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Fat White Family
Los Bitchos

Paris, Ground Control - 7 juin 2024

Live-report par Laetitia Mavrel

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Nous voici de retour dans le hangar le plus hype de Paris, Ground Control, où ARTE Concert a de nouveau déployé ses caméras pour une soirée live. Diffusé en direct, entrecoupé de séquences interview en public, ARTE Concert présente Ground Control renoue avec les codes des anciennes émissions de musique live, disparues depuis un sacré bout de temps de nos écrans. Ce soir c'est à nouveau le sympathique Stéphane Chassol qui prend les commandes et il ne fallait pas moins qu'un présentateur chevronné pour accueillir Fat White Family, The Lemon Twigs et Los Bitchos. Un line-up de très haute volée, et gratuit, quoi de mieux pour commencer son week-end ?

C'est évidemment fortement alléchée par les dessous pas très affriolants de Lias Saoudi que l'équipe de choc et de charme de Sound Of Violence se rend sur les lieux, pas encore rassasiée des extraordinaires prestations au Levitation France à Angers et à la Cigale de Paris. Cette débauche de rock déjanté et décadent, porté par un dernier album Forgiveness Is Yours qui, au fil des écoutes, se révèle être à nos oreilles le plus ingénieux de la Fat White Family, est fortement addictive et l'occasion de replonger dans ses us et coutumes absolument pas réservés à un public familial est à saisir dès qu'elle se présente.
Nous retrouvons donc le grand hall tout en tôle du Ground Control, cette fois-ci ingénieusement isolé des bars et terrasses extérieurs (il suffisait donc juste de fermer les portes pendant l'enregistrement) avec une scène beaucoup plus perfectionnée que celles que nous avions l'habitude de trouver auparavant. Avec les instructions du régisseur pour se répartir afin d'éviter les vides à la caméra, s'écarter pour laisser passer les musiciens qui doivent fendre la foule pour leur entrée sur scène, ou les séquences « applaudissez à tout rompre » pour assurer les prises public au montage, c'est un petit retour aux années dorées des plateaux de Canal+ que nombre d'entre nous ont bien connus. Une discipline un brin militaire qui va très vite voler en éclat grâce à l'arrivée en tout premier de Fat White Family.

Ouvrant le bal, on retrouve le groupe au complet, soit Nathan Saoudi, Sam Toms, Alex Brennan, Adam J. Harmer qui a de nouveau perdu ses lunettes et Alex White qui a cette fois-ci opté pour le string et la brassière noirs du plus bel effet. En tant que chef, Lias Saoudi a encore osé le collant gaine peau de pèche, laissant apparaitre certaines protubérances dont on passera tout le concert à se demander si elles sont artificielles ou si Lias est simplement très heureux de nous voir. Format télévisé oblige, ce sont seulement trente-cinq minutes de show auxquelles nous avons droit, c'est donc un shoot d'adrénaline piqué directement dans la veine qui nous est délivré. Pas le temps de faire son beau, Lias rentre tout de suite dans le vif du sujet avec Tinfoil Deathstar, et parce que la famille respecte les traditions, il se joue des espaces réservés aux cadreurs pour aller se noyer dans le public pour le plus grand bonheur des fans présents et au détriment de nos amis techniciens, un peu paumés.

Émission promotionnelle oblige, on déroule les meilleurs singles de Forgiveness Is Yours, soit Bullet For Dignity, Religion For One, Polygamy Is Only For The Chief et le génialement malaisant Today You Become Man, qui verra Lias se coller littéralement au nez d'un des cameramen pour dérouler sa diarrhée verbale à un rythme époustouflant. Les fans sauront se manifester de-ci de-là dans le public, venant troubler le calme des spectateurs venus un peu en touristes, apportant cette folie qui sied à tout concert de la Fat White Family, donnant du grain à moudre à Lias qui, morceau après morceau, usera de ses meilleurs atours, soit le gémissement, les saluts de dictateur à la foule, le rouler par terre, arrosant les premiers rangs avec ses bouteilles tel un pape qui bénirait ses fidèles à coup d'eau de bénitier. On imagine alors les producteurs se frotter les mains en régie face à un tel défilé d'images borderline. Le concert se termine sur le délirant Whitest Boy On The Beach durant lequel les adeptes font se transformer en microscopique mosh pit le public, et Lias de clôturer la messe en s'allégeant des balles de tennis placées sous son collant, nous permettant de percer le mystère de cette forme olympique qu'il semblait tenir depuis le début. La séquence interview se voit donc menée par un Christophe Chassol un peu déconfit face à la verve sans queue ni tête de Lias, qui au final n'a pas besoin de questions tant lui-même sait poser et répondre à celles qu'il veut. Du What The Fuck comme on n'en a plus sur les ondes anciennement cathodiques, et déjà une sensation de junkie en manque tant on aime cette famille aussi douteuse que géniale.

C'est alors que les rédacteurs qui peinent à se remettre de leur semaine de bon et loyaux services se voient tentés de regagner leurs peinâtes maintenant que la tête d'affiche est passée. Mais notre loyauté envers nos lecteurs est plus forte que la chaleur, la soif et les effluves corporelles laissées sur scène. Ainsi, nous enchaînons avec Los Bitchos, groupe multi-nationalité et multi-culturel mené tambour battant par la pétillante brune Serra Petale ce soir vêtue d'un magnifique tee-shirt Metallica sur short lamé or. Los Bitchos proposent un rock entre psychédélique et cumba, le tout sans paroles, ce qui de nos jours est fortement culotté. Les morceaux ensoleillés du groupe défilent, les jeunes femmes radieuses et honorées d'avoir les honneurs de la télévision nationale nous offrent trente minutes d'une cure de soleil, de danse, d'euphorie estivale et nous projettent déjà sur nos lieux respectifs de vacances (si tant est que nous ne les passions pas au Havre). On ne peut cependant nier le fait qu'après le souffre et le stupre de la Fat White Family, cet interlude instrumental fait méchamment retomber le soufflé mais la bonne humeur que déploient Los Bitchos est contagieuse. Un groupe à retrouver en festival au soleil pour lever le pied de la meilleure façon qui soit.

Après une autre séquence interview, suivi de la performance de l'invité spécial de la soirée, Thomas de Pourquery, que l'on met à profit pour faire une pause bien méritée (soit poser son séant sur le sol bétonné quelques instants), on aborde la fin de l'émission avec le retour en France des jeunes prodiges de la pop américaine, The Lemon Twigs. A peine un an à la suite de la sortie de leur magnifique quatrième album Everything Is Harmony qui les a vus toucher du doigt la quasi-perfection, les frères Brian et Michael D'Addario reviennent avec A Dream Is All We Know, nouveau disque comme toujours empreint de leurs influences 60s et 70s, de pop fleurie à rock glam. Avec leurs looks friperie du Marais que ne renieraient pas Eric, Fez ou Kelso, The Lemon Twigs arrivent avec brio à remettre au goût du jour un art de la pop mélodieuse et candide, probablement sans les artifices d'époque, avec un brio déconcertant. Les voix juvéniles mais imposantes, les harmonies si riches et subtiles, le coté un peu jeunes chiens fous sur scène, surtout du fait de Michael, leur talent de multi-instrumentistes les faisant passer de batterie à guitare à basse à clavier, le répertoire des Lemon Twigs est solide et leur talent tel qu'ils ne tombent jamais dans les méandres des groupes à nostalgie. Bien que nés trente ans après cette glorieuses époque, Michael et Brian se sont nourris de ces influences et savent les restituer parfaitement en 2024.

La soirée Ground Control se termine à l'heure des derniers métros et nous pouvons remercier les équipes d'ARTE Concert qui demeurent les dernières à nous proposer des émissions musicales de qualité et ainsi porter le rock sous toutes ses coutures sur nos écrans, qu'ils soient de télévision ou de portable.
setlist
    Fat White Family
    Tinfoil Deathstar
    Work
    Bullet Of Dignity
    I Am Mark E Smith
    Religion For One
    Today You Become Man
    Polygamy Is Only For The Chief
    Whitest Boy On The Beach

    Los Bitchos
    FFS
    The Link Is About To Die
    La Bomba
    Lindsay Goes To Mykonos
    Don't Change
    Pista (Fresh Start)
    Tripping At Party
    Let Me Cook You
    Las Panteras
    Tequila
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