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Nova Twins

Interview publiée par Lena Inti le 30 août 2025

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A l’occasion de la sortie du troisième album de Nova Twins, Parasites & Butterflies, nous avons retrouvé à la mi-août Amy Love et Georgia South sur Zoom. Au siège de Blue Raincoat Music, à 21 heures, elles sont en train de dédicacer leurs vinyles. Et durant ce créneau-là, il est aussi prévu qu’elles répondent à nos questions. Pas si évident pour elles !

Nous échangeons durant une vingtaine de minutes sur les contrastes de la vie de musiciennes, ses hauts et ses bas et comment ils se manifestent sur cet album, leur engagement envers les artistes POC, et les processus d’écriture et d’enregistrement.

Bonjour ! Comment ça va ?

Georgia (grimaçant) : Ça va, mais on passe la nuit à signer nos vinyles !

Ah, mince !

Georgia : Mais on écoute quand-même, et puis ça nous fait une pause donc c'est bien !

C'est vrai, mais bon courage quand-même ! Vous êtes dans quel état d'esprit actuellement ?

Amy : On a hâte de repartir en tournée.

Sur ce nouvel album, Parasites & Butterflies, vous montrez davantage un côté vulnérable, n'est-ce pas ?

Georgia : Oui, clairement ! Les chansons le montrent naturellement, parce que notre état d'esprit était dans cet espace quand on était en train d'écrire l'album, et on voulait montrer au public qu'on peut être vulnérables, parce qu'au final on est humaines. Supernova représentait vraiment l'aspect « super force », on devait être des superhéroïnes, tout affronter, mais cette fois-ci c'est... C'est ok de montrer de la force et de la vulnérabilité, et aussi des pouvoirs surhumains.

Vous avez les deux ! Qu'est-ce que vous avez appris sur vous-mêmes durant ces deux premiers albums, les tournées intensives, la presse, les couvertures de magazine ?

Amy : Je crois qu'on comprend beaucoup plus nos limites. On les a poussées au maximum avec Supernova, et on s'est éclatées en tournée mais il y a eu le revers de la médaille en quelque sorte tu vois. Je pense qu'avec la musique on se sacrifie toutes et tous beaucoup. Tu ne vois pas beaucoup ni tes ami(e)s ni ta famille parce que tu es sur la route, et tu n'as pas le choix si tu veux joindre les deux bouts. C'est une de ces industries où tu n'as pas de salaire mensuel ou annuel, donc si tu ne travailles pas, à la longue il n'y a plus de sous. Donc je crois qu'on a appris à connaître nos limites, pour ne pas atteindre notre santé mentale. On a appris à connaître l'industrie et à vraiment apprécier les personnes qui sont là depuis le premier jour, qui nous ont énormément soutenues. On a une super team et on en est très reconnaissantes, mais en même temps le milieu peut nous faire sentir plutôt cynique, et les « gatekeepers » qui veulent qu'on fasse de telle manière, qui nous enferment dans une case en quelque sorte, on trouve ça pénible. Donc tu vois, on a appris beaucoup. On apprend encore, mais on s'éclate en même temps, c'est l'essentiel !

Tout à fait. Et comment vous avez trouvé l'équilibre entre décompresser de la tournée précédente et avancer pour vous mettre à l'écriture du nouvel album ?

Georgia : Je crois qu'on a trouvé l'équilibre (rit)... En fait cet album a été notre moyen d'exprimer toutes ces espèces d'émotions négatives et d'émotions positives, le pont entre le chaos et la beauté. Au début de l'écriture de l'album, le chaos était beaucoup plus présent, et arrivées à la moitié, on s'est rendues compte qu'il était très sombre et lourd, intense, et qu'il ne reflétait pas tout ce que l'on ressentait. C'était juste un moment précis dans le temps, et on voulait qu'il reflète entièrement les personnes que nous étions. On est super optimistes donc on voulait pouvoir montrer la lumière et l'obscurité, pour nous représenter fidèlement.

Et comment vous transposez ça dans votre musique et dans les paroles ? Quel est le processus ?

Amy : Alors, en fait, je ne pense pas qu'il y ait vraiment de processus. Pour cet album on est restées à la maison et on s'envoyait la musique. En fait on habite juste à côté l'une de l'autre. On travaille sur les morceaux, petit à petit, et on les retravaille, on peaufine. Il n'y a pas de processus, on s'assoit à notre bureau et on voit ce qui se passe. Ça dépend de ce que l'on ressent. Parfois on ne ressent rien. C'est brut. Et d'ailleurs c'est le cas pour n'importe quel type d'écriture. Mais c'était génial quand on a commencé à arriver à la moitié de l'album. On était super contentes, et les thèmes ont commencé à apparaître. Et à la fin, tu te sens vraiment fière : « Oh, on y est presque ! ». Tu sais, il y a des groupes qui adorent être en studio, et on aime plutôt ça, mais le processus d'écriture peut parfois être un peu infernal, quand des fois le timing est serré, sous pression. Et on a appris à prendre notre temps et à vraiment respirer. C'était le troisième album. Et on tenait vraiment à jouer le deuxième pendant deux ans, et dans ce cas on n'a pas tant de temps [pour écrire], sauf si on fait attendre le public pendant cinq ans. Et on ne voulait vraiment pas faire ça. Alors on a changé de perspective, et on est vraiment satisfaites du résultat. Mais si on veut être honnêtes, on adore faire des concerts. Mais l'album est génial, quand tu l'as entre les mains tu es en mode « Youhou, j'ai un album ! ». Mais honnêtement, jouer en live, jouer de nouveaux morceaux, c'est ça qui est le plus fun pour nous. C'est comme la récompense !

Nous parlions de santé mentale : comment vous prenez soin l'une de l'autre quand vous vous vous sentez mal ?

Georgia : Je pense qu'on est très douées pour communiquer nos ressentis, et juste se parler, c'est la chose la plus importante à faire quand tu ne te sens pas bien. Et parfois je crois que la chose la plus effrayante à faire quand tu vis dans ta tête, c'est que tu ne veux pas en parler pour ne pas rendre ce ressenti plus réel, mais une fois que tu en parles, tu te sens beaucoup plus légèr(e), et tu sais que tu peux partager ça avec quelqu'un pour ne pas avoir l'impression de porter tout sur tes propres épaules. Donc on est très douées pour se parler, et se préparer pour rendre chaque tournée encore meilleure, chaque moment meilleur. Et tu sais, on rit énormément ensemble, on passe tellement de temps ensemble, on est juste inséparables. On se sent super chanceuses de traverser tous ces moments ensemble parce que les traverser seul(e) doit isoler. Alors on a la chance de vivre ça ensemble et de pouvoir compter l'une sur l'autre lorsque l'une a des bas et l'autre a des hauts.

L'isolement évoqué c'est le thème principal de Monsters, d'ailleurs ?

Amy : Oui, Monsters est plutôt représentatif du moment où tu réalises que les difficultés que tu traverses sont dans ta tête, que ce n'est pas juste un sentiment qui sort de nulle part. Je sais où il se situe, et je sais qu'on a toutes et tous nos démons et que parfois, tu peux être ta pire ennemie. Je pense que beaucoup de monde a des difficultés ou en a déjà traversées, qui a impacté sa santé mentale. On voulait juste être honnêtes là-dessus, et pas simplement dire « Ok, on doit être fortes, des superhéroïnes ». C'est notre histoire. On a traversé tellement de choses, que ça nous a paru important de le partager avec notre public, parce que je sais que certaines personnes se sentent très isolées, certaines viennent nous écrire en privé et nous racontent ce qu'elles ont vécu, donc ça nous paraît juste de faire la même chose. De leur faire savoir que nous ressentons tous cela, que l'on comprend. Voilà où nous en sommes avec cet album.

Particulièrement en fin de tournée, vous vous sentez vides, et vous devez l'accepter ?

Georgia : Oui, clairement, tu dois essayer de trouver l'équilibre pour chaque chose, essayer de rester à flot. On ne peut pas être heureux tous les jours, c'est un de nos secrets, mais bon c'est la vie, tu apprends des choses et c'est le jeu de la vie, et on y joue tous.

On peut le ressentir sur l'album. Il se passe tellement de choses, il est plus varié que les précédents. Une chanson a attiré mon attention : Hummingbird, parce qu'il y a un sample de Mahsa Vahdat, une chanteuse iranienne. J'ai cherché et il vient d'une berceuse, c'est bien cela ? Je l'ai écoutée, c'est superbe. De quoi parle-t-elle ?

Amy : Oui, elle est apaisante. Hummingbird parle de deuil, de l'étape de l'acceptation : le deuil ne disparaît jamais vraiment mais à un moment tu comprends que tu dois vivre avec, tu ne ressens plus le « yoyo » entre les émotions et une sorte de torpeur, donc tu laisses la personne partir, tu acceptes la situation. Le sample de Mahsa vient d'une berceuse, qu'une mère chanterait à son enfant, en langue farsi, puisqu'elle est iranienne. On voulait apporter cet aspect de la culture, parce que les personnes que j'ai perdues, comme je suis à moitié iranienne, la moitié de ma famille l'est. Donc... C'est très difficile de parler de cette chanson, pour être honnête.

On peut passer à la suite si tu préfères...

Amy : Non non, mais elle parle de deuil.

C'est une très belle chanson que j'apprécie beaucoup...

Amy : Merci. Certains jours ce n'est pas évident.

Bien sûr. Je voudrais en savoir plus sur votre combat pour les artistes britanniques qui sont sous-représentées, vous travaillez beaucoup pour cette cause. Qu'est-ce qui pourrait et devrait être fait de plus pour inspirer les personnes de couleur comme vous, et pour qu'elles aient un espace pour s'exprimer musicalement, et une scène ?

Georgia : Je pense que le problème vient beaucoup des « gatekeepers », les gens dans ces grosses corporations, qui négligent d'incroyables artistes POC (ndlr : « People of colour »), qui créent pourtant de l'excellente musique. Leur représentation est tellement cloisonnée, surtout au Royaume-Uni. C'est juste dégueulasse. On fait de notre mieux pour ouvrir les portes. Ça ne paraît pas normal que nous soyons les seules dans ces espaces. On essaye constamment de faire venir des ami(e)s et d'encourager les gens à programmer des groupes et franchement, on n'arrêtera pas d'en parler tant que la répartition ne nous paraîtra pas égale.
Amy : Big up à Decolonise.
Georgia : Oui, big up à Decolonise Fest aussi, ils font un super travail au Royaume-Uni pour cette cause.

Sur les deux premiers albums vous avez travaillé avec Jim Abbiss, mais sur Parasites & Butterflies, vous avez choisi Rich Costey. Qu'est-ce qui a changé et comment cela a impacté votre musique ?

Amy : On adore bosser avec Jim et on travaillerait bien avec lui à nouveau, il est brillant. Mais pour cet album... Je pense que quand tu grandis, tu expérimentes avec différents producteurs, différentes personnes, c'est la vie finalement ? Et donc, on adore Jim, et Rich a été une personne adorable avec qui travailler. On a fait un Zoom avec lui et deux semaines après on s'envolait pour le Vermont. Ça a été un peu comme un tourbillon et c'était assez intimidant, parce qu'on ne connaissait pas son caractère. On connaissait son travail mais pas sa personnalité. Mais on est allées dans le Vermont, c'est superbe, c'était en quelque sorte la période de l'hiver se changeant en printemps. On était au milieu des bois, on a vu un dindon sauvage. Le lieu d'enregistrement est assez petit, ce qui était plutôt pas mal parce qu'on a pu vraiment faire connaissance. Il a été super gentil dans son approche de la production, c'est quelqu'un de très cool et détendu. L'expérience d'enregistrement a été très sympa. A la moitié de l'enregistrement, on est parties une semaine pour faire quelques dates de festivals aux Etats-Unis. C'était bien de se couper un peu du processus d'enregistrement, pour se rappeler combien on aime faire des concerts. Ensuite on est retournées au studio et on a terminé l'enregistrement, le mixage et le mastering. Et le voici maintenant entre nos mains ! (Amy et Georgia montrent les pochettes des disques qu'elles sont en train de signer).

J'adore la pochette, elle est belle ! Elle est plus minimaliste que celles des autres albums. Ce qui est logique...

Georgia : Oui, on voulait montrer notre côté vulnérable. (Georgia montre la pochette et la tourne dans l'autre sens)

Oh, je n'avais même pas fait attention… On peut la regarder de ce côté aussi et ça fonctionne !

Amy : Oui, ça dépend de ton humeur.

Il n'y a pas de mauvais côté en fait ! J'ai été très surprise d'apprendre que vous n'aviez utilisé aucun synthétiseur. Tout a été fait à la basse et à la guitare ?

Georgia : Oui, on adore utiliser des pedalboards, et des pédales analogiques.

Oui, vous en avez beaucoup !

Georgia : On en a beaucoup pour obtenir ces sons. Et on a été très inspirées par la musique électronique heavy. On a des synthétiseurs, mais ça a été un processus amusant de créer ces sons sur la basse et la guitare, on s'est challengées, c'est cool. Parce que quand on entend la production de ces chansons, le sidechain (ndlr : méthode de compression en production), ou les sons qui « crissent », c'est fun de se dire « Est-ce que je peux faire ça avec une basse ? Est-ce que je peux faire ça avec une guitare ? » et de trouver des moyens bizarres et merveilleux de les créer.

Surtout durant le pont de Piranha par exemple, c'est surprenant parce qu'on croit entendre des synthés sacrément lourds, mais en fait, c'est la basse, il me semble ?

Georgia : Oui c'est le modulateur en anneau qui est dingue !

C'est du gros son ! Sur N.O.V.A., ce titre qui me fait toujours danser, on dirait que vous vous amusez bien, surtout avec les paroles Amy. Tu peux m'en dire plus ?

Georgia : Oui, au début c'était juste un petit sketch. Je ne sais pas, les paroles me sont venues à l'esprit, je les ai écrites, et Georgia m'a dit « On doit en faire une chanson ! » accompagnée d'un bon gros riff bien cool, et c'est ainsi qu'elle a pris vie ! On a adoré filmer le clip pour celle-ci, on a eu quatre jours. Dan Matthews et Charlie Rees (ndlr : producteur et directeur de la vidéo) ont été incroyables dans la direction et la production de ce vidéo clip à Slim Jim's Liquor Store, c'est un pub super cool à Islington. C'était génial, on a eu beaucoup de public qui est venu, qui a dansé et pogoté. C'était comme un concert punk, on a vraiment capturé cette énergie, c'était super fun.

Et le lieu a l'air dingue !

Georgia : C'est un lieu communautaire super sympa, il y a beaucoup de soutifs qui pendent du plafond (rit).

Je pense que celle-là va être très cool en concert avec les gens qui chantent, j'en suis quasiment sûre...

Georgia : Ça va être la fête.

J'aime beaucoup la batterie sur Sandman, ça sonne drum & bass, j'ai lu que vous avez travaillé avec différents batteurs, notamment celui de Nine Inch Nails ?

Georgia : Alors sur Sandman il y a eu ZEP, et James Woodward, notre batteur de tournée, et puis Ilan Rubin de Nine Inch Nails. Il est sur sept chansons. Donc on a eu trois batteurs sur l'ensemble de l'album, et sur Sandman on en a eu deux, Jake et ZEP, parce qu'on adore leur ressenti, et puis on s'est dit, pourquoi pas ? Ils ont tous enregistré à distance ; Ilan depuis Los Angeles, Jake aux studios Marshall au Royaume-Uni, et ZEP, depuis les Pays-Bas. C'était assez fou. Et George depuis Hastings aussi (rit).

Un groupe international !

Georgia : C'est un album international, oui !

Merci d'avoir pris le temps ! Bon courage avec les dédicaces d'albums !

Amy : Oh mon dieu, je crois qu'on en a pour toute la nuit avec ça !