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The Heavy
The Computers

Paris, Bataclan - 11 février 2013

Live-report par Amandine

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Le festival Les Nuits de l'Alligator réunissait ce lundi soir au Bataclan de Paris quatre groupes foncièrement différents et éclectiques, couvrant un paysage musical bigarré allant de la soul au garage en passant par la folk.

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C'est donc avec douceur et délicatesse que les Américains de Houndmouth nous mettent en jambes. Une folk americana aux jolies mélodies sucrées (parfois trop) vient envahir la salle. Sans grande originalité mais avec efficacité, ils captent d'emblée l'attention du public déjà présent. On observe cependant rapidement des tics de chant de la part de la claviériste et les intonations nasillardes parfois forcées finissent par devenir désagréables. Leur folk pop est malgré tout agréable, bien qu'un poil trop lisse et policée ; les transitions entre les morceaux traînent un peu et le résultat ne se fait pas attendre puisque le public commence à bavarder et on se demande déjà comment passer de cowboys à chemises à carreaux aux délurés The Computers.

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Il faudra tout de même attendre avant l'arrivée des Londoniens puisque The Skins ont bien décidé de profiter de leur passage parisien pour tenter de mettre le feu. La cohérence avec The Heavy est un peu plus palpable puisque les influences soul de la chanteuse sont indéniables. La jeune diva, perchée sur ses platform shoes vertigineuses en fait trop : une gestuelle exagérée, des mimiques parfois grotesques, la comparaison avec le groupe précédent, qui pêchait parfois à tenir la scène, est saisissant.
Musicalement, The Skins surprennent : imaginez une diva soul rencontrant Rage Against The Machine et vous ne serez pas loin de la vérité. Pour un amateur de rock, on peut penser que l'exercice n'est pas des plus plaisants mais comme souvent lors de festival, il faut savoir prendre son mal en patience pour enfin avoir la récompense et ce soir, elle se nomme bel et bien The Computers.

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Vers 21h30, c'est cheveux gominés, costumes bordeaux ajustés, fines cravates noires et chemises blanches en guise de dress code pour un retour aux racines du rock'n'roll. Dès le premier titre, tout se déroule comme prévu, sans fioritures ni courbettes. Le Bataclan a enfin trouvé ses chauffeurs de salle idéaux.
Même si les balances ne traduisent pas toujours l'énergie du groupe et ont tendance à aplanir le son, en quelques minutes, The Computers, fleur au fusil, vont convaincre même les plus récalcitrants. Entre descente dans le public et escalade des instruments, Alex Kershaw, le jeune chanteur survolté et gesticulant, hurle comme un beau diable tout en entraînant ses compagnons à maltraiter leurs instruments. L'accent est mis sur les nouveaux titres, plus élaborés et moins bruts que ceux de leur album éponyme mais néanmoins tout aussi énergiques. On les surprend même à entonner une composition pop, surprenante et loin de leur registre habituel. La salle se transforme, au fur et à mesure des minutes, en bal des années 50 et les spectateurs des premiers rangs sont même invités à danser en couples, pour la plus grande joie du groupe. Tous se prêtent au jeu mais il faut bien avouer que les trublions savent s'y prendre, notamment grâce à un Music Is Dead sonnant et trébuchant. Vient ensuite le moment des reprises et là, on assiste à un exercice de haute voltige : c'est d'abord Percy Sledge et son When A Man Loves A Woman qui est à l'honneur pour un slow langoureux version crooner sans qu'à aucun moment ne ressorte le côté cheesy. Pour terminer le set endiablé, The Computers verseront dans un mash-up du Train In Vain de The Clash et Stand By Me de Ben E. King. On atteint alors des summums de jouissance.
Succès total pour les Londoniens qui, comme ils l'ont clamé toute la soirée, sont le meilleur groupe live du monde. Sans tomber dans l'hyperbole, ils sont en tout cas sans conteste les grands gagnants de cette soirée.

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Il faut néanmoins croire que le public ne sera pas unanime sur ce dernier point car ce sont bien The Heavy qui remportent le concours de l'applaudimètre. Ce même public s'émoustille dès l'arrivée sur scène du chanteur lors des balances. Il faut bien avouer que le groupe est carré et maîtrise totalement la scène. Si on se délecte du blues ténébreux de Sixteen et son sample de Screamin' Jay Hawkins, la grande place laissée à la soul aura tendance à moins nous captiver.

Fort heureusement, la prestation mémorable de The Computers reste en tête et nous pensons déjà au 6 avril, à la Flèche d'Or, pour leur retour.