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Muse

Black Holes And Revelations

Muse - Black Holes And Revelations
Chronique Album
Date de sortie : 03.07.2006
Label : Warner Music
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Rédigé par David, le 6 juillet 2006
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Oui, oui, 0/5... faites pas gaffe, j'ai craqué, c'est juste pour attirer l'attention sur un disque (et finalement un groupe) pas comme les autres, détestable autant qu'attirant, ridicule autant qu'imposant, hideux ou magnifique selon l'heure et l'humeur.
Impossible donc de résumer les sentiments contradictoires qui se bousculent à l'écoute de ce quatrième album de Muse par une seule note ou une phrase définitive du genre «la bouze du siècle» ou « album de l'année », car au fur et à mesure des écoutes successives, on peut très bien basculer d'un sentiment à l'autre en très peu de temps.

Alors donc, Black Holes And Revelations… tout un programme aussi ambitieux que pathétique pour un trio rock en 2006, époque bénie du minimalisme branchouille ou du recyclage sauvage. Car depuis le bien-nommé Absolution, on se doutait bien que ce génie casse-couille de Matt Bellamy n'emprunterait plus jamais les chemins chaotiques émotionnels magnifiquement ébauchés à l'époque de Showbiz mais qu'il avait préféré transformer Muse en un immense cheval de bataille « mainstream » écrasant toute concurrence sur son passage, pour le meilleur ou pour le rire...

Il n'empêche que, même en étant plus que prévenu, la découverte auditive de ce quatrième album reste comme un moment infiniment pénible pour tout fan de rock qui se respecte : aucune continuité musicale entre les morceaux qui naviguent dans une palette musicale aussi large que décourageante (en gros de Francis Cabrel à System Of A Down…bonjour la cohérence...), omniprésence de « remplissages électroniques » (dits « Bilibis Blissiens » pour les fans) inutiles et insupportables (la farce Take A Bow), sensation récurante d'un auteur tournant en rond à la recherche d'inspiration (A Soldier's Poem, beaucoup plus « Black Hole » que « Revelation » pour le coup, Invincible ou Starlight, dégoulinant de bons sentiments et l'improbable Knights Of Cyclonia, sommet caricatural de leur discographie) avec, pour couronner le tout, un single putassier (Supermassive Black Hole) invitant Prince à chanter sur du Marilyn Manson joué par Garbage.

Ca paraît clair, pas la peine de continuer, c'est le four de l'année, le truc qui va faire rire dans les chaumières jusqu'à la nuit des temps et qui va permettre de différencier les fans stupides et sourds des ex-fans stupides aussi (faut pas déconner non plus!) mais disposant encore d'une petite réserve auditive de secours. Oui, sauf que non.
Le choc de la découverte passé, ce Black Holes And Revelations s'avère honteusement, écoute après écoute, comme incroyablement riche en ambiances et, encore plus fou, en émotions.
Attention, j'en vois rigoler dans le fond, la « révélation » annoncée ne peut se faire qu'au prix d'une ouverture d'esprit béante doublée d'une bonne dose de distanciation ironique (peu importe que le groupe l'ait ou pas d'ailleurs) mais trois catégories de morceaux s'imposent franchement d’eux-mêmes après cette longue période d'acclimatation :

D'abord, comme dans chaque album de Muse depuis le premier (souvenez-vous Showbiz, Citizen Erased et Butterfly And Hurricanes), une pièce maîtresse, épique et impressionnante se dresse devant nous avec classe; A City Of Delusion est donc l'incontournable de ce disque aussi aboutie que rassurante pour les fans (l'intro acoustique clin d'œil à la vieille face B Nature_1) avec une coupure guitare acoustique/trompette du plus bel effet, effaçant d'un coup de maître les égarements mégalomanes de leur leader rencontrés ici et là.

Ensuite, on s'extasie également sur des morceaux très typés au niveau de l'inspiration c'est à dire ambiance Kill Bill/Space Dementia pour la belle Hoodoo (qui s'impose la où Blackout avait échouée), intro Depeche Mode pour l'impressionnante Map Of Problematique (taillée pour les stades) ou encore la très carrée Exo-Politics qui se révèle quand même (avec une construction quasi-identique), comme un nouveau Bliss en puissance.

Enfin, et là on touche de l'oreille le fond de la problématique Muse, une bonne partie des morceaux décriés violemment plus haut (sauf Take A Bow et A Soldier's Poem qui restent cloués dans la vase bien profond) arrivent à se relever du néant pour imposer, contre toute attente, leurs qualités intrinsèques.
Exemple d'école : Starlight, single énervant à souhait que ce soit par sa simplicité de construction et la naïveté bellamienne de ses paroles, s'avère incroyablement puissant dans son évolution et ce, jusqu'à l'apothéose aérienne de ce « Black Holes And Revelations » en guise de refrain.
Encore mieux, ou pire c'est selon, Supermassive Black Hole se danse honteusement bien (« oops I did it again »), Assassin accroche indéniablement l'oreille grâce à une cohésion rythmique « bulldozer » enfin retrouvée (impressionnant Dominic Howard au passage), et même la tellement « délicate » Knights Of Cyclonia débouche sur quelque chose d'énorme notamment grâce à l'impressionnant pont Queen-ien au chant placé en milieu de morceau qui relance parfaitement le final typé « cavalerie ».

Ainsi, avec le recul, Absolution, qui avait lui aussi beaucoup de forces et de faiblesses en son sein mais restait plus facilement écoutable, a certainement représenté une étape de transition nécessaire vers ce nouvel album encore plus énorme, encore plus pathétique et impressionnant, encore plus écœurant et touchant.
Bref, nos trois trublions de Muse viennent une nouvelle fois avec ce Black Holes And Revelations de se « viander la gueule » avec talent dans une voie sans issue magnifique et de diviser l'opinion sur leur cas mais cette fois en faisant encore plus fort : vous risquez de ne même pas être d'accord avec votre opinion de la veille en vous réveillant ! Bon courage, et sacré groupe quand même...
tracklisting
    1. Take A Bow
  • 2. Starlight
  • 3. Supermassive Black Hole
  • 4. Map Of The Problematique
  • 5. A Soldier's Poem
  • 6. Invincible
  • 7. Assassin
  • 8. Exo Politics
  • 9. City Of Delusion
  • 10. Hoodoo
  • 11. Knights Of Cyclonia
titres conseillés
    City Of Delusion, Map Of Problematique, Exo-Politics, Hoodoo
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