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Isobel Campbell

Paris, Café de la Danse - 11 septembre 2010

Live-report par Chloé Thomas

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Le troisième opus d'Isobel Campbell et Mark Lanegan était décevant, nous l'avions écrit ici même : trop lent, trop éthéré, trop poseur. Mais en live, un autre problème s'y ajoute, celui posé justement par des chansons qui, même lorsqu'elles sont superbes, n'ont justement pas été pensées pour la scène. Les trois disques du duo sont des albums studio par excellence, construits par Campbell et sur lesquels Lanegan, débarqué de son Amérique pour quelques jours, vient poser sa voix en passant. Nécessairement, sur scène, ça devient clair, ils n'ont pas vraiment pris l'habitude de jouer ensemble.

Mark Lanegan louche régulièrement sur un pupitre pour y lire ce qu'on devine être au mieux les paroles de ses chansons, au pire la partition complète. Les deux ne se jettent jamais un regard et n'ont donc pas la moindre marge de manœuvre pour prolonger une introduction, un final ou augmenter l'intensité d'un moment; ils commencent au moment convenu et collent ensuite à celui-ci tout du long.
Mark Lanegan, on le sait, prête sa voix à des projets divers et variés, et peut donc difficilement fréquenter activement les artistes avec lesquels il collabore. Mais s'il ne fait que passer, il faut lui reconnaître qu'il le fait très bien, avec une classe inimitable. Il découvre peut-être ses textes au fur et à mesure, mais, dans son chant même, il n'en laisse rien paraître, avec la voix la plus sexy du rock. Celle d'Isobel Campbell, à ce propos – problème de balances peut-être ? - devient quasiment inaudible derrière.

Comme il arrive que l'ennui s'immisce au cours de quelques titres trop répétitifs (Free To Walk), on se laisse aller à imaginer Mark Lanegan comme un homme objet asservi à Isobel Campbell, esclave vocal et plus si affinités de la jeune femme blonde aux airs timides. Elle s'est coiffée et maquillée comme Nancy Sinatra, mais dans l'histoire c'est elle qui joue Hazelwood-Pygmalion avec Lanegan pour créature. Puissamment érotique. Mais soyons clair, cela ne sort que de l'imagination débridée d'une chroniqueuse qui laisse son esprit vagabonder pendant les refrains les plus longuets et qui est amoureuse de Mark Lanegan. Ainsi l'écossaise a tellement peur des tabloïds qu'elle se justifie pesamment dès qu'elle ose une note d'humour pouvant laisser croire qu'elle et lui se connaissent (et n'ont pas fait que se croiser au studio il y a quelques mois).

Mark Lanegan s'éclipse cependant pour quelques chansons et laisse la place à Willy Mason, co-signataire de deux titres sur leur dernier album. Isobel Campbell le présente comme "the new avant-garde", mais c'est une avant-garde très tournée vers le passé : voix très blues et ballades gentillettes, nous voilà cinquante ans en arrière. L'ensemble est plaisant, mais Willy Mason manque tout de même de charisme en comparaison avec Lanegan. Parce que malgré la gaucherie évidente du duo Campbell-Lanegan, qui atteint son paroxysme lorsque la chanteuse se met à rire nerveusement au beau milieu de Cool Water sans que son partenaire ne fasse quoi que ce soit pour l'aider, c'est ce charisme qui, sans conteste, sauve le concert. Sur les meilleurs titres, Come Undone ou Who Built the Road, il enlève l'enthousiasme du public et transporte.

Ce soir, le plaisir nous est aussi offert de découvrir Isobel Campbell sans acolyte. Excessivement timide, elle parvient cependant à imposer sa jolie voix et ses compositions vraiment convaincantes; To Hell And Back dure, comme beaucoup de chansons, une ou deux minutes de trop, mais est assez parfait. Il est sûr que disposer d'un homme objet comme Mark Lanegan, cela fait rêver, mais Isobel Campbell se débrouille aussi plutôt bien toute seule.
setlist
    We Die And See Beauty Reign
    You Won't Let Me Down Again
    Come Undone
    Snake Song
    Who Built The Road
    Free To Walk
    Ballad Of The Broken Seas
    The Circus Is Leaving Town
    No Place To Fall
    Cool Water
    Say Goodbye
    To Hell And Back
    Saturday's Gone
    Back Burner
    Time Of The Season
    Honey Child What Can I Do?
    Salvation
    Come On Over (Turn Me On)
    Get Behind Me
    ----
    Revolver
    (Do You Wanna) Come Walk With Me
    Ramblin Man
    Wedding Dress
photos du concert
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