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HÆLOS

Full Circle

HLOS - Full Circle
Chronique Album
Date de sortie : 18.03.2016
Label : Matador Records
45
Rédigé par Cassandre Gouillaud, le 23 mars 2016
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HÆLOS, ce sont à l'origine trois londoniens, Lotti Bernardout, Arthur Delanay et Dom Goldsmith, qui, à mesure de hasards et de coïncidences plus ou moins fortuites, se retrouvent ensemble en studio. Une pièce dans laquelle sont entrés trois artistes, auparavant tous impliqués dans divers projets, pour en ressortir en tant que groupe. Un fait apparemment banal, loin d'être anodin lorsque l'on prête attention à l'importance qu'ils accordent à ce lien entre individus, nécessaire à la compréhension de la dynamique qui anime leur travail.

C'est à ce même moment que peut commencer une histoire qui se poursuit, comme de plus en plus ces derniers temps, par la mise en ligne d'un titre sur SoundCloud, Dust, à l'automne 2014 - et le succès qu'on lui connaît. De ces mois qui ont passé depuis, et de sessions interminables que le groupe a pu qualifier de « douloureuses », a émergé ce premier album, Full Circle. Un effort qui, loin de tenter de s'en détourner, puisse inévitablement sa force dans une lutte émotionnelle constante, ravageuse, qui s'invite au coeur de l'être humain. Chaque morceau apparaît comme extériorisation de sentiments pris à vifs, souvent habités de mélancolie, rarement apaisés. Comme autant de combats désespérés de l'individu qui tente d'établir des connexions avec le monde qui l'entoure, cette fois revisités au travers des superpositions de synthés et de batteries impulsant une rythmique agressive.

« We know that from time to time, there arise among human beings people who seem to exude love as naturally as the sun gives out heat. » C'est sur une lecture d'Alan Watts, The Spectrum Of Love, que Full Circle débute. Un choix tout sauf hasardeux, qui ne laisse que peu de doutes sur le chemin que cet effort s'apprête à emprunter. Sous ses airs glaçants, c'est avant tout un album profondément introspectif, qui ne cesse de bout en bout d'être conduit par l'inconstance et le déséquilibre des relations humaines, l'amour en tête. Ce sentiment, HÆLOS le traduit dans un jeu de contrastes qui prend parfois des allures de clair-obscur sur la fascinante Earth Not Above, et dans la voix claire, presque fantomatique, de Lotti qui dialogue avec Dom et Arthur sur Full Circle.

L'album ne laisse que furtivement retomber une tension prenante, parfois franchement hostile, toujours alimentée de ruptures brutales qui font écho à l'instabilité de ces relations passionnées. La dissonance règne ainsi en maître sur l'effort, faisant coexister en un même morceau un calme mélodique qui se mue en une anxiété parfois maladive, jaillissant à travers les hantés « I can't feel enough / to kill this wasted love » de Dust.

HÆLOS évoluent à leur guise le long de sentiers battus qu'ils ne cessent de réinventer, synthétisant des influences parcellaires issues de la trip-hop et du R'n'B pour les réactualiser dans une électro à l'architecture complexe, presque inextricable. Des morceaux comme Oracle jouent d'une variation rythmique constante, appuyant leur construction sur une imbrication de sections dessinant une progression harmonique saccadée, parfois brutalement interrompue pour mieux resurgir et capter l'attention. Tout le talent d'HÆLOS est d'orchestrer ces variations autour de détails minimes, parfois une note autour de laquelle s'articulent des motifs répétés jusqu'à l'obsession, comme l'oeil du cyclone au cœur de la tempête. Sacred s'illustre d'ailleurs dans ce domaine, superposant les motifs, entremêlant les synthés dans une progression habile et prenante.

A l'arrivée, Full Circle n'est pas un album paisible. Il serait même plutôt dominé par une sensation d'angoisse qui ne cesse d'animer son écoute, comme un soubassement qui gît discrètement à l'arrière-plan sans jamais en sortir, ni s'éclipser pour se faire oublier. Si HÆLOS ont pris ici à bras le corps la complexité de l'émotion et du sentiment humain, il n'est pas si certain que le but dessiné soit d'en sortir indemnes. Pour autant, rien ne saurait être totalement noir ou blanc. Surgissent parfois là où on ne les attendait plus des phases d'apaisement, quoique relatives, où les dissonances sont moins attisées et les rythmiques brutales laissent place à des synthés planants. La lutte constante qui anime l'effort est ainsi pacifiée dans Alone ou dans Cloud Nine, laissant place à une mélancolie affligée qui culmine dans une interrogation à demi-murmurée, « why did you leave me ? », dont la réponse ne peut être que laissée en suspens.

Full Circle, faisant figure d'exutoire, n'est pas là pour en apporter une. Mais il est sans doute une étape dans cette reconquête, éternelle, d'une paix interne qui viendra provisoirement refermer ce premier cercle.
tracklisting
    01. Intro / Spectrum
  • 02. Pray
  • 03. Dust
  • 04. Full Circle
  • 05. Earth Not Above
  • 06. Oracle
  • 07. Alone
  • 08. Separate Lives
  • 09. Sacred
  • 10. Cloud Nine
  • 11. Pale
titres conseillés
    Dust, Full Circle, Earth Not Above
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