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Mirrors
OMD

Paris, Casino de Paris - 25 novembre 2010

Live-report par Olivier Kalousdian

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Ne pas confondre ; Géant Casino, Nouveau Casino et Casino de Paris ! Le premier n’a absolument aucun intérêt dans cette chronique, le second est une salle relativement récente basée rue Oberkampf dans un quartier anciennement populaire et rock & roll et le dernier est une salle mythique de la capitale, inaugurée en 1880 et où des artistes comme Maurice Chevalier et Serge Gainsbourg se sont produits pendant longtemps...
Plus habitué aux ambiances froides du Zénith ou au dépouillement intimiste de la Maroquinerie, ce soir c’est soirée de gala dans le velours et le taffetas, au sens propre comme figuré. Arrivé rue de Clichy, le Casino de Paris en impose et il ne manque que le groom en livrée rouge qui vous ouvre les portes ! Sécurité en costume noir, ouvreurs en cravates et barman plus maniérés qu’au Lido, nous sommes dans une salle de music hall typique du XIXème siècle, habillée de velours rouge et disposant d’un poulailler, d’un orchestre et d’un balcon, à l’ancienne.

 

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À l’ancienne... c’est peut-être pour cela que la production a jeté son dévolu sur cette salle historique. Historique, OMD l’est pour de vrai, à l’instar du public de ce soir qui pourrait faire croire que l’on s’est fourvoyé entre le Casino de Paris et le Nouveau Casino justement. Mais non. Malgré la moyenne d’âge, quarante ans, les costumes bien coupés sortant tout droit des bureaux voisins et les chemises bleus à rayures blanches, nous sommes bien au concert d’Orchestral Manœuvres In The Dark et du groupe Mirrors. Et là, les « Souvenirs » se transforment en coup de vieux gigantesque !

Mirrors, Mirrors, dis moi qui est la plus belle ce soir ? Ça ne va pas être facile, parce que ce soir, c’est soirée de gala, tendance 1985 revisitée 2010 ! Quinquas arborant un costume strict mais quand même estampillé The Kooples, ou portant haute sur la taille une robe Paul & Joe ; quadras ayant ressorti des placards ou des rayons de Ben Sherman, les pantalons feu au plancher avec blousons Harrington, palladium montantes et pull marin « Tabarly » ; Et, quelques jeunes filles nées en 1985 et sincèrement revival dans leurs têtes goûtant depuis peu à la mode des jupes tubes et des imprimés très moches de la fin des 80’s... mode qui fut honnie en son temps ; Il n’y a que du beau monde dans ce théâtre précieux où les toilettes emploient encore une dame pipi… Cela ressemble plus à un showcase qu’à un concert et ce n’est finalement pas désagréable du tout... pour un soir.
Mirrors, jeune quatuor électronique originaire de Brighton, à ne pas confondre avec Nick And The Mirrors, groupe folk français, a accompagné OMD dans toute une tournée qui prendra fin ce soir, après moult souvenirs assez intenses et électriques, il faut l’avouer.
Plus royalistes que le roi, les quatre membres du groupe arrivent groupés, vêtus, coiffés et maquillés tels des reflets les uns des autres, sévères, sombres et arborant l’inévitable cravate-clavier des années 80s, semblant sortir d’un trou de vers embranché sur les années new wave. Même si on ne connaît pas leur musique, il n’est pas difficile de deviner que la synth pop en dégradés de gris est leur marotte.

 

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Difficile de croire qu'il y a trois ans, deux des membres Mirrors jouaient dans Mumm-Ra, groupe d'indie pop jeune et fringuant. Le virage est serré et improbable. Aujourd'hui, Mirrors joue de la synth-pop britannique dans la plus pure tradition. Conventionnelle et assez clichée, mais pas dénuée d'intérêt. D’ailleurs, la bande sonore d’avant concert est assez éloquente, peut-être même trop et prépare l’audience à ce qui va suivre ; Marc Almond, Pet Shop Boys, Jimmy Summerville... toutes les reprographies, polycopies, similigravures de la new wave pop des années 80 s’enchaînent, avant et entre les deux concerts, préparant et gardant le public dans une mélancolie en plein essor et transformant presque, pour un soir, le Casino de Paris en Palace de la belle époque !
S’installant le long d’une ligne Maginot de claviers électroniques dernier cris et d’une batterie qui ne l’est pas moins, Mirrors fait une entrée à la Gary Numan, froide et mystérieuse. La voix grave et théâtrale, ce qui est tout à fait de mise ce soir, et les mélodies enveloppées de réverbérations et de claviers ne titillent pas assez du coté des sonorités originales pour admettre qu’il y a là matière à nouveauté. Qualifiée de « pop noir » dans leur ville d’origine, dû sans doute à leurs inspirations issues de philosophes et d’auteurs du siècle dernier, les plaisantes lignes claires obscures synthétiques que joue Mirrors ne dépassent pas l’exercice de style visant à revisiter une époque qu’ils n’ont pas connue. Cela n’a rien de rédhibitoire et des jeunes formations évoluant dans la même tonalité font plus qu’être figurants (We Have Band, New York Pony Club...) mais, force est de constater qu’elles apportent un tantinet plus que le reflet d’un époque dans un simple miroir…
Il y a bien quelques titres proposant des rengaines accrocheuses (Hide And Seek) et une vraie pasionaria de la part des quatre de Brighton alignés sur scène comme un seul homme vêtu d’un seul costume, mais c’est tout de même un peu court.
Il leur faudra encore travailler les mélodies, trouver de vrais gimmicks accrocheurs et des sonorités revisitées et pas seulement pompées. Après tout, trente ans après, il s’est passé bien des choses musicalement parlant ; il est dommage de ne pas en tenir compte et de ne compter que sur la mélancolie de tenues, d’attitudes et de titres qui « font penser à » mais n’imposent pas une nouvelle empreinte d’une synth-pop façon 2010 qui pourrait faire parler et surtout écrire au delà d’un petit paragraphe, lui aussi un peu court.

 

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Depuis deux ans et sans vouloir jouer à l’ancien combattant, c’est un réel plaisir que d’assister à la reformation de groupes qu’un âge, entre deux, ne m’avait pas permis de voir sur scène à l’époque. Madness, Killing Joke, Wire... et, ce soir, dans un style un peu plus pop mais avec tout le plaisir d’un concert aussi inespéré qu’attendu au tournant, Orchestral Manœuvres In The Dark et ses tubes interplanétaires qui ont vu les meilleurs pas de New Wave se construire et se développer sur leurs mélodies imparables !
Plus très jeunes, leur premier titre et carton, Electricity, datant de 1979 (signé sur le même label que Joy Division), Andy Mc Cluskey, leader charismatique et chanteur bassiste, cinquante-et-un ans au compteur, corps svelte et très peu de rides sur un visage toujours post-adolescent et Paul Humphreys, cinquante ans, claviériste dont l’embonpoint met à mal le visage presque androgyne qu’on lui connaissait à l’époque où il chantait Souvenir dans le clip du même nom, font une entrée remarquée et acclamée sur la scène du Casino de Paris qui a vu tant de talents français l’honorer.
Jouant des dernières avancées en terme de projection laser, un rideau noir invisible sert de support à deux énormes visages de lumières façon Tron, parlant et gesticulant tel le Max Headrom des Art of Noise de 1985. Le rideau noir tendu en avant asymétriquement, l’effet 3D du rendu est saisissant. Les visages avancent et reculent au delà de la scène et apportent la note techno synthétique de cette soirée dédiée aux nostalgiques.
Peu de groupes, à l'exception de Madness peut être, peuvent prétendre à plus de 70% de tubes pendant un concert ; les 30% restant étant majoritairement composés des nouveaux morceaux de l’album tout juste sorti, History Of Modern. L’histoire moderne, OMD la connaît assurément et lui rend hommage dans la fabuleuse recherche de sonorités qui ont fait leurs succès, allant jusqu’à se passer de guitares électriques depuis leurs débuts, ce qui est sûrement sans précédent pour une telle success story !

Bidouilleurs d’électronique depuis trente ans, compositeurs de hits depuis autant et auteurs de textes rendant souvent hommage aux « progrès » technologiques (Tesla Girl, Electricity, Enola Gay...), OMD s’est forgé la réputation d’une puissante machine synth pop, à la lisière entre la complexité des mélodies de Depeche Mode, la noirceur minimaliste des engagements scéniques et textuels de Joy Division et la fraîcheur parfois facile des Tears for Fears (dont on s’autorise à penser qu’ils ne sauraient tarder à se reformer eux aussi !). Ils restent à la new wave dansante ce que les Clash étaient au rock politisé mais n’en gardent pas moins, aujourd’hui encore, une marge de manœuvre plus complexe et recherchée qu’il n’y paraît.
Des albums comme Architecture & Morality explorent et triturent les sonorités électroniques avec un talent que même Kraftwerk n’a sûrement jamais démenti. Si ce soir le look scénique est un peu « clinquant » (lumières, vêtements, bonhomie des trois autres membres...), l’énergie et la générosité d’Andy gomment toute velléités de critiques concernant ces quinquagénaires qui, comme en 1981, électrisent une salle conquise à l’avance, il est vrai, mais tellement heureuse de se remuer, délaissant les sièges chèrement attribués (78€ pour les places les plus chères, on comprend que la salle ne soit pas pleine à craquer !) et essayant de murmurer ou chanter des titres universels comme Enola Gay ou Electricity, de concert avec Andy, gesticulant jusqu’à l’épuisement et effaçant d’un seul coup, les trente années qui nous séparent de nos soirées d’adolescents.

Après un rappel de deux titres concluant le set et la tournée avec des sonorités envoûtantes, on comprend que ce qui manque le plus aux Mirrors, auxquels leurs aînés rendront un hommage appuyé : trouver une vraie marque de fabrique au travers de refrains et se sons capables de se téléporter dans le temps sans perdre une once de puissance, une bride de nostalgie, dans notre système nerveux et auditif.
setlist
    MIRRORS
    Fear Of Drowning
    Ways To An End
    Lights And Offerings
    Into The Heart
    ;-(
    Hide And Seek

    OMD
    Intro : History Of modern Parts III & IV
    New Babies : New Toys
    Messages
    Tesla Girls
    Bunker Soldiers
    History Of Modern (Part 1)
    (Forever) Live And Die
    She's Leaving
    Souvenir
    Joan Of Arc
    Maid Of Orleans
    New Holy Ground
    Green
    Talking Loud And Clear
    So In Love
    Locomotion
    Sister Mary Says
    Pandora's Box
    Sailing On The Seven Seas
    Enola Gay
    ---
    Walking On The Milky Way
    Electricity
photos du concert
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