logo SOV

Stay Positive
Water Signs

Paris, Point Éphémère - 22 septembre 2011

Live-report par Amandine

Bookmark and Share
A l'évocation du nom de la soirée organisée au Point Éphémère, on sent poindre l'excitation. Madchester : nous sommes directement catapultés à la fin des années 80s, dans la folie de l'Haçienda et de l'impulsion donnée à la musique par Factory Records ; le tout se joue évidemment sur fond de Happy Mondays, The Charlatans ou autres The Stone Roses. La folie de l'époque vit, avec son déclin, le revival du mouvement, quelque peu remanié dans les années 90s avec une scène mancunienne surproductive ayant Oasis en porte étendard.
Aujourd'hui encore, Manchester la grise reste cette ville post-industrielle où le chômage sévit plus qu'ailleurs, où les loisirs se font rares, ce qui permet à la jeunesse inspirée et névrosée de se réfugier, pour notre plus grand plaisir, dans la musique. La ville est encore un vivier incroyable à ce jour, en atteste il y a quelques mois la sortie du premier opus très remarqué de WU LYF.

Cependant, cette « Madchester Party » n'est pas venue ce soir nous reconduire vingt ans en arrière pour retomber dans la nostalgie en écoutant des Tribute To James ou New Order ; elle est plutôt l'occasion de nous montrer qu'avant tout, le mouvement Madchester était un tremplin aux sons indépendants, au mélange des genres, à la frontière entre les musiques électroniques émergentes et le rock indétrônable. Pour ce faire, deux groupes et un DJ ont été invités pour mener la danse.
Pour commencer, c'est un Parisien qui est aux platines pour nous présenter sa sélection mancunienne. Pierre-Louis Berlatier, rédacteur du blog spirit-of-eden et, surtout, contributeur du magazine Tsugi a choisi le pseudonyme de Bobby Hardcore Liberace ce soir. A l'initiative de cette tournée Madchester, il nous fait découvrir ses coups de cœur et nous aurons le plaisir d'entendre de très bons artistes tels que D/R/U/G/S ou Star Slinger.

SOV

Un peu avant 21h, il est néanmoins temps de passer aux lives et ce sont Water Signs qui ouvrent la marche. Lorsque les deux jeunes hommes arrivent dans la salle du Point Éphémère, seule une vingtaine de personnes a déjà fait le déplacement et la fosse comme la scène semblent étonnamment vides par rapport à d'habitude.
Le duo nous présente une musique sombre aux influences variées, de la cold wave à la pop en passant par la musique électronique expérimentale. Des boîtes à rythmes, des laptops, leurs créations seraient presque 100% synthétiques si l'on omettait les claviers, ceux-là mêmes qui créeront pendant une quarantaine de minutes cette ambiance inquiétante. Le chant grave, héritage de Ian Curtis, résonne sur fond de beats répétitifs et lancinants. Même si Water Signs paient le prix de leur jeunesse sur quelques faux pas, ils sauront nous enivrer de toutes leurs inspirations urbaines. L'énergie d'une batterie aurait peut-être permis au set de prendre encore un peu en intensité mais la prestation était déjà honorable.

SOV

La musique de Stay+ (anciens Christian AIDS pour vous repérer plus facilement) est elle aussi une réaction brutale à la dureté de la vie mancunienne. Lorsqu'ils déclarent « we write songs about love, depression and the brutality of human nature », ils ne nous mentent pas. Auréolé de mystère, énigmatique, leur set sera à leur image. Deux laptops, un chanteur et une chanteuse qui se relaient, le concert a lieu dans une quasi obscurité. Des vidéos, toutes plus étranges les unes que les autres, défilent : des fétichistes lécheurs de pieds, des hommes à tête de faon se trémoussant sur des danses orientales. Stay+ délivrent une électro lourde ; si la fosse se remplit péniblement, cela ne semble pas affecter le chanteur qui, dès les premières minutes, descend dans le public, chante à quelques centimètres de nos visages, nous filme avec sa caméra. Les voix en réverb sont autant de fantômes venant visiter les lieux. Malgré tout, l'ensemble manque de nuances ; passé l'étonnement des premières minutes, on attend de se faire happer par quelque chose de fort comme le promettaient les premiers instants. Jamais ce sentiment ne viendra et le concert se terminera donc en demi-teinte.

A l'issue de cette soirée, on comprend qu'être originaire de Manchester laisse des séquelles et nous plonge presque indubitablement dans un spleen créateur ; réaction à la misère ambiante, des musiques sombres et habitées prennent corps et viennent hanter nos soirées parisiennes insouciantes.