Si la ligne directrice de la programmation n'est pas toujours lisible, au nombre de T-shirts affichés, ce samedi est clairement la journée Justice, mais il est intéressant de voir qu'Oasis est deuxième au merchomètre.

La journée commence pour moi par
Slow Fiction, un groupe de New York qui a un titre produit par Dan Carey pour son label Speedy Wunderground, de quoi affoler mon hypomètre. Le son des deux guitares et de la basse sont très puissants, et la voix de la chanteuse se met peu à peu en place. Entre The Walkmen et Interpol, ils n'ont pas inventé le post-punk new yorkais mais ils le font plutôt bien et depuis le début du festival je suis un peu en manque de son indé. Mais ils doivent encore développer leur personnalité ou écrire des chansons plus accrocheuses pour émerger alors que la concurrence est solide des deux côtés de l'Atlantique.

Je passe vite sur
Artemas, son look new wave et sa voix très Killing Joke sur
Love Like Blood. Le premier morceau est une version hard FM de The Twilight Sad, le second vire disco sans panache. Il paraît que ça marche sur TikTok, en festival ce n'est pas ça. Au troisième titre je vais voir si Pam est là.
PAMELA est bien là, et même s'ils ne sont que trois, ils envoient du lourd avec juste une section rythmique basse-batterie et la puissance du chanteur. Ces fans du club de Liverpool développent une énergie que l'on voit plutôt du côté de Manchester. Malgré un choix étonnant de club de football, le groupe est franco britannique, et le batteur joue également avec Zaho de Sagazan. Le chanteur est vindicatif, mais quand il ne crie pas, il peut faire une superbe reprise de
Perfect Day avec une voix profonde. C'est très beau, mais ça casse un peu l'ambiance qui repart de plus belle avec
G.R.E.A.T, issu de leur EP. Ils m'ont demandé de vous dire qu'ils jouent au Trianon à Paris le 6 novembre, ça vaut la peine d'être vu.

J'ai lu et entendu beaucoup de bien de la prestation de
John Maus au
festival This Is Not A Love Song et c'est avec curiosité que je vais vers la scène du Bosquet. Elle est vide, même pas un ampli ou une table pour poser des machines. Ça n'empêche pas les techniciens de galérer. Mais dès le problème résolu, John bondit avec son microphone, il se contorsionne, beugle et se frappe la tête. John crie, John saute, John boxe dans l'air, John fait des tours de scène... Il a eu la gentillesse de nous inviter à sa séance de gym, d'autant que sa musique dansante mais un peu froide est très chouette. Si j'allais à la salle de sport, j'y écouterais probablement sa musique. Comme un happening d'art contemporain, ça interpelle, ça fait sourire et comme il n'y a rien qui me dise sur les autres scènes je continue de me déhancher en souriant. Avec le son rétro j'en viens à imaginer Kraftwerk en survêtement, et mon sourire n'en est que plus grand.

Après deux concerts à haute intensité, je vais voir
Jorja Smith à reculons. Son R&B est bien trop calme et organique pour être placé entre John Maus et Jamie xx. Il y a un chœur gospel, c'est parfait et un rien pénible.

En conséquence
Jamie xx est privé de grande scène. Si c'est à cause de la médiocrité de son précédent passage paresseux au festival, il ne fallait pas l'inviter. Mais cela aurait été dommage car la version 2025 de son set est électrisante. Les séquences s'enchaînent dans le mix et il met très vite le feu, toute la fosse danse, en se serrant les coudes car il y a beaucoup de monde. Sa formule est parfaite avec un beat permanent agrémenté de samples, de boîtes à rythmes et de filtres. Jamie parvient à maintenir l'attention et il se passe toujours quelque chose dans son set, et la mélodie n'est jamais loin. Et parfois il se passe vraiment quelque chose comme quand Oliver Sim, le chanteur de The xx, chante son
GMT depuis le public.
C'est finalement à contrecœur que je m'extrais pour aller voir
Kabeaushé, faisant confiance à mes notes de pré-festival : "Enfin un truc intéressant". La première impression est parfois la bonne, et je suis content de voir l'artiste kényan monter sur scène. L'entrée est magistrale : il y a des drapeaux, des chœurs d'enfant (enregistrés), un musicien impassible derrière ses synthés et Kabeaushé en uniforme violet portant plus de médailles qu'un général putschiste. Sur la petite scène Horizons on a la place de danser, et le sentiment d'assister à un moment historique : de l'électro symphonique, du rap militaire, du disco punk existentiel ? Les qualificatifs manquent, et l'ordre de notre nouveau leader est clair : "dance like a 5 years old".
Justice font pâle figure à côté de ce déchaînement d'énergie et cette joie communicative. Le duo est tellement statique que je me demande si ce ne sont pas des mannequins, d'autant que la musique est très proche de l'album et la communication inexistante. Après des shows étonnants de John Maus, Jamie xx et Kabeaushé, Justice n'avaient pas les moyens de leurs ambitions.