interview
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Nous avons rencontré les trois Anglais du groupe Is Tropical au lendemain de leur concert au Point Ephémère le 8 juin dernier, sans leurs masques pour une fois. Drôle et déjanté, le trio électro-rock a répondu à toutes nos questions sur leur album, leurs clips et leur style quelque peu particulier. Une interview délirante et pleine de digressions.

Comment allez-vous ? Le concert d'hier s'est bien passé ?

Gary : On a la gueule de bois...
Simon : C'était sympa. C’était notre première tête d’affiche à Paris.

Le public semblait un peu frustré que ce soit aussi court...

Gary : Oui, on fait toujours ça. Mais pour l’Angleterre c’est long. Un de nos concerts dure à peu près vingt minutes en Angleterre et si tu joues plus longtemps, les gens se mettent à regarder leur montre.

On vous connait assez peu, est-ce que vous pouvez vous présenter l’un après l’autre ?

Simon : Je m’appelle Simon, j’aime... les balades sur la plage et... le homard.
Dom : Moi c’est Dom et je suis arrivé premier à la compétition de brasse des moins de 14 ans...
Gary : Moi c’est Gary et j’étais le gosse le plus rapide de mon école primaire (rires) !

D’après ce que j’ai cru comprendre, tout le monde compose dans le groupe et tout le monde écrit ?

Simon : Oui... Par exemple Gary ne joue pas de batterie mais il peut venir avec un rythme de batterie et une mélodie. Puis Dom peut venir avec les paroles. C’est une sorte de melting-pot (rire) !
Gary : Quand il n’y a qu’un songwriter dans le groupe, toutes les chansons semblent un peu identiques. Il n’y a qu’un seul style. Pour les paroles, ça va parler d’amour dans toutes les chansons par exemple. Nos compositions sont plus aléatoires, une chanson peut être assez lo-fi et la suivante sera shoe-gazing.

Certains d’entre vous ont fait des expositions d’art ?

Gary : Oui, nous tous.
Simon : On vivait dans une galerie, un vieux squat. Au même moment, on faisait de la musique et on a décidé de se consacrer sérieusement à ça. Toutes les personnes avec qui on vivait sont maintenant des artistes riches et célèbres.
Gary : Qui gagnent beaucoup plus d’argent que nous !
Simon : Donc on a merdé, on a choisi la mauvaise voie.

Quel était votre style ?

Gary : Moi je faisais de l’art naïf, un peu outsider. Une sorte d’art folk scandinave. Délibérément mal fait. Avec beaucoup de collages.
Dom : La plupart de mes trucs étaient hyper réalistes, type photographie...

Des choses très différentes donc...

Gary : Oui, tout ce qu’on faisait était assez différent.
Simon : Moi, c’était de très très grands tableaux en verre. On ne pouvait pas vraiment les sortir de la maison et personne ne voulait les acheter parce qu’ils étaient trop gros. Il fallait un camion pour les emporter !

Vous avez déjà entendu cette question un million de fois, mais d’où vient le nom du groupe ?

Simon : C’était une sorte d’évasion. Quand on écrivait nos chansons au tout début c’était en hiver à Londres, il faisait très froid. En fait, on essayait de penser à quelque chose de tropical. Ensuite il y avait une espèce de quatrième membre du groupe quand on a commencé, il vivait à Liverpool, et il disait tout le temps « is bad is shit is good », alors c’est devenu « is tropical ».

Venons-en à votre musique, maintenant. Vendez-nous le groupe en une phrase. Faites-vous un peu de pub !

Dom : Hum... 8,99 !
Gary : Je dirais que c’est de la pop accessible, dansante et lo-fi que tout le monde peut aimer. De ton petit frère jusqu’à ta mère.
Simon : Ma mère aime beaucoup l’album.
Gary : Ma mère pense que certaines chansons sont pourries, elle n’aime pas trop...
Simon : Mais on ne rentre pas trop dans une catégorie. Quand les gens écrivent des chroniques, ils essaient de trouver des groupes pour nous expliquer mais ils finissent par choisir n’importe quel artiste avec lequel on a tourné, comme les Klaxons.
Gary : On ne ressemble pas du tout aux Klaxons. Ou peut-être que si ?
Simon : Non, je ne dirais pas ça. Je crois que dans le NME, ils ont dit qu’on sonnait comme Mystery Jets.
Gary : La reprise de Melt qu’on a jouée sonnait un peu comme Mystery Jets (ils se mettent à chanter).

Vous avez beaucoup d’influences, quelles sont-elles ?

Gary : J’ai beaucoup écouté Ratatat. Je les trouve incroyables. Même pas pour leurs chansons, mais pour le son qu’ils utilisent. Ils sont tellement inventifs, tu vois ce que je veux dire ? Ce n’est pas comme s’ils prenaient une guitare et que cela suffisait à produire le son qu’ils voulaient. Ils font beaucoup de backwards, ils inversent le son. C’est une approche intéressante. Ils font des samples vocaux bizarres. Je suis intéressé par leur manière de faire de la musique.
Simon : En écrivant le premier album, on écoutait beaucoup la radio pendant nos tournées, donc on écoutait pas mal de pop...

Qu'entendez-vous par pop ?

Simon : Lady Gaga. Il y a en fait de nombreuses similitudes avec beaucoup de nos chansons. Mais oui, la radio est ma première inspiration en général.

J'ai lu que vous ne vouliez pas être un groupe anglais, pourquoi cela ?

Gary : Etre qualifié de groupe anglais, c’est horrible. Quand on pense aux groupes en Angleterre, il y en a plein qui ont le Union Jack. C’est de la merde...

C’est ça qui est plutôt amusant chez les groupes anglais justement !

Simon : Oui, quand tu ne viens pas d’Angleterre.
Dom : Si on a appelé l’album Native To et qu’on a fait des faux drapeaux et tout, c’est parce que...
Simon : On veut être des enfants du monde (rires) !
Dom : On n’a pas besoin d’être si spécifiques, avec Londres par exemple. Ça n’a pas beaucoup d’importance. Surtout si tu voyages dans différent endroits.
Simon : Et je n’ai jamais vraiment compris le patriotisme. C’est comme si tu naissais dans un endroit et que tu étais obligé de l’aimer. Ça n’a aucun sens, tu vois ?
Gary : On est nés à Bournemouth, c’est une ville pourrie !

On vous rattache le plus souvent à l'électro mais est-ce que cela reste important d’utiliser de vrais instruments ?

Simon : Oui...
Gary : Enfin ça dépend. Il y a des gens qui s’en sortent très bien sans aucun instrument, comme Justice par exemple. Ils font des trucs géniaux. C’est assez important pour nous mais la musique, en général, peut être fait de n’importe quelle manière .
Dom : Et tu peux faire sonner un instrument électronique comme un vrai instrument, et vice versa.
Simon : Quand on pense par exemple à Oranges, il n’y a en fait aucune guitare dans cette chanson, et pourtant c’est une des chansons où on entend le plus de guitares. Mais c’est le son de la guitare qui est synthétisé. Mais quand on la joue en live, on joue vraiment de l'instrument.
Gary : En concert, on obtient une sorte d’énergie en jouant les instruments. Je pense que c’est ça la différence. Si tu as juste un sample électronique qui te fait la batterie, tu n’as pas le même genre d’énergie que quand tu joues de la batterie. C’est pareil pour la guitare. Si tu restes tout le temps debout aux claviers, les gens ne peuvent pas vraiment rentrer dedans.
Dom : Si tu as la guitare sur scène, tu ne vas pas jouer le sample de la guitare. J’aime quand on joue en concert, c’est différent de l’album. Parce que sur disque, on a le temps de rajouter des effets par-dessus.
Simon : En live, il faut que ce soit plus punk. Ou merdique. Ça devrait être plus merdique. Fort et merdique (rires) !

Vos chansons sont assez différentes les unes des autres mais laquelle vous semble la plus représentative de votre musique ?

Gary : Seasick. Ce n'est pas la plus représentative mais c’est un peu notre chanson thème, elle nous suit depuis les premiers jours. Mais je suppose... que ça peut être toutes les chansons. Je n’en préfère aucune.
Dom : Elles paraissent différentes, alors parfois on peut en apprécier une davantage, mais un autre jour ce pourra être une autre...

Pensez-vous appartenir de près ou de loin au mouvement New Rave ?

Gary : Non, il n’y a pas de New Rave !
Dom : Et ça n’a jamais existé, ça n’a littéralement jamais existé, c’était juste un mot...
Gary : Pour deux groupes. Shitdisco et Klaxons faisaient de la musique au même moment et utilisaient tous les deux des synthés.
Simon : Et The Rapture. Les magazines disent ce genre de trucs pour vendre, tu vois ce que je veux dire ? Genre, pour qu’ils puissent faire « the New Rave tour ». C’est comme la Britpop. C’est une sorte de moyen paresseux de coller une étiquette sur les choses .
Gary : Mais non, on n’est pas New Rave donc.
Dom : Et même si on l’était, on serait Old Rave maintenant parce que c’était en 2005 !
Gary : Mais j’appréciais ces groupes qui étaient classés New Rave ou peu importe. Je pense juste qu’on a gâché ça en essayant de les catégoriser comme ça. C’était surtout les vêtements en fait. Tu portes des vestes fluo et les gens se disent « oh merde comment on peut appeler ça ? On ne peut pas appeler ça du rock’n’roll » (rires) !
Dom : Et puis, on veut que les gosses écoutent notre musique, on veut que nos mères écoutent notre musique. On veut que notre musique soit jouée dans des pubs Cornflakes. Si tu acceptes cette espèce d’étiquette super cool et trendy, tu ne peux pas espérer ça.

Revenons à votre album, comment s'est déroulé son enregistrement ?

Gary : C’est probablement le truc le plus marrant qu’on ait fait. Parce qu’on n’avait aucune idée de la manière dont l’album sonnerait avant de se lancer dedans. Les idées étaient là mais après y a eu tout un processus pour arriver à ce qu’on voulait faire. On a travaillé avec Jimmy Robertson, qui avait travaillé sur l'album de The Big Pink.
Simon : Et Mystery Jets. Ah c’est pour ça qu’on sonne comme eux (rires) ! Non, il était génial, on avait une idée et on passait la journée à jouer sur différents synthés pour voir ce que ça donnait.
Dom : On n’avait pas énormément de démos, on avait à peu près quatorze chansons et on les aimait toutes. Mais ce qui était cool avec Jimmy c’est que quand on jouait quelque chose, il pouvait nous dire « c’est un peu merdique ». Alors on se disait « putain » et on essayait de changer ça. La plupart du temps, c’est ce qu’on faisait, on changeait des trucs. On lui faisait confiance.

Vous avez signé sur le label parisien Kitsuné, pourquoi eux ?

Simon : C’était un des labels, quand on cherchait à se faire signer, qu’on aimait bien. On appréciait ce qu’ils avaient fait auparavant.
Gary : Ils sautent toujours sur de bons groupes. Ils ont un catalogue assez solide de chansons et de gens qui étaient supers et qui sont devenus connus. Je pense qu’ils anticipent plus que les autres labels. Beaucoup d’autres attendent que le groupe devienne connu avant de se lancer. Chez Kitsuné, ils se servent un peu de leur cerveau et ils prennent ce qui leur plait. Ils n’ont pas besoin que des tonnes de personnes fassent confiance au groupe, ils lui font eux-mêmes confiance. Quand on voit quelqu’un d’aussi confiant, on a envie de faire partie du truc.
Simon: Et ça ne donne pas l’impression d’être une énorme compagnie dirigée par une espèce de mec obèse. C’est dirigé par un mec cool.
Dom : Personne n’essaie de te changer et ne te dit « ok est-ce que tu peux porter des vêtements militaires et poser à côté de ce tank ? » !

A propos du style justement, vous êtes assez impliqués dans la création de votre image, notamment les clips vidéo...

Gary : Si tu fais quelque chose sérieusement, je pense que c’est important de trouver ce que tu es vraiment, et pas simplement répondre « ouais ok » quand un mec dans un bureau te montre les images qu’il a fait pour toi. On s’assoit, on fait les images ensemble, on avance des idées.
Simon : Les gens avec qui on travaille sont de bons amis. Ils nous aident à faire ce qu’on a envie de faire. Beaucoup d’amis font des clips, comme Megaforce qui a créé le clip pour The Greeks. Donc c’est plutôt cool.
Gary : C’est bizarre de trimer sur un album pour le faire sonner comme tu veux et que tu dois ensuite céder ce que tu as créé. Ça n’a aucun sens. Par exemple, c’est Harry qui fait nos lumières (il est présent dans la pièce, ndlr).
Simon : C’était notre tour manager mais il fait vraiment de la merde (rires) ! Il fallait le réveiller, il buvait toute la nuit. On lui disait « on va à Manchester », il faisait « aaarg » et il essayait de conduire.
Gary : Au lieu de prendre n’importe quel gars qui sait s’occuper des lumières on a pris quelqu’un qui connait les chansons, qui prend le bus avec nous et qui peut faire partie du spectacle. Ce n’est pas juste un truc additionnel, tu vois ?
Simon : Au final, on passe beaucoup de temps ensemble. Alors mieux vaut passer du temps avec des gens qu’on aime plutôt que... des gens qu’on n’aime pas (rires) ! J’aurais dû m’arrêter là, non ?

: toujours à propos de votre image, je ne vous demanderai pas pourquoi vous portez vos masques parce qu’il y a déjà eu tellement de choses écrites sur cela...

Simon : Bien !

Mais comment vous sentez-vous quand vous portez ces masques ? Avez-vous l’impression de devenir différents ?

Gary : C’est un peu un rituel. C’est sympa et ça transforme ton esprit, d’une certaine manière.
Simon : J’ai l’impression que je pourrai tuer quelqu’un sans me faire prendre (silence puis rires) !
Gary : C’est bizarre parce qu’on est assis en coulisses prêt à y aller et ensuite quand on met nos masques, c’est comme si on se disait « allons-y, allons faire un peu de musique » !
Simon : C’est comme une course de voitures sans casques ou un footballer sans ses chaussures de sport...
Dom : Si un footballer portait, par exemple, des Crocs il ne serait pas capable de mettre ce but, cet ultime but. Et même s’il le faisait, il aurait l’air d’un idiot.

Diriez-vous que la musique doit être une sorte de spectacle ?

Simon : Oui, absolument. Et c’est pour cela que des gens comme Lady Gaga sont si géniaux. Je ne crois pas que ses shows lui fassent gagner tant d’argent parce qu’elle en investit tellement dedans... Si tu vas à un concert, ça peut être un gars assis sur un tabouret avec une guitare acoustique ou bien ça peut être... des flammes !
Dom : Des dragons qui volent et des robots dinosaures !
Simon : Et peut-être une chaise à tête de zombie (rires) !
Gary : Au concert de Paul McCartney à Isle of Wight, il y a eu des feux d’artifices par exemple.
Simon : Pink a volé au-dessus du public.
Dom : Paul McCartney devait jouer en Russie. La météo annonçait qu’il allait pleuvoir et Paul a payé l’Air Force pour neutraliser les nuages !
Simon : Exactement !
Gary : Ouais ! Quel mec...
Dom : C’est de ça dont il s’agit, de contrôler la nature ! Il ne s’agit pas de prendre une guitare acoustique et de ne pas s’assoir sur une tête de zombie (rires) !

Le vidéo clip de The Greeks a fait polémique. Que répondriez-vous aux critiques ?

Simon : On n’a jamais cherché à en faire un truc politique ou polémique. Le but, c’était juste d’explorer l’imagination. Si quelqu’un s’emporte pour des dessins, je trouve ça un peu triste. Les infos sont plus effrayantes que ça.
Gary : En fait, tu peux voir de la polémique partout ou bien tu peux simplement voir des gosses qui courent avec des armes en plastique. Il n’y a pas de sang ni rien. Non, c’est une bonne vidéo. Et la drogue était bonne aussi. Parce que c’était de la vraie. Non je plaisante...
Simon : Les gosses étaient défoncés pendant de jours ! (rires)
Gary : N’écris pas ça !
Simon : Si, écris ça !

Quelle est la prochaine étape pour le groupe maintenant ?

Simon : Ce mois-ci est génial. Il y a le lancement de l’album la semaine prochaine à Londres et le lendemain, on va jouer en Russie. On a déjà joué là-bas, c’était super. Et puis, des festivals sont prévus...
Gary : Et on va travailler sur une vidéo pour notre prochain single. Et puis, faire des tournées et tout ce qui va avec.
Simon : Se faire des amis. Essayer de vendre quelques disques (rires) !

Dernière question : vous n’en avez pas marre de faire des interviews ? Pour un groupe comme le votre avec un seul album à peine sorti, on trouve beaucoup d'entretiens avec vous un peu partout...

Gary : Non on adore ça !
Dom : C’est Amusant, surtout quand t’as la gueule de bois tu racontes n’importe quoi !
Simon : On adore donner des interviews, on se prostitue là-dedans. On est des salopes (rires) !
Gary : Quand tu demandes à certaines personnes si tu peux leur poser des questions, elles te disent non et toi tu te dis « mais pourquoi pas? ». Si je croise un gars dans la rue et que je lui demande « où tu as eu ce t-shirt? » et qu’il me dit « Je te répondrai pas », je me dirais « vas-y, fais pas chier, je le veux ce t-shirt » (rires) !

Mélissa Blanche, 8 juillet 2011