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The Big Pink

The Love That's Ours

The Big Pink - The Love That's Ours
Chronique Album
Date de sortie : 30.09.2022
Label : Project Melody Music
3
Rédigé par Adonis Didier, le 27 septembre 2022
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Un serpent de mer. Une arlésienne. La sortie de Star Citizen. La fin de Berserk. La saison 2 de Firefly. Le premier album des Mystik Spiral. Il est de ces choses que l'on attend encore et toujours, et qui ne viennent jamais. Le troisième album de The Big Pink semblait voué à être de celles-ci. Annoncé en cours d'enregistrement sur Facebook (pour vous dire comment c'est vieux) en septembre 2012, il prendra un premier coup dans l'aile avec le départ du claviériste et co-fondateur du groupe, Milo Cordell, en février 2013. Une tentative de reformation en fin d'année 2015 se soldera par le single Hightimes et une nouvelle annonce d'album infructueuse. Robbie Furze, chanteur et survivant du duo originel, se repliera finalement à Los Angeles avec l'espoir de reformer un jour durablement ce qui était The Big Pink. Les activités de tout un chacun, puis le COVID-19, se chargeront d'effacer de nos esprits l'existence du groupe, et cet éventuel troisième album déjà annoncé en vain deux fois. Jusqu'au 27 avril 2022. Et l'apparition du single No Angels sur toutes les plateformes de diffusion musicale. Robbie Furze donne dans la foulée une interview au NME, et annonce évidemment un nouvel album. Mais on commence à avoir l'habitude, alors on reste cool. Mesuré. Et voilà que débarque Love Spins On Its Axis, deux mois plus tard. Puis Rage. Et Safe And Sound. Et enfin, après dix ans de longue attente, voici le troisième album de The Big Pink, The Love That's Ours.

Le disque s'ouvre sur How Far We've Come, et dans l'hypothèse où vous seriez tombé dans un profond coma ces dix dernières années, rassurez-vous, rien n'a changé. Michel Drucker est toujours jeune et fringant, le réchauffement climatique est un complot mondial orchestré par les Chinois, les Marseillais partent toujours en vacances tous frais payés au bout du monde, et The Big Pink nous servent une nouvelle fois un cocktail de pop new wave de stade mixant généreusement Coldplay et Imagine Dragons. Car malgré les traces Simple Mind-esques relevées dans les échantillons, la datation au carbone 14 est formelle, et l'âge réel de ce « nouvel » album ne fait absolument aucun doute. Eh oui, on est de retour en 2010. Marty ! En 2010 !

Heureusement pour nous, Robbie Furze a tout de même légèrement évolué depuis cette douce année de 1ère scientifique au lycée Pierre Mendès France d'Epinal. Ainsi, No Angels se déploie autour d'un sample du riff principal de Light On, chanson du groupe indie Bad Cop sortie en... 2013. Hum. N'empêche, ce n'est pas 2010 ! Magnifié à l'aide d'un chant grave, lointain, et post-punk, d'une batterie et d'effets électroniques très indus, et d'un génie mélodique pleinement projeté au moment du refrain, le riff de Bad Cop se transforme en chanson de qualité à la fois noisy et pop, destinée à tous, du connaisseur snob à l'amateur pailleté et non-éclairé, si ce n'est par sa lampe et ses bracelets fluos. Si l'on en croit les dires de Robbie Furze, une grande partie de sa créativité retrouvée est à attribuer à Ryn Weaver, rencontre humaine et musicale faite lors de ses pérégrinations à Los Angels, et nul doute que tout ou partie des plus belles mélodies de l'album n'auraient pas été les mêmes sans cette alchimie de frère et sœur reliant les deux musiciens.

Officiellement la première chanson écrite par le duo Furze-Weaver, Rage, poursuit, donc, en criant à qui veut l'entendre que l'art se fait avec le cœur, avec les tripes, et pas seulement dans le bureau d'un producteur désireux de faire du profit instantané avec de la « fast-food music ». La montée se fait progressive, pleine de tension, de beauté, on se prend à rêver à un monde où l'honnêteté et la dévotion seraient récompensées, la batterie industrielle frappe, métronomique, et les nappes de synthé craquent de toutes parts jusqu'à extinction.
Extinction de la musique, et aussi d'une partie de nos espoirs placés dans ce nouveau disque de The Big Pink. Love Spins On Its Axis, tout aussi agréable qu'elle puisse être à passer en fond sonore de soirée, ne fait que réchauffer le genre de tube pour stade qui fait que l'on crache allègrement sur certains artistes tels Coldplay depuis... 2010, en fait. I'm Not Away To Stay Away (on passera sur la fausse bonne idée littéraire du titre) et Safe And Sound sont des ballades qui ne touchent jamais, et que l'on qualifiera de mièvres et peu inspirées, dignes d'un téléfilm de noël sur M6. How Far We're Come, quant à elle, fonctionne plutôt bien, mais ne contient clairement pas assez d'idées neuves pour se permettre de durer cinq minutes et quinze secondes. On se consolera donc avec Outside In, oscillant entre post-punk et pop stadium dans un équilibre improbable mais jouissif, Murder se lançant joyeusement (non) dans la new wave teintée d'indus avec une certaine réussite, ainsi que le refrain grandiloquent de Even If I Wanted To.

Ce troisième album de The Big Pink, tant attendu qu'il ne l'est finalement plus, est donc foncièrement inégal, à trop vouloir rester fidèle à une identité vieille de douze ans, celle de la pop de stade balançant entre mélodies de génie et crème chantilly trop sucrée. Fans inconditionnels d'Imagine Dragons, foncez, et pour les autres, je vous laisse boucler No Angels et Rage dans vos playlists.
tracklisting
    01. How Far We've Come
  • 02. No Angels
  • 03. Love Spins On Its Axis
  • 04. Rage
  • 05. Outside In
  • 06. I'm Not Away To Stay Away
  • 07. Safe And Sound
  • 08. Murder
  • 09. Back To My Arms
  • 10. Even If I Wanted To
  • 11. Lucky One
titres conseillés
    No Angels, Rage, Outside In
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