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Rat Boy
Lost Under Heaven
Let's Eat Grandma

Paris, Cigale - 19 novembre 2016

Live-report par Olivier Kalousdian

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Le 13 novembre 2015, les Fat White Family concluaient Les inRocKs Festival de manière précipitée dans un contexte dramatique qui impose, aujourd'hui encore, le souvenir et l'hommage aux victimes (dont certaines sont toujours hospitalisées) et à leurs familles. En cette semaine de réouverture du Bataclan, la 29ème édition du festival propose, du 17 au 20 novembre et de Tourcoing à Paris, une programmation exigeante, à la Boule Noire et à la Cigale (pour Paris), regroupant des artistes de tous horizons musicaux. Samedi 19 novembre, quatre groupes vont investir la scène de la Cigale dans une ambiance festive, mais légèrement clairsemée.

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Ex-chanteuse des groupes La Femme, Nouvelle Vague ou Bristol, Clara Luciani, du haut de ses vingt-quatre ans et de sa taille de mannequin, possède tous les atouts pour imposer une présence scénique de premier ordre. Avec un premier EP nommé Monstre d'Amour, elle s'est attirée les faveurs des parutions féminines et des Inrocks. Un an passé aux cotés de Raphael lui ont donné les armes pour composer et écrire des chansons french pop planantes...

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Rarement nous aurons été témoins d'un début de carrière si précoce dans le monde du rock, fusse-t-il anglais. A seize et dix-sept ans, Rosa Walton et Jenny Hollingworth reçoivent, depuis quelques mois, les éloges de nombre de médias spécialisés qui voient en elles les héritières de Coco Rosie, Kate Bush et même Björk ! A l'écoute de leur premier album, tout juste sorti et nommé I, Gemini – comme pour mieux jouer sur leur non gémellité – on se dit que le temps ne fait décidément rien à l'affaire, quand on a du talent, on a du talent. Bidouilleuses de génie qui ont eu pour livres de chevet ceux d'Enid Blyton et pour hobbies la construction de cabanes dans les arbres, au fin fond des bois les plus énigmatiques d'Angleterre, Rosa et Jenny, les deux amies, veillent l'une sur l'autre depuis l'age de quatre ans. Concoctant une pop électro-gothique sur des assemblages de voix biscornus aux forts accents de fêtes païennes, les deux mineures aux faux cheveux de sorcières sur scène vont faire mieux qu'intriguer le public de la Cigale. En effet miroir elles balancent des phrasés hip-hop farfelus sur le titre Eat Shiitake Mushrooms pour se moquer des clichés du rap et militent pour la réhabilitation de la flûte à bec, du charango ou du xylophone qui expriment “les sons magiques des sous-bois” comme sur la longue intro de Chocolate Sludge Cake. Plus qu'une découverte, Let's Eat Grandma (en hommage à leurs grand-mères !) s'assument déjà comme une valeur sure et montante et rassurent sur la bonne santé des artistes anglais en devenir.

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Changement drastique de costumes, d'atmosphère et de sonorités avec l'entrée en scène de Rat Boy en troisième partie de soirée. Accompagné d'une mise en scène piquée à un chantier autoroutier (que lui et ses musiciens vont s'employer à détruire, petit à petit), les très jeunes membres de ce groupe originaire de Chelmsford, dans l'Essex, vont faire preuve d'une énergie et d'une puissance qui vont désengourdir un public encore stoned des filtres et charmes mystiques que les deux gamines qui les ont précédés ont diffusé dans l'éther environnant.
Mélangeant, dans un bordel jouissif, rock, hip-hop et funk en modes démultipliés sur des tempos souvent très dansants, la bande à Jordan Cardy (vingt ans à peine) s'emploie à faire renaitre la folie de Madchester et de Brighton réunis sur des titres enlevés comme Sign On ou Fake ID (et leurs clips vidéo colorés et hilarants). Maîtrisant la scène et le public comme peu de leurs ainés, Liam Haygarth (basse), Harry Todd (guitare), Noah Booth (batterie) et Jordan Cardy s'imposent comme les dignes et illégitimes rejetons de Mark Berry (AKA Bez des Happy Mondays) et de Norman Cook (AKA, Quentin Leo Cook ; AKA, Fatboy Slim) !

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On a connu les Lost Under Heaven (LUH) affichant un look branché, barbe naissante et gueule d'ange pour Ellery James Roberts (ex-chanteur de WU LYF, un fan de l'acronyme, donc), tatouages bien apparents et taille mannequin pour la belle hollandaise Ebony Hoorn. C'est avec une coupe de cheveux « mulet » et un crane presque rasé – un look bien plus hipster pour la plus swag des capitales d'Europe – que nous retrouvons ce groupe né sur les cendres encore brulantes de WU LYF (Ellery James Roberts ayant décidé de dynamiter son ex-groupe en pleine ascension). Une histoire d'amour qu'ils ont tous deux décidé de mettre en musique et en scène sous l'égide d'une devise ornant leur site Internet officiel : Spiritual Songs For Lovers To Sing. Titre de leur premier album, sorti en mai 2016.
D'une approche sonore plus violente, tant au niveau des riffs de guitares joués par Ellery, tel un guitar-hero, bassin bien en avant que des vocalises, les titres de Lost Under Heaven explosent, parfois, un peu trop bruyamment via des synthés mélancoliques et une section rythmique « boombastique ». En chantres de l'anti-capitalisme dans une société qu'ils voient maudite et, pour tout dire, foutue, Ellery et Ebony délivrent des titres à la limite du son punk sur des textes qui ne laissent aucun doute quant à leur engagement : « To the powers of hope/To the powers that be/You’ve fucked up this world but you won’t fuck with me! » (Lament).
Un chaos quasi nihiliste, certes rafraîchissant en ces temps de non engagement du rock mondial, mais qui ne convaincra le public qu'à moitié ; la faute à un jeu de poseurs renvoyant un peu trop aux temps des défilés de John Galliano... et à l'effet totalement dévastateur de l'auto-tune sur Soro. WTF !

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Têtes d'affiche de ce samedi soir, les australiens de Jagwar Ma vont surprendre par la qualité de leur set et enchanter les plus sceptiques d'entre nous. Psychédéliques et terriblement dansants, Jagwar Ma ont su tirer la quintessence des sons groovy puisés chez leurs ainés des Stone Roses ou de Primal Scream en leur associant des sonorités électro, des drops dubstep et du beat bien gras pour en faire des titres planants, remuants et hypnotisants (OB1, The Throw). De quoi magnifier cette très bonne soirée des inRocKs Festival à la Cigale en déclenchant une irrépressible envie de sautiller sur leurs mélodies et de continuer la fête tard dans la nuit, dans quelques clubs français du cœur de Paris...