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Muse
Future Kings Of Spain

Grenoble, Summum - 24 mars 2004

Live-report par David

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Le titre de la première chanson jouée par MUSE ce soir (dernier single en date tiré d’Absolution, leur troisième album) sera finalement très récapitulatif de l’ensemble de la soirée : hystérique !

Tout d'abord au niveau du son : jamais je n’ai vu, dans cette salle à l’acoustique pourtant si bonne d'habitude, de son aussi fort et mal réglé que pour ce concert. Résultat : une basse vrombissante qu’on ressentait en nous plus que l’on ne l’entendait vraiment et surtout la voix de Matthew Bellamy saturée à outrance et dont on n'entendait finalement que des couinements ou des hurlements...Quel dommage, quand on connaît les capacités vocales du leader de MUSE, de passer à coté de toute l'émotion que peut dégager sa voix lors de passages calmes situés bien souvent à l’intérieur même des différents morceaux (Citizen Erased par exemple, dont le passage apaisé ne rend plus aussi bien que par le passé).

Car c'est de ça qu’il s’agit aussi : MUSE a évolué, c'est indéniable, mais est-ce un bien ?
Leur concert de ce soir s’est finalement résumé en une toujours plus impressionnante course aux effets visuels (ballons, confettis, explosions, fumées, grands écrans tout y était et de très belle façon mais dans le fond est-ce bien nécessaire ?) et sonores mais on peut sincèrement se poser la question de savoir si cette accumulation d'artifices ne finit pas par nuire à nos trois anglais.

En effet, à force de vouloir faire «toujours plus fort», leur son (résolument hard ce soir) est devenu beaucoup plus plat et a perdu tout le contraste qui faisait la force de MUSE par le passé : du coup, les morceaux les plus calmes (Sing For Absolution ou Blackout) ne dégagent absolument rien car se retrouvent le plus souvent dénués de toute émotion...Pire encore, même sur les chansons les plus péchues, l’énergie déployée n’est plus forcément palpable tellement la bouillie sonore nous empêche de déceler chaque instrument à sa juste valeur. Résultat : on se surprend à trouver les trois singles (Time Is Running Out, Plug In Baby et Bliss) joués à la suite à la fin du concert franchement trop ressemblants pour convaincre (alors que, en novembre à Lyon, le son de la Halle étrangement meilleur leur avait permis de finir en apothéose avec ces trois morceaux) et certaines pièces maîtresses du dernier album se retrouvent broyées par cet affreux mixage (Hysteria ou Apocalypse Please qui atomisent les oreilles ou The Smallprint qu’il vaut mieux connaître par coeur avant le concert si on veut en apprécier la puissance).

Deuxième reproche, cette fois concernant le groupe lui-même : ce concert à Grenoble était le dernier de cette mini-tournée française de 5 dates faisant elle-même suite à une immense tournée mondiale en fin d’année dernière; le moins que l’on puisse dire est que cela se ressentait !
Alors qu’à Lyon en novembre dernier, on avait senti le groupe franchement soudé et débordant d’envie et d’énergie, le show de ce soir était tout autre : si on ne peut pas reprocher grand chose à Dom le batteur, on ne peut pas en dire autant des deux autres censés occuper le devant de la scène.

Chris tout d’abord était hier complètement absent... Où est passé le fougueux bassiste qui remuait la tête comme si sa vie en dépendait sur les morceaux les plus heavy ??? Il s’est contenté d’assurer ses parties de basse et ses chœurs (de plus en plus nombreux ceci dit) en «roue libre» et on avait franchement l'impression sur ce concert qu’il faisait son boulot sans conviction et pire sans réel plaisir...
Le problème de Matt est quand à lui tout autre : on dirait que la notoriété toujours plus grandissante de MUSE est en train de grignoter ce petit génie de la musique lentement mais sûrement... chacun de ses gestes est préparé voire minuté et de ce fait, toute spontanéité a disparu chez lui (mais où prend-il du plaisir à faire à la seconde près les même chorégraphie et mimiques que lors du concert de Lyon il y a 5 mois ?).
Musicalement maintenant, le problème de Matt est d’en faire encore et toujours trop !! Quasiment toutes les chansons sont accélérées par rapport au version album (alors qu’il faudrait quelques fois justement «freiner la machine» !!) et sur énormément de passages à la guitare, il rajoute encore et encore des effets sonores stridents et dissonants en lieu et place d’arpèges ou d’accords simples mais efficaces (et c’est aussi pour cela que, sur ce concert, les chansons «Piano» ont bien mieux rendues que celles «Guitares»).
Du coup, certaines chansons si puissantes par le passé se retrouvent surchargés et par conséquent dépourvues de toute émotion… Oui MUSE est un groupe surpuissant en concert, un rouleau compresseur dévastateur qui atomise tout sur son passage... oui mais dans quel but, si cela nuit à la qualité de leurs chansons?

Dernier reproche (de fan) concernant les chansons en elles-mêmes : la setlist était bien pauvre en surprise (hormis le retour réjouissant de la toujours puissante Dead Star) par rapport à celle (exceptionnelle !!) de Lyon en novembre dernier... Ruled By Secrecy ne m’a vraiment pas convaincu en live et, désolé pour les fans de ces morceaux, mais je trouve toujours aussi désolant de préférer jouer les si fades Sing For Absolution ou Blackout quand on possède des chansons comme Showbiz ou Microcuts.
Enfin, c’est quand même pas la fin du monde de jouer un petit inédit différent (une face B, un vieux morceau..) chaque soir pour le public de fans venant de plus en plus nombreux à leurs shows (surtout quand on joue seulement 1h15 hors rappel !!!)...mais apparemment c’est déjà trop leur demander et ce ne sont pas les 20 secondes d’un nouveau riff à la MARILYN MANSON en clôture du toujours bordélique Stockholm Syndrome, qui y changeront quelque chose...

Mais ne soyons pas si négatif, tout n’a quand même pas été si catastrophique !!!
Malgré la mauvaise qualité sonore de l’ensemble de ce show, Space Dementia s’impose, concert après concert, comme la chanson phare du groupe en live, avec son intro au piano toujours aussi prenante et son déroulement mégalo... la seule personnellement qui m’ai donnée des frissons pendant ce show...
Butterflies & Hurricanes reste aussi un cheval de bataille terriblement impressionnant en live, d’autant plus que la cohésion de cette chanson s’est encore améliorée puisque le passage «piano» du milieu est maintenant accompagné par la rythmique «basse-batterie».
La modification du riff de reprise de Dead Star lui donne encore plus de puissance, la face-B instrumentale Forced In est toujours aussi agréable à l’écoute (car quasimment seule chanson «simple» jouée sans artifices et en plus seul moment du concert ou les trois musiciens ont joués proches les uns et des autres, en se regardant) et les éternelles Sunburn (définitivement plus belle version piano !), New Born ou Muscle Museum font toujours très bien leurs effets...

Donc déception quand même pour ce concert et surtout grosse interrogation quand au futur de MUSE :
Autant la mauvaise cohésion du groupe peut être expliquée (et excusée) par la lassitude ressentie en fin de tournée, autant, sur la question de leur son et de leur direction musicale, il me semble que le groupe est maintenant arrivé à un tournant... Soit ils continuent à vouloir faire toujours plus haut et plus fort au risque de rentrer dans le mur, soit ils prennent du recul sur leur musique pour arriver à (re)faire sortir le coté varié, aéré et émotionnel sur lequel réside toute la force et l’impact de leur si belle musique...

PS : quelques mots quand même sur l’excellente découverte des FUTURE KINGS OF SPAIN qui assuraient la première partie ce soir : formation rock n’ roll à souhait, musicalement calée quelque part entre les DATSUNS (pour les deux ou trois premiers morceaux assez heavy joués ce soir avec beaux hurlements au chant en prime !) et WEEZER (pour les ritournelles pop qui rentrent bien dans la tête !), ce tout jeune groupe anglais énergique mais aussi mélodique (un excellent dernier morceau faisant penser aux tous meilleurs morceaux de NADA SURF) a fort bien réussi sa prestation.
Ce groupe qui peut en effet paraître un peu «bourrin» au premier abord, se révèle finalement beaucoup plus mélodique et varié qu’il n’en a l’air…assez impatient de découvrir ce que ça donne sur album et encore dommage celui-ci n'était pas en vente hier soir...

setlist
    - Hysteria
    - Dead Star
    - New Born
    - Sing For Absolution
    - Citizen Erased
    - Space Dementia
    - Ruled By Secrecy
    - Sunburn
    - Butterflies & Hurricanes
    - The Smallprint
    - Forced In
    - Muscle Museum
    - Time Is Running Out
    - Plug In Baby
    - Bliss
    ------------
    - Apocalypse Please
    - Blackout
    - Stockholm Syndrome
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