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LUMER

Paris, La Java - 8 juin 2024

Live-report par Laetitia Mavrel

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Les concerts se suivent et ne se ressemblent pas. En tant que rédacteur, si l'on est tout entier dévoué à sa passion, on passera de salles prestigieuses à de petits clubs, de festivals outdoor à des discothèques. Oui, vos lunettes ne sont pas embuées, c'est bien à la Java de Belleville, dancing qui a accueilli dans un autre siècle les premiers pas d'Edith Piaf et Maurice Chevalier, que nous nous retrouvons pour accueillir LUMER. C'est aussi pour cause de travaux de longue durée impactant nos amis de l'International que leur programmation se retrouve hébergée dans différents lieux à Paris en attendant la réouverture providentielle.

Autant dire que depuis le Balto en 1993 avec ses grands cousins pas loin de Villeneuve-sur-Lot, votre rédactrice n'a jamais remis les pieds en boîte de nuit. La Java, qui se présente avec une patine à l'ancienne avec sa piste de danse au parquet boisé, est un lieu étonnant et dissimule habilement en fond de salle un petit espace aménagé en scène, plutôt étroit mais du même acabit que ce que l'on retrouve dans nos caves parisiennes préférées, soit l'International et le POPUP!. Cependant, on ne saura expliquer le véritable absent de la soirée, ici le public. Paris jouissant du retour du soleil et entrant, réglé comme une montre, dans l'été pour les Jeux Olympiques à venir, les badauds badinent en terrasse alors que d'autres ont opté pour le baluchon et les gares SNCF. C'est donc devant pas plus de cinquante personnes que LUMER font leur retour dans la capitale, achevant une longue tournée entre Royaume-Uni et Europe pour présenter No Jury, No Prizes, leur premier album paru en avril dernier, qui a séduit notre rédaction.


N'ayant personnellement encore jamais croisé la route du groupe en provenance du Yorkshire, l'occasion était à saisir. C'est avec un petit groupe de fans quant à eux fidèles des premiers jours que nous faisons corps autant que possible devant la petite scène, comme pour tenter de dissimuler le vide béant derrière nous, et c'est donc dans une volonté de conquérants que nous retrouvons sur scène Alex Evans au chant, Ben Jackson à la guitare, Benjamin Morod à la basse et Will Evans à la batterie. Les Anglais vont dérouler un set solide, bâti sur leur dernier album tout en y égrenant les meilleurs singles de leur précédent EP Disappearing Act.
Première constatation, le comité restreint que constitue le public ne les trouble absolument pas et l'énergie distillée est aussi intense que s'il s'agissait de jouer devant 300 personnes. On sent qu'Alex Evans maîtrise parfaitement l'art de la scène, ce dernier s'imposant naturellement comme le leader du groupe, d'une part par son chant très profond et sensiblement torturé, et d'autre part par un certain charisme aidé en cela de sa petite gueule d'ange, son look de cadre supérieur fringué chez Kenzo et de son jeu de scène très expressif. Entre clavier et guitare, le jeune dandy joue avec son pied de microphone, se tortille dans tous les sens, fend la petite foule pour y déverser sa verve acide et sait capter le regard des objectifs et autres portables vissés sur lui.


A en croire nos camarades qui ont eu la chance d'êtres présents lors des précédentes prestations de LUMER, notamment à Petit Bain et au Supersonic, nous assistons ce soir à leur meilleure performance. On aime à passer selon les titres des ambiances teintées de cold wave comme dans By Her Teeth ou One Hundred Years Of Solitude à un post-punk typiquement nordiste avec Crucify, Hatred Is A Passion Of Theirs et le très bon Dead Conversation. Il est vrai que l'évolution de LUMER est conséquente entre les premiers singles de 2021 et un premier album beaucoup plus abouti. Néanmoins, on atteste que le groupe assume totalement cette nouvelle ère tout en ne reniant en rien son passé, proposant un mélange des genres sur scène qui permet de maintenir le rythme à une sacrée allure.

Quelle que soit leur période préférée du groupe, les spectateurs adhèrent à toutes les ambiances et, malgré une configuration qui ne se prête ni au pogo ni au headbang, l'accueil est chaleureux. Cette première en live avec LUMER nous a convaincus, et la qualité tout comme l'authenticité de leur écriture mériterait une véritable mise en avant. La longue liste de petits clubs que le groupe a écumé à Paris depuis leurs débuts pré-COVID-19 (on inclut à ceux précédemment cités la Station Gare des Mines et l'International) nous frustre un peu tant nous espérons que l'aura du groupe puisse réellement se déployer dans une salle plus appropriée, ce qui leur permettrait d'attirer bien plus de regards sur la beauté et la vraie intelligence de leur musique.
setlist
    By Her Teeth
    First Is Too Late
    One Hundred Years Of Solitude
    The Sheets
    Crucify
    Nightmare Without End
    Lying In Wait
    English Dream
    Hatred Is A Passion Of Theirs
    Dead Conversations
    Another Day At The Zoo
photos du concert
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