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M.I.A.

Paris, Trianon - 11 décembre 2010

Live-report par Olivier Kalousdian

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Ils dansent tous le M.I.A !

Dans la boutique de Radio Nova, on trouve tout un tas de bonnes choses à déguster avec les oreilles, et ce depuis 1981. Préférant les découvertes et les talents à venir que les valeurs sûres du Top 50 (pour les moins jeunes) ou les groupes imposés par les maisons de disques appartenant aux mêmes groupes que certaines radios, anciennement libres, Nova s’est imposée comme la bande son Parisienne la plus originale avant de faire des petits partout en France. Malheureusement, financièrement, obligatoirement peut-être, depuis quelques années, les tunnels de publicités, un peu plus distillés qu’ailleurs, envahissent de plus en plus son antenne et donnent maux de tête et nausées à l’écoute des voix nasillardes rabâchant le plus grand nombre de fois possible en vingt secondes, une accroche de spot inventée par un carterons de directeur de création dont la dénomination même est un affront à tous les artistes de ce pays ! Non, je n’ai pas perdu le fil en route. Je devais décrire la locomotive pour y raccrocher un de ses wagons...
M.I.A (peut être pour le terme militaire Anglais, « Missing in Action ») est un exemple référent de ce que Nova fait de mieux, tout en s’autorisant de lourdes concessions d’ordre financières et marketing. Créative ? M.I.A. l’est certainement. « Originale révoltée » dans son style vestimentaire et scénique, M.I.A utilise tout ce que la mode, les techniques son et image et les arts vivants peuvent offrir aujourd’hui et peut, à la limite, nous convaincre de sa bonne foi à la vue d’un de ses shows ; aussi bordéliques et condensés qu’une manifestation d’étudiants ! Mais est ce qu’un show de M.I.A. est un véritable concert ou juste un son et lumière pour lequel un DJ et un VJ suffiraient ? Est-ce là la révélation que certains médias et fans essaient de nous vendre du fait de son parcours (atypique, aventurier et parfois assez sombre, il faut le reconnaître) et de sa « créativité », parfois plus graphique que sonore ?

 

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Si Andy Warhol fut l’un des premiers à savoir recycler l’ancien pour en faire du nouveau hors de prix, M.I.A. n’a pas oublié les leçons de Merrill Beth Nisker, chanteuse et productrice d’Electroclash de talent qui lui aurait confié sa première sample machine et en a fait son fond de commerce à un niveau rarement atteint. Sans en changer ni le tempo, ni la sonorité, elle copie le Straight To Hell des Clash pour en faire son tube, Paper Planes. Spécialiste pour rendre chèvre les attaché(e)s de presse et les journalistes qu’elle décale constamment, M.I.A., de son vrai nom Mathangi « Maya » Arulpragasam, est née à Londres (mais a vécu des jours sombres dans une guerre civile ensanglantant son pays d’origine, le Sri Lanka ; revenant ensuite en Angleterre comme réfugiée politique) et est aujourd’hui mère du fils d’un riche patron d’une firme ayant comme activité les problèmes de rejets de carbone sur terre.
Elle qui se veut militante jusqu’au bout de ses concerts (images d’armées en combat sur murs LED couvrant toute la scène ; sons de mitrailleuses sans discontinuer ou presque ; tenues de camouflages pour elle et ses danseurs...) vit à Berverly Hills et n'hésite pas à pourrir la vie d’une journaliste du N.Y Times appréciant moyennement son interprétation aux Grammys, enceinte de neuf mois et pratiquement nue !

Comme ce soir, au Trianon, dont il faut souligner la magnifique rénovation en 2009, les performances de M.I.A. tiennent plus du show scénique à plusieurs dizaines de milliers d’Euros que de la performance musicale. Drum & Bass ; Afro reggae ; Asian folk... difficile de se faire une idée du style (un mot qui lui colle à la peau !) musical qui officie ce soir. Bruyant, au point de voir plusieurs personnes préférer l’écouter au bar du Trianon, à l’extérieur de l’enceinte du théâtre. Aveuglant, au point de devoir fermer les yeux à chaque flash stroboscopique pompant plusieurs milliers de Watts/h, le show est tout de même des plus agréables à vivre grâce, notamment, à deux jeunes danseurs de style « Cockney », le cheveux blond et ras et qui, habillés de treillis, s’agitent comme des diables sur une chorégraphie très bien préparée. Une scène sur laquelle M.I.A invite à monter tous les premiers rangs et sur laquelle elle se retrouve vite submergée par dix, vingt, trente personnes du public, attirées là par une lumière plus belle et plus puissante, tels des papillons de nuit qui n’en demandaient pas tant !

 

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Prise à partie pendant son propre show pour une inévitable séance d'iPhotos, M.I.A. en perd son micro. On s’attend à un drame, un blanc dans la chanson... mais il n’en est rien ! Aucune modification de la piste, les vocodeurs, très présents et sur-utilisés, ont sûrement sauvé la situation... de quoi faire parler certains journalistes l’ayant soupçonnée de faire ses shows en play back !
Quoiqu'il en soit, M.I.A. ne chante pas vraiment, elle bouge violemment dans sa tenue façon « Tchador guerrier », elle crie, elle hurle des textes que l’on ne comprend pas toujours mais elle ne chante pas réellement sur scène. Elle anime son show d’un pupitre quasi présidentiel placé au milieu de ses musiciens (un DJ et un batteur fille) et fait office de MC.
Un MC capricieux qui disparaît de la scène pendant cinq bonnes minutes en plein milieu du set, provoquant l’énervement du public ayant investi une quarantaine d'Euros pour la voir avec une première partie comprenant un seul DJ pour un très long warm-up. Enfin, arrive ce que la majorité semble être venue chercher ici, le tube Novaesque, Paper Planes.

Une heure pile, c’est ce qu’aura duré la performance son et lumière de M.I.A. qui doit, ce soir, une fière chandelle à la fée électricité, à ses deux danseurs énergiques et à un public venu en masse pour un spectacle plus proche d'un DJ set que d'un concert ! Pour conclure sur mon introduction et paraphraser Mélanie Bauer de Radio Nova : « M.I.A. n’est pas à la mode, elle est la Mode ! »
setlist
    The Message
    Illygirl
    World Town
    Bucky Done Gun
    Boyz
    Bamboo Banga
    XR2
    Lovalot
    Story To Be Told
    ----
    Meds And Feds
    Born Free
    Galang
    Teqkilla
    Paper Planes
photos du concert
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