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Adele

25

Adele - 25
Chronique Album
Date de sortie : 20.11.2015
Label : XL Recordings
1
Rédigé par Hugues Saby, le 6 décembre 2015
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« Hello, it's me ». Qui ça ? Ben, Adele, pardi. « Hello, can you hear me ? » Ah, ça oui, pour l'entendre, vous allez l'entendre. Ne vous laissez pas berner par le piano mélancolique et cette accroche toute en douceur : il faudra à peine plus d'une minute pour qu'Adele se remette à donner de la voix. Il paraît qu'en 2011, elle a subi une opération suite à une hémorragie des cordes vocales, et à entendre le refrain beuglé de Hello, ça ne m'étonne pas vraiment. Mais accordons-lui le bénéfice du doute. Ce n'est que le premier morceau, et il faut reconnaître à la petite chérie nationale britannique un certain talent à écrire des tubes, pénibles par leur omniprésence dans l'espace public et leur capacité à rester imprimés dans les circuits neuronaux certes, (« rolling in the deeeeeeeep ! », « someone like youuuuuuuu ! », « let the sky faaaaaaaaall ! »), mais tubes quand même. Et en l'occurrence, ce morceau d'ouverture a déjà inondé les radios et fait plus de 600 millions de vues sur YouTube.

Et à part ça ? Eh bien pas grand chose. Si l'on excepte ce hit notoire particulièrement agaçant par sa surproduction et son écriture tout entière tendue vers un refrain bulldozer, cet album est d'un ennui remarquable. On peut aimer ou ne pas aimer Adele, mais la chanteuse a su forger son chemin grâce à sa voix à la fois soul et mielleuse à souhait, compromis commercial parfait entre une identité musicale marquée et des chansons taillées pour la fête des mères. Une sorte d'Amy Winehouse version Chérie FM, le rêve des maisons de disques. Alors oui, c'est un peu indigeste, pas nouveau-nouveau, mais ça cartonne. Surtout, Adele avait su jusqu'ici doser parfaitement l'équilibre entre des arrangements jazzy léchés (ceux de son premier album 19 rappellent d'ailleurs étrangement ceux de Frank, l'album oublié et un peu dénigré de feu la princesse de Camden), des ballades au piano pour cœurs brisés et des mégatubes calibrés pour les radios mondiales. Sur 21, elle avait su transformer ce savant dosage en recette brevetée, et passait le cap supérieur en alignant des titres imparables dont certains sont devenus des classiques. On peut bien sûr se moquer de cela, mais avec un peu de bonne foi, on est obligé de reconnaître que Skyfall était en ce sens une apogée, et que sur un générique de James Bond, ça avait sacrément de la gueule. Un classique je vous dis. La présence de Paul Epworth n'y est évidemment pas pour rien, pas plus que sa patte sur l'album 21 n'est étrangère à son succès phénoménal. Et même si la production et les arrangements étaient souvent d'une grande qualité sur les deux précédents albums (il suffit pour s'en convaincre de réécouter par exemple Chasing Pavements, dont la pop soul mélancolique façon Motown rappelle parfois le deuxième album de Plan B — produit par Paul Epworth, tiens tiens), la voix d'Adele, était le fil rouge, le liant de cet ensemble, qui jamais ne prenait le pas sur elle. En résumé : que l'on aime ou pas la voix d'Adele, cette dernière constituait la véritable identité de l'artiste, et dévorait tout sur son passage.

Et c'est là que les Athéniens s'atteignirent. Que le bât blesse. Que ça part en sucette. Car sur 25, on a le sentiment que la recette a mal tourné, et la voix, qui jadis portait à bout de poumons les morceaux, n'est plus qu'un artifice, une caricature d'elle-même. Comme si les musiciens, les arrangeurs et les producteurs de cet album avaient fini par prendre le contrôle, en disant : « OK Adele, fais-nous du Adele, on s'occupe du reste ». Résultat, ça braille, et c'est inintéressant. Elle se démène pourtant, alternant les bluettes bossa (Million Years Ago), les bouillies world music décousues (Send My Love (To Your New Lover)) et les arrache-cœurs piano façon Fiona Apple sans intensité (Remedy), histoire de varier un peu les ingrédients. Mais sur ce disque, le ciment ce n'est plus la voix, qui se singe elle même pour en faire toujours plus, mais une soupe variété digne des plus tristes chanteuses jazz de bateaux de croisière. L'écoute de Love In The Dark, Sweetest Devotion, ou, abomination des abominations, All I Ask, devrait suffire à vous convaincre de la tonalité générale de 25 et partant, de son caractère hautement dispensable.

On dit parfois qu'il faut trois générations pour pourrir un talent. Il aura fallu trois albums à Adele pour esquinter le sien. D'abord timorée, bien accompagnée mais toujours déterminée sur 19, puis conquérante, mélodique et indestructible, sur 21, sa voix hors norme, sorte de synthèse quintessencielle de générations de sweethearts jazz, soul et bien sûr pop devenues des icônes outre-Manche (Amy, Lily, Kate, Shirley et les autres) se fait lourdingue et banalement vulgaire sur 25. Et ce sont nos oreilles qui trinquent. à l'instar des cordes vocales de la pauvre Adele, s'écorchant gravement sur les échardes laissées partout à force d'en faire des caisses. Ouch.
tracklisting
    01. Hello
  • 02. Send My Love (To Your New Lover)
  • 03. I Miss You
  • 04. When We Were Young
  • 05. Remedy
  • 06. Water Under The Bridge
  • 07. River Lea
  • 08. Love In The Dark
  • 09. Million Years Ago
  • 10. All I Ask
  • 11. Sweetest Devotion
titres conseillés
    Hello, Remedy, Million Years Ago
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