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Manic Street Preachers

Tokyo, Toyosu PIT - 27 septembre 2019

Live-report par Laetitia Mavrel

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Vingt ans déjà. Vingt longues années depuis la sortie de l'album le plus emblématique des Manic Street Preachers, This Is My Truth Tell Me Yours, avec lequel ils ont obtenu une renommée mondiale auprès du public et des critiques.

Cet album, qui est alors déjà leur cinquième, entérine les Manics dans la catégorie des groupes qui vendent et qui perdurent. Ce disque est le fruit de ce qui a été la première partie de la vie du groupe et des événements personnels qui ont fait grandir et évoluer ses jeunes membres d'alors. Pour rappel, le groupe a marqué le début des années 1990 avec trois disques punk forts en décibels et surtout en textes, car à l'époque composés par Richey Edwards, personnage sombre et torturé qui transposait son mal être dans des écrits enflammés et dont les références littéraires et historiques étaient impressionnantes chez un si jeune musicien. En 1994, le groupe livre The Holy Bible, qui reste son disque le plus contestataire et qui mena malheureusement à la disparition jamais élucidée d'Edwards début 1995.

En 1996, le groupe revient en format trio, avec dorénavant à la plume (plus subtile) le bassiste Nicky Wire et sort un Everything Must Go qui officie comme transition d'avec l'ère Richey Edwards : composé de moitié de textes du guitariste mais tourné vers un futur que le groupe très soudé veut plus optimiste.

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Arrive donc en 1998 This Is My Truth Tell Me Yours, premier disque s'éloignant véritablement de l'empreinte de Richey Edwards et qui confirme le talent de composition du groupe. Toujours proches de leurs racines prolétaires, les Manics restent des enragés prompts à dénoncer l'autoritarisme et la discrimination sous toutes leurs formes. Leur talent se révèle dans la façon de livrer ces messages sous des formes plus imagées, accessibles à un public plus large mais sans jamais tronquer leur intégrité pour des textes mainstream malgré le fort intérêt que leur portent alors la BBC et la presse adolescente en pleine vague brit pop.

Le bon peuple britannique ne s'y est pas trompé, les Manic Sreet Preachers ayant une fan-base plus que fidèle depuis leurs débuts. Le cas français est un peu plus compliqué. Il semblerait que l'Hexagone agisse avec le groupe comme on retrouve et on quitte à nouveau un amour de jeunesse. La relation n'est pas stable, mais la reconnaissance du talent est néanmoins partagée par une majorité de nos critiques.

Voilà peut-être pourquoi le groupe n'a pas inclus la France dans sa tournée anniversaire. Cependant, avec treize dates au Royaume-Uni et une belle poignée de festivals cet été dont le plus proche à Bruxelles, l'occasion était à saisir. Le final de cette tournée s'est déroulé au Japon à Tokyo où les Manics ont connu dès 1992 et leur tout premier album Generation Terrorists un succès qui ne s'est jamais démenti. Deux concerts sold-out à Tokyo dans deux salles (le 26 septembre au Zepp DiverCity et le 27 septembre au Toyosu Pit) ont clôturé ces quatre mois de tournée de façon magistrale.

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Le principe du concert anniversaire est de jouer l'album dans son intégralité et de passer à un second set qui offre titres cultes et perles rares. Dans une ville de Tokyo chaude et suffocante, en pleine effervescence due à la Coupe du Monde de rugby qui s'y déroule, le public est composé pour une petite partie de fans étrangers, venant de tous les coins du globe. Coréens, Hong-Kongais, Indonésiens, Israéliens, Australiens et à l'évidence, toute une tribu de britanniques – Anglais, Écossais et Gallois - qui ont réussi à réunir leur amour du ballon ovale et de ce groupe qui détient au Royaume-Uni le statut de National Treasure.

Assister à un concert à Tokyo est une expérience particulière : le mythe du japonais extrêmement sage et respectueux des convenances s'applique également dans un concert de rock. Le fan tokyoïte écoute très attentivement, ne pogote ni ne s'agite mais exprime sa joie dès la fin des titres. Les treize morceaux de This is My Truth Tell Me Yours (inclus la géniale face B Prologue to History qui se substitue à Nobody Loved You) sont interprétés par un groupe qui ne cessera de remercier le public pour sa fidélité. James Dean Bradfield, dont la voix ne perd pas une once de sa puissance et de sa justesse depuis tout ce temps, mène le concert de son jeu de guitare passionné, avec ses légendaires petits mouvements de jambes et sa manie extrêmement intrigante de ne jamais sourire car tellement concentré sur son interprétation. Néanmoins, commentaires et anecdotes fusent entre les chansons.

Nicky Wire à la basse reste la touche glam du groupe, bien qu'ayant définitivement laissé tomber ses jupettes depuis plus d’une bonne décennie. Les vestes customisées, les paillettes et les énormes lunettes noires font de lui le membre le plus adulé et dont le dress code est toujours repris par une partie des fans. A la batterie, Sean Moore toujours aussi stoïque et passablement difficile à observer car littéralement dissimulé derrière ses fûts (le mètre 70 n'est que peu atteint chez nos Gallois à l'exception de Wire qui tout en jambe domine la scène). Son jeu est imperturbable, et n'a jamais baissé en intensité depuis toutes ces années.

Accompagné de Nick Nasmyth aux claviers et Wayne Murray à la guitare, le groupe interprète fidèlement l'album et enchaîne avec un deuxième set quasi Best Of. Les tubes mythiques tels Everything Must Go, Design For Life et You Love Us sont évidemment présents, des morceaux plus rares comme Walk Me To The Bridge et Little Baby Nothing ou le dernier International Blue rappellent que leurs compositions sont intemporelles. De même, la reprise devenue tout au long de cette tournée un classique et qui pour moi dépasse l'original, Sweet Child O' Mine des Guns N' Roses, ferait manger de rage son haut de forme à un Slash qui pourrait prendre quelques leçons auprès de Bradfield.

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Vingt-cinq années de carrière défilent, et la joie du public, que ses membres soient des fidèles de la première heure ou des jeunes millenials venus expérimenter en live les disques de leurs aînés, est exprimée sans retenue (bien que toujours un peu, nous sommes au Japon, pays du savoir-vivre sous toute ses formes même à un concert rock).

Le second concert au Toyosu Pit est donc le dernier de cette tournée, et nous a offert un invité de marque sur scène : l'ancien joueur de l'équipe galloise de rugby Jamie Roberts, dorénavant consultant pour la télé britannique et évidement au taquet car il semblerait qu'un gallois qui n'aime pas le rugby et/ou les Manic Street Preachers soit vraisemblablement déconnecté des réalités de son monde.
Les deux concerts se terminent sur le mythique Motorcyle Emptiness, dont le clip aujourd'hui délicieusement kitsch (la coupe de cheveux et les pantalons de Richey Edwards et de Nicky Wire y sont tout bonnement merveilleux) a été tourné à Tokyo et a alors fait d'eux de réelles stars au Japon.

Lorsqu'un groupe aussi modeste, humble et talentueux que les Manic Street Preachers se produit dans un pays où les fans sont si respectueux, fidèles et fins connaisseurs en musique rock, l'alchimie est alors parfaite. Clôturer cette tournée anniversaire dans un tel lieux et une telle ambiance rend l'expérience unique.
setlist
    The Everlasting
    You Stole The Sun From My Heart
    Ready For Drowning
    Tsunami
    I’m Not Working
    You’re Tender And You’re Tired
    Born A Girl
    Be Natural
    Black Dog On My Shoulder
    Prologue To History
    S.Y.M.M
    If You Tolerate This Your Children We’ll Be Next
    ---
    Slash'n'Burn
    Your Love Alone Is Not Enough
    La Tristesse Durera
    Everything Must Go
    International Blue
    Design For Life
    Little Baby Nothing
    Sweet Child O'Mine (Guns N’ Roses cover)
    You Love Us
    Walk Me To The Bridge
    Motorcycle Emptiness
photos du concert
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