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Archive

Live At The Zenith

Archive - Live At The Zenith
Chronique Album
Date de sortie : 28.05.2007
Label : Warner France
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Rédigé par jOe, le 14 juin 2007
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Dans l'histoire imprévisible du rock il arrive parfois qu'un groupe parvienne à bâtir sa notoriété sur le simple succès d'une seule chanson. Ce que Pascal Nègre appellerait un « one shot artistique ». Ce fut le cas pour Archive, obscur groupe de Trip Hop à la traîne soudainement honteusement surestimé. Cette bonne fortune trouvant sa cause dans l'opération d'un virage post-rock opportuniste et la sortie d'un single imparable, efficace plagiat de Pink Floyd : Again.

Suite à cette grotesque intronisation aussi rapide qu'aberrante que la presse musicale osa qualifier de « révélation », on place en eux des espoirs démesurés. Archive va donc composer une Bande Originale pitoyable, celle du non moins pathétique Michel Vaillant, et deux albums dont le paysage musical confine au néant. Sur cette morne route le groupe va se créer un réseau de fans assidus persuadés de voir en eux le renouveau d'un rock « qui pense ». Et depuis maintenant plus de dix ans Archive nous propose une vision cauchemardesque de groupes immenses : et si Massive Attack n'avait jamais fait que de la soupe ? Si Mogwai ne composait qu'une aimable de pop à tendance atmosphérique non assumée ? Et si le Floyd n'avait en fait été qu'un groupe pompier et sans âme ? Si Genesis n'avait jamais été mené par Peter Gabriel ? Des questions qui font froid dans le dos auxquelles nos lascars apportent aujourd'hui une réponse avec ce Live At The Zénith formaté pour les maisons de retraites.
Non, Archive n'est pas une bande de fantômes jaloux revanchards revenue de l'au delà pour essayer de voler une gloire tardive à ses références écrasantes. Ces rejetons difformes d'une certaine histoire du rock sont un groupe avec des musiciens de chair et de sang qui tentent vainement de s'acheter une crédibilité auprès d'un public qui, étrangement, semble répondre à l'appel. Une chose est certaine : Archive porte bien son nom.
Soyons clairs et honnêtes : si vous êtes amateurs, vous ne serez pas décontenancé et vous pourrez même y trouver votre compte. Si, en revanche, vous n'êtes pas réceptifs ne vous attendez pas à une quelconque révélation par ce live sans surprise. L'improvisation n'est pas de mise et la setlist est aussi convenue qu'ennuyeuse. Si, pour le meilleur ou le pire, certains groupes ont tendance à accélérer le tempo sur scène Archive pèche par l'excès inverse : les morceaux traînent en longueur encore plus que sur disque. Si l'illusion fonctionne sur leurs albums grâce à une production léchée, entendre Archive en concert lève le voile sur la pauvreté navrante de ses compositions. Le paradoxe de ce rock XXL à la charpente squelettique prend ici toute sa dimension absurde. Le groupe prend pourtant l'exercice très au sérieux et fait les choses en grand, essayant de créer une atmosphère tantôt planante, tantôt sombre. Ils n'y parviennent jamais tant tout semble factice. Ce très froid show parisien est à l'image du pont tristement révélateur de leur morceau Sit Back Down : On jurerait y entendre une vielle voiture qui aurait du mal à démarrer. Finalement, à force de ressusciter les morts (qui n'ont pas leur mot à dire, les pauvres...) Archive aura tout de même réussi un tour de magie étonnant: transformer le Zénith en morgue.

Suite à la lecture de cette chronique pour le moins incendiaire, mon ami Jean-Marc, un grand fan du groupe, a failli me faire avaler mon Macbook. Il s'est ravisé, me jurant de me rapporter le lendemain une réponse digne de ce nom à ce qu'il qualifiait avec une certaine poésie de « torchon intersidéral ». Pour les fans, nombreux, parait-t-il, du groupe, je me permets de vous présenter son avis enthousiaste et concis qui fera un contrepoids au mien.

Salut, c'est Jean Marc. On ne se connaît pas et, de fait, j'aurais pu laisser jOe vous infliger impunément le venin de sa chronique fielleuse, mais mon amour propre de fan blessé en a voulu autrement. Je ne publierai certainement jamais plus sur ce site alors je vais tenter d'être court et efficace.
Je le dit haut et fort : Non ! Le Live At The Zénith d'Archive n'est pas une purge. C'est même un excellent album live retranscrivant à merveille l'atmosphère unique que le groupe développe en concert. Diversifiant sa setlist tout en se concentrant un peu plus sur ses derniers efforts (quoi de plus normal?), Archive puise dans son répertoire à présent assez vaste un florilège de morceaux reflétant parfaitement leur évolution musicale. Dommage, néanmoins, de constater que le groupe délaisse son sous-estimé Londinium, un album qui recelait pourtant quelques perles. Mais la déception est de courte durée. Dès les premières mesures on leur pardonne même cette impasse.
Le show s'ouvre sur un Lights dantesque qui annonce la couleur : en live Archive ne joue pas ses morceaux, il les transcende. Tous les arrangements subtils des versions studio prennent ici une dimension aérienne d'une puissance phénoménale. Leur magnifique premier album est enfin réhabilité par la présence en milieu de set du très beau You Make Me Feel. Le morceau nous gratifie d'un véritable moment de grâce, entre fureur et tendresse, distillé par la voix bouleversante de Maria Q. Et quand le groupe se décide enfin à interpréter son inévitable Again, c'est pour nous en offrir une version habitée, forte et nerveuse. Ce titre se révèle bien plus profond que son étiquette de single imparable ne pourrait le laisser supposer. Je pourrais vous vanter longtemps les qualités techniques de ce concert mais l'important est ailleurs. Il est dans les émotions que le groupe parvient à nous faire partager sur scène. Des émotions à fleur de peau miraculeusement sauvegardées sur ce disque providentiel pour tout amateur du groupe et de musique atmosphérique en général.
Si on excepte Fuck You, qui conserve son statut de morceau le plus faible du groupe, tout dans ce Live At The Zénith est envoûtant de bout en bout. On se prend à l'écouter les yeux fermés, tentant de se replonger dans cette ambiance si particulière. L'expression quelque peu galvaudée « psychédélique » prend ici tout son sens, loin des clichés, loin du temps et des référents qui s'y fixent. Un moment en suspend dans l'air qu'on espère conserver longtemps au fond de nous tant il en savoure bienfaits.
tracklisting
    1. Lights
  • 2. Noise
  • 3. Bridge Scene
  • 4. Veins
  • 5. You Make Me Feel
  • 6. Fuck U
  • 7. Black
  • 8. Sane
  • 9. Sit Back Down
  • 10. Again
  • 11. Pulse
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