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Plugs
Man Like Me
Fiction

Paris, Bus Palladium - 3 juin 2010

Live-report par Olivier Kalousdian

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Les groupes anglais Plugs, Man Like Me et Fiction officialisent le lancement du label EUROSTATR en ce jeudi 3 juin au Bus Palladium. L'entreprise ferroviaire du même nom s'est associée à l'agence de publicité Rosbeef!, basée à Paris, pour créer ce label dirigée par Jonathan Gourmel, précédemment directeur artistique chez Naïve. Ce « boutique label », hébergé dans les locaux de Rosbeef!, réalise ses première sorties le 7 juin avec les EP de Plugs et Man Like Me, chacun incluant des reprises ou remixes signés d'artistes français. La structure prévoit six parutions d'EP au total d'ici à la fin d'année ainsi qu'une compilation fin 2010. Eurostar Records, distribué physiquement et numériquement par Wagram, signera aussi bien des artistes français qu'anglais et quels que soient les styles musicaux. Eurostar Records souhaite se démarquer en proposant ses EP ou futurs albums sous forme d'objet, comme un mug avec un code de téléchargement inclus pour Man Like Me.

On peut légitimement se poser la question de la convergence « publicité-label musique » dans un secteur régulièrement médiatisé pour son manque de prise de risque et ses investissements démesurés dans des artistes feu de paille créés pour faire le plus de bénéfices sur un temps très court. Les concepts issus de cette rencontre illustrent d'ailleurs parfaitement cette interrogation : objets publicitaires servant de supports à des codes barres de téléchargement; soirées concerts plus apparentées à des cocktails de lancement marketing qu'à de véritables performances puisque chaque groupe n'a le temps de jouer que cinq ou six titres; un public qui n'est pas à proprement parler rock & roll et qui semble faire partie de la jeune élite des « agences » ou des bureaux de style Parisiens !
Mais si au premier étage du Bus Palladium se pressent des invités avides de champagne et de macarons portant un bracelet, signe d'appartenance aux guestlists, heureusement, en bas, dans la salle de concert, jouent bientôt trois groupes talentueux dont deux au moins auront un avenir tout tracé outre-Manche et peut-être en France.

Bizarrerie aux sonorités quasi caribéennes sur plusieurs morceaux dont Big Things (emploi d'un son exotique proche du calypso), les quatre garçons de Fiction sont au come back new wave ce que Duran Duran était à l'histoire du rock, un météore filant rapidement dans les cieux Anglais sans pouvoir s'y arrêter. Brouillons dans un style proche d'un The Cure sous perfusion de rhum, le minimalisme ne leur va pas très bien. N'est pas Japan ou Echo And The Bunnymen qui veut !
Légers, à la limite de l'apesanteur, le manque de gravité leur confère un certain ennui qui s'étend à un auditoire difficile car non fans ou connaisseurs . Ce n'est donc pas pour rien qu'ils ouvrent le bal du bus Palladium, les frères Barrett qui sont les deux leaders de cette formation, pourtant homonymes d'un très grand nom du Rock, ont encore du chemin à faire s'il veulent réellement maintenir et explorer le sombre âge de la plus hermétique des cold wave d'antan...
La qualité que l'on peut leur reconnaître, c'est qu'ils tentent de rester fidèles à leurs ainés en ne faisant intervenir aucun artifice électronique ou sonorités actuelles pouvant rajouter un peu de sel à leurs morceaux bien fades. C'est souvent ce qu'il se passe actuellement avec des formations jeunes et désireuses de ressusciter les années 80 en leur additionnant tout ce que l'électronique peut faire de plus flatteur sur scène comme en studio. Il est certain que leur communauté Myspace ou autre a le bagage et l'accoutrement nécessaire à l'écoute de ce groupe soporifique. Mais ce soir, il en va bien autrement et, bientôt, le few happy people invité à la soirée et interloqué devant des Fiction en manque de pulpe, remonte sagement au premier voir s'il ne reste pas un peu de champagne et si le DJ officiant là joue toujours une électro pop dansante...
Étrange que ce groupe fasse partie de l'écurie de ce label plutôt hype et misant sur des valeurs plus « accessibles » car, rester sur les rails d'Eurostar et trouver un public, cela va demander toute l'énergie d'une agence de pub ou un buzz hors média monumental... et justement, Eurostar c'est tout ça en même temps !

On monte en puissance ; petits frères du groupe Bloc Party dont ils partagent allégrement (un peu trop d'ailleurs) les sons et les mélodies, Plugs mixent les boucles tels des DJ sans platines à l'aide d'une nuée de pédales à effets servant des instruments acoustiques savamment amplifiés et une électronique minimaliste poussée loin dans ses retranchements. Une sonorité rocailleuse faite de solos d'une basse slapée, pire que dans les années 80, de solos d'un batteur à qui il faut reconnaître, sans détour, les talents d'un jeune John Paul Jones en pleine rave party et d'un « guitar hero » métisse qui, comme Sagan, joue pieds nus sur scène des envolées piquées sans fards et sans timidité à un Jimmy Hendrix... Plugs, avec seulement trois représentants, assure et ne laisse aucun doute sur ses compétences artistiques qui, selon l'interview donnée à leur label, Eurostar, prennent leurs sources chez Morrisey ou Gansbourg.
Cependant, même si le concert est celui qui fera le mieux danser les mannequins débutants venues s'exhiber et boire du champagne gratuitement ce soir là, leur très belle volonté semble vite étouffée par un manque d'expérience sensiblement audible dans les performances live de ce soir. Une jeunesse qui sera vite contrebalancée par une envie et des extented mix que livrent le batteur, incomparable pour changer de tempo et jouer live une techno minimaliste accompagné d'une boite à rythme et d'un sampler augmentant l'intensité d'un rock électronique fait pour les dance floor. Généreux et délivrant une joie contrastant avec le premier groupe, ils réveillent petit à petit le public d'un bus à l'impérial dont le pont supérieur est le plus convoité !

Attention, talent comme seule l'Angleterre peut en produire ! Groupe de troubadours made in London, les « hommes comme moi », aka Man Like Me, apparaissent telle une empreinte sociétale de l'Angleterre et pourraient nous sembler tout droit sortis de la série Skins. Jamais sérieux, ils jouent de la musique comme d'autres de leurs compatriotes jouent dans un film de Guy Ritchie ! Avec légèreté et folie confrontées à une musique mêlant hip-hop et ragga muffin, ils revisitent et reconstruisent les fondations du steady rock, agrémenté d'une pointe de ska.
Bien sûr, les plus anciens y verront là la marque, que dis je, l' estampille indélébile de leurs ainés de Madness avec qui ils partagent les origines les plus populaires d'Angleterre et le mélange d'une musique blanche et noire. Mais c'est aussi et surtout dans le jeu de scène et l'attitude que Man Like Me rend hommage à ses ainés aux damiers noirs et blancs. D'ailleurs, Lovestruck, un de leurs derniers morceaux débute par un sample des Skatalites; c'est dire les influences partagées !
Cabots multi-culturels revêtant sur leurs peaux multicolores les couleurs à graphismes symétriques réglementaires en cette année de mode back to the mid 80's, Man Like Me est bien le groupe phare du label Eurostar et le meilleur représentant d'une Angleterre vue par le prisme d'une mixité raciale, culturelle et artistique surement bien mieux accomplie que sur notre sol.