentaux à l'orgue quand il ne prend pas des poses sexy et lascives. Il nous dit qu'il ne veut pas partager le public, qu'il veut le garder pour lui, c'est malheureusement le signal qui me fait sortir de ma transe et me rappelle que je dois couvrir le britannique Floating Points.


C'est toujours de l'électro mais le style est aux antipodes de Marc Rebillet. La musique de Floating Points est purement instrumentale, les vidéos colorées sont très chics et produites en live par la personne à gauche de la scène. Les beats sont secs et très durs, il n'y a ni pause, ni communication, mais ça marche quand même. Maintenant c'est clair pour moi, je me suis copieusement ennuyé pendant Aurora.

En allant voir Anyma, Marc Rebillet n'a pas terminé et commence son dernier morceau en entonnant "la jeunesse emmerde le Front National" sous forme de mantra qu'il enchaîne sur son Fuck Donald Trump. Il est franco-américain, il doit faire avec le pire des deux mondes. La techno commerciale d'Anyma ne m'attire pas, mais ma curiosité de geek a été piquée par la promesse d'un show vidéo immersif, une prouesse technique inédite. Avec vignt minutes de retard, les attentes sont grandes et seront grandement déçues. Le DJ mégalomaniaque dispose juste de très grands écrans, mais si j'ai envie de voir de grandes images spectaculaires, je vais voir un film de SF au cinéma, avec un peu de chance il y aura même une histoire qui tiendra la route.

Après la piètre prestation de Kid Cudi la veille, je me demande si la production a été voir ces artistes en live avant de les programmer.
artistes
    Anyma
    Aurora
    Blasé
    Calling Marian
    Caribou
    eat-girls
    Empire of the Sun
    Floating Points
    Good Neighbours
    He’s Not
    I Hate Models
    Kids Return
    LSDXOXO
    Marc Rebillet
    Max Baby
    PPJ
    Whisper
    WhoMadeWho
photos du festival