La Gonzaï Night offrait une très belle et très cohérente affiche ce soir là avec les français de Teknomom et Blackmail ainsi que les anglais de Wire.
Teknomom ouvrent le bal et balancent un son expérimental cosmique entre krautrock et envolées psychédéliques. Une musique aussi étrange que fascinante qui évoque les BO de films d'horreur ou de science-fiction. Le groupe n'avait plus joué depuis un moment mais à la vision de leur show, on se rend compte qu'ils n'ont rien perdu de leurs qualités. Un groupe qu'il va falloir surveiller de près.
Blackmail qui suit est tout aussi intéressant. Le groupe évolue dans un registre à mi chemin de la new wave et du post-punk. Avec leur son et les vidéos projetées derrière eux durant leur set, on a l'impression d'être replongé dans les riches heures de la Haçienda. Cela, sans que le groupe ne sonne revivaliste ou passéiste. Le son est lourd et puissant et le martèlement des tambours sur la batterie ajoute au côté martial de leur musique. Assez superbe, il faut bien l'avouer et bien dans le ton de Wire.

Ces derniers ont prouvé avec leur récent et dernier album
Silver/Lead que les années n'avaient pas poids sur eux. Plus de quarante ans après leurs débuts,
Wire restent un groupe aussi inventif qu'original. Leur concert ce soir là le prouve de la plus belle des façons. Après le récent et magnifique show des Buzzcocks, celui de Wire montre qu'il va falloir encore compter pendant des années avec la première vague punk. « No future », tu parles !
Wire offrent une setlist à l'image de la tonalité d'ensemble de leur dernier album, très orienté pop.
Ahead ouvre ainsi magnifiquement le concert et l'on constate que si Wire sont connus pour avoir inventé le son post-punk, le groupe a de tous temps écrit des titres pop,
Ahead datant de 1987. Le morceau est suivi de
Diamonds Cups, l'un des plus beaux titres du dernier disque, une pop song parfaite à la mélodie ciselée et au refrain imparable. Un morceau majestueux que nombre de jeunes groupes pop rêveraient d'écrire.
An Alibi et
This Time, deux autres titres de
Silver/Lead suivent et sont tout aussi remarquables.
Si le groupe joue nombre de titres de son dernier album, il n'oublie pas pour autant ceux des premiers albums.
Three Girl Rumba, morceau du mythique
Pink Flag inventa le post-punk, déclenche l'enthousiasme du public. La setlist semble avoir été spécialement conçue pour les fans car elle pioche aussi bien dans les débuts du groupe, que dans les titres de la première reformation, et dans les tout derniers albums ( à l'exception de
Nocturnal Koreans).
Art Of Persistence qui suit réveille le fantôme de Ian Curtis,
Underwater Experiences, titre de 1981 tiré de
Document And Eyewitness, est l'un des rares morceaux tirés du versant le plus expérimental du groupe joué ce soir là.
Small Black Reptile de
Manscape est quant à lui digne du meilleur de la scène Madchester (même si le groupe lui est originaire de Londres).

Enchainement pop parfait avec
Keep Exhaling du récent
Changes Becomes Us (2013) et
Split Your Ends, autre superbe morceau du dernier album.
Playing Harp For The Fishes s'oriente lui vers un son plus lourd avec Graham Lewis au lead vocal.
Short Elevated Period est encore une sublime pop-song tiré du dernier album qui sonne beaucoup plus pop US qu'anglaise. Le groupe conclue son set en beauté avec
Overtheirs, morceau post-punk répétitif absolument fascinant.
Le groupe revient pour un rappel de trois titres :
Silver/Lead, le splendide
Used To tiré du second album,
Chairs Missing, un titre absolument majestueux et tellement en avance sur son temps. ayant influencé dans les décennies suivant sa sortie des dizaines de groupes.
Wire finit la soirée par
Stealth Of A Stork, un titre récent mais on-ne-peut-plus punk qui montre que ce groupe, après quarante ans de carrière, a toujours la rage. En atteste le « fuck Le Pen » balancé par Graham Lewis en quittant la scène.
Un concert en tout point superbe. Un très grand moment de musique.