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Villagers
Kele
Monarchy

Paris, Cigale - 7 novembre 2010

Live-report par Chloé Thomas

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Affiche éclectique pour cette soirée Paco Rabanne – Les Inrockuptibles à La Cigale – SFR. Pour ceux qui ne sauraient pas encore, Black XS, le nom accolé à celui du magazine culturel sur les affiches du festival, c'est une gamme de parfum du couturier sus-nommé. Comme quoi, le Festival des Inrockuptibles ne sent pas seulement la branchitude. On commence par Cascadeur, jeune messin vainqueur du prix CQFD en 2008. Il porte un casque métallisé, joue quelque chose qui ressemble à de l'électronique et soigne les visuels avec des projections diverses et variées. Tout ça rappelle un peu Daft Punk, non ?

Malgré les apparences, Cascadeur offre quelque chose d'assez différent. D'abord parce qu'il utilise sa voix, d'une façon assez blues, donc charnelle, jouant sur la contradiction avec la froideur désincarnée de l'accompagnement électro qui ne devient donc qu'un accompagnement, comme s'il pouvait aussi bien être seul en scène avec une guitare ou un accordéon. Le look de DJ n'est donc plus incompatible en 2010 avec des morceaux type chant / piano. La voix, justement, androgyne, il la module à volonté, se la jouant un peu Matthew Belamy parfois, mais pas trop. Cascadeur maîtrise la mise en scène aussi, avec ses vidéos bien sûr, mais aussi avec la manière qu'il a de se présenter en sorte d'homme-orchestre des années 2010, impassible derrière la technologie, mécanique dans ses gestes, et dont la musique est pourtant classiquement sentimentale.

Après une longue phase de remerciements (mes parents, JD Beauvallet, Paco Rabanne... ah non, le dernier il n'a pas osé quand même) et un petit film publicitaire durant l'entracte, on enchaîne avec l'irlandais de Villagers. Après un premier album remarqué sorti en mai dernier, Becoming A Jackal, il ne cesse de tourner, et cette habitude de la scène donne une aisance certaine. Les chansons sont très bien écrites, lorgnant vers la country américaine, guitares acoustiques et mélodies minimalistes. En bref, une musique tournée vers le passé, tournant à vide, juste assez bien troussée pour ne pas ennuyer d'un bout à l'autre grâce à quelques moments plus rock qui réveillent de l'hébétude dans laquelle la vacuité britannique tend à me plonger ces dernières années.

On passe à Monarchy, basés en Angleterre comme leur nom l'indique. Sur scène, quatre men in black sur fond noir et violet, avec des masques aux formes étranges. Des costumes classés rock donc, mais un son finalement plus r'n'b qu'autre chose. La leçon de la soirée sera donc, comme le chantait Brian Molko autrefois : « things aren't what they seem ».
Le show est hyper-chorégraphié, réglé au cordeau, sous-tendu par une électro métronomique doublée par un vocal sensuel (qui rappelle à ce titre Cascadeur, qui ouvrait le bal; il doit y avoir une tendance là-dessous). On se dit que Monarchy pourrait bien être une tuerie sur une très grande scène, en festival ou dans un stade mais la Cigale semble un peu étriquée pour ce qu'ils proposent. Le public ne se lâche pas à fond non plus, alors qu'on pourrait pogoter là-dessus si l'humeur y était.

Heureusement, Kele est là pour réveiller ceux qui dormaient dans le fond. Il arrive après l'intermède potache de Twin Twin (trois amuseurs sans intérêt qui scandent deux titres parodiques devant le rideau pour faire patienter), et d'emblée, il met le feu. Son charisme est indéniable, et son énergie ravageuse. Enfin, ça bouge !
Pour le coup, Kele joue de la vraie club music, qui ne peut que se danser. Et puis cette voix, quelle voix ! Une reprise de Bloc Party permet de peser la différence d'orientation que l'ancien frontsman a choisi d'assumer : certes, on a perdu la batterie sèche et obsédante qui faisait pour beaucoup l'identité du groupe, mais au profit d'un son disco – moins rock, plus pop, pour le dire un peu bêtement – qui rend le public chaud bouillant. Cela confirme ce dont on se doutait à l'écoute de l'album (un peu plat, par certains côtés, voire répétitif) : Kele trouve toute son ampleur en live, et visiblement, il n'aime rien tant qu'être sur scène.

Après ça, on serait prêt à rentrer se coucher, mais Katerine prévoit un dernier changement d'ambiance. On lèvera d'emblée une ambiguïté : Katerine n'est pas un chanteur, c'est un comique. Un très bon comique, d'ailleurs, qui finit même par ne pouvoir s'empêcher de rire à ses propres pitreries. Les titres qu'il chantonne sont brefs, les textes courts et sans profondeur. A ceux qui sont tentés de voir en lui le meilleur révélateur d'une époque, on serait tenté d'opposer que son discours est trop creux, mais c'est peut-être en cela, en fait, qu'il est révélateur. Retournons donc manger nos bananes.
setlist
    VILLAGERS
    The Meaning Of A Ritual
    Home
    Becoming A Jackal
    Pieces
    I Saw The Dead
    Memoir
    Ship Of Promises

    KELE
    Walk Tall
    On The Lam
    The Other Side
    Everything You Wanted
    Blue Light / The Prayer / One More Chance (Bloc Party cover)
    Tenderoni
    Rise
    All The Things I Could Never Say
    Flux (Bloc Party cover)
photos du concert
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