logo SOV

Teleman

Breakfast

Teleman - Breakfast
Chronique Album
Date de sortie : 02.06.2014
Label : Moshi Moshi
4
Rédigé par Xavier Turlot, le 15 mai 2014
Bookmark and Share
Trois ans après la sortie de leur dernier album One Thousand Pictures, trois des membres du groupe de rock Pete And The Pirates ont décidé d'emprunter une nouvelle trajectoire musicale. Nommé Teleman d'après le compositeur baroque du même nom, ce nouveau groupe toujours mené par Thomas Sanders a choisi de remettre le couvert avec une esthétique beaucoup plus synthpop et moins garage, optant pour un son plus propre et plus pop. Cette volonté n'a pas été partagée par tous les anciens protagonistes, d'où la fusion dans ce nouvel ensemble. Si Jonny Sanders a passé sa batterie à une nouvelle recrue, Hiro Amamiya, pour se consacrer aux synthétiseurs, la basse est toujours tenue par Pete Cattermoul. Une très légère mutation donc.

Le groupe avait sorti un titre fluorescent l'été dernier, Steam Train Girl, très bon single accompagné d'une rythmique métronomique jouée au pad et d'un vocoder qui laissaient présager la déviation de trajectoire vers des eaux plus modernes et synthétiques. On retrouve effectivement les mêmes harmonies léchées dès l'introduction de l'album sur Cristina, un morceau étonnamment calme pour une ouverture. Batterie minimale, guitare étouffée, légères nappes de synthétiseur, tous les arrangements sont cotonneux pour accueillir la voix de Sanders à la limite du falsetto. Un début très solennel qui rompt immédiatement les liens avec le passé électrique des Anglais.
Après une étape très naïve sur In Your Fur, qui est presque trop gentille avec ses arpèges de sons 8bit et ses chœurs très faciles, le vif du sujet est abordé par 23 Floors Up, un morceau brillant et épique. Quelque part entre David Bowie et les Broken Bells, cette chanson grandiose révèle des talents d'écriture impressionnants. Un martellement sourd de tome basse soutient le chanteur plus inspiré que jamais, dont la voix claire égrène l'impeccable mélodie du couplet qui débouche sur un refrain grandiloquent et agrémenté de nappes de violons. Aucun temps mort, rien d'inutile, l'essentiel est immédiatement atteint et la longueur de la chanson ne permet pas de s'appesantir sur du remplissage.

Le groupe cultive une certaine passion du kitsch, et n'a pas peur d'insister sur la mise en valeur de passages qui ailleurs auraient pu piquer. Monday Morning en est un bon exemple : le couplet sombre et dépouillé qui est construit sur une ligne de synthé new wave et une guitare toujours aussi retenue est vite relayé par un refrain atmosphérique et fleur bleue. Teleman jouent à foison sur les transitions majeur/mineur pour alterner les humeurs, allant de la dépression à l'euphorie en un quart de seconde. Une drôle de sensation pour le cerveau qui ne sait plus quel résumé sensoriel dresser de ces quatre minutes.
L'écriture est parfaitement maîtrisée sur toutes les pistes de l'album, lesquelles parviennent à se démarquer avec évidence les unes des autres. Sur Skeleton Dance, le tempo est accéléré et le groupe balance un petit bijou de pop ensoleillé au possible. Une descente de guitare entêtante, un refrain qui n'a besoin que d'une fois pour se faire adopter, et une exigence de composition qui n'est manifestement jamais altérée. L'éclat mélodique de 23 Floors Up trouve son pendant positif avec Mainline, vibratos de synthétiseur et guitar slide en plus. Le refrain détone de joie et transpire le bonheur de jouer, on pense de plus en plus à James Mercer, le leader des Shins, qui au fil des morceaux s'avère être de plus en plus son cousin d'outre-atlantique.
Lady Low offre une baisse drastique de pression, sous forme de ballade british très tranquille, guitare acoustique et piano à l'appui. Encore une fois, Teleman ne craignent pas la caricature, la preuve avec un saxophone sorti d'un mauvais générique des années 1980 et qui se noie sous l'écho, rappelant les passages dispensables de Dire Straits ou la fin de carrière de Pink Floyd.

Le volet « douces romances » perdure le temps d'un autre morceau paisible et soigné au titre énigmatique, Redhead Saturday. Plus fragile que jamais, la voix de Thomas Sanders, pas très éloignée d'un Ray Davies de la belle époque, trouve sa place au milieu d'un piano au son éculé, d'une espèce se synthé/clavecin, le tout s'achevant dans un déluge de chœurs et de vocalises puissantes, avec un batteur qui relâche enfin un peu son jeu. Chaque effet donne l'impression d'avoir été consciencieusement étudié, pesé et dosé pour aboutir à ce qui ressemble à un hommage non dissimulé à la pop de la fin des années 1960.
La clôture de l'album, Travel Song, est scindée en deux grands passages totalement distincts. La première partie, à la suite d'accords familière et répétée à l'envi, est toute aussi classieuse et réussie que les chansons précédentes, aussi carrée et élégante que leur pochette pop art minimaliste. Quelques secondes de blanc plus tard, une chanson cachée très électrique renoue avec le passé du groupe. Bien plus angulaire que le reste du disque, on retrouve ici la froideur brute et répétitive de Pete And The Pirates, avec une guitare à la distorsion sale qui soutient le chant mécanique du leader. Voila une démonstration incongrue de pop industrielle, où les musiciens n'hésitent pas à balancer un vocoder dégoulinant pour renforcer son charme robotique. Aussi froid que leur photo promotionnelle en statues de cire.

Thomas Sanders a expliqué avoir voulu s'orienter vers une musique concise, moins chargée et qui laisse la part belle au chant. Se disant fasciné par les formats courts et les mélodies accrocheuses, il accorde effectivement ici une place prépondérante aux textes et refuse de gaspiller la moindre seconde dans des contemplations shoegaze. Le seul semi-reproche qu'on pourrait faire à Breakfast est une production presque trop propre, et des instrumentations peut-être un poil trop en retrait, mais les qualités d'écriture du groupe compensent très largement cet excès de perfectionnisme. Confiée à Bernard Butler, le guitariste de Suede, la production de ce premier album annonce une plus longue aventure dans le monde de la pop moderne.
tracklisting
    01. Cristina
  • 02. In Your Fur
  • 03. Steam Train Girl
  • 04. 23 Floors Up
  • 05. Monday Morning
  • 06. Skeleton Dance
  • 07. Mainline
  • 08. Lady Low
  • 09. Redhead Saturday
  • 10. Travel Song
titres conseillés
    Cristina, 23 Floors Up, Skeleton Dance
notes des lecteurs
Du même artiste