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Stereolab

Not Music

Stereolab - Not Music
Chronique Album
Date de sortie : 15.11.2010
Label : Duophonic UHF Disks
35
Rédigé par Chloé Thomas, le 16 novembre 2010
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En 2008, Stereolab sortait Chemical Cords, son onzième album. Laetitia Sadier nous expliquait alors dans une interview que les enregistrements en studio, fin 2007, avaient en réalité abouti à deux fois plus de chansons que le disque ne pouvait en contenir, et que le matériel restant ferait l'objet d'un autre disque. Cette suite, il a finalement fallu l'attendre deux ans. Dans l'intervalle, le groupe a décidé de s'imposer une séparation au moins provisoire. Laetitia Sadier s'est lancée dans une expérience solo, qui a donné naissance à l'album The Trip, dont la sortie est presque concomitante. Tim Gane, de son côté, semble se consacrer aux Bandes Originales (récemment, le film Copacabana, avec Isabelle Huppert). Not Music arrive donc à un moment étrange où le groupe n'en est plus vraiment un. Il s'ensuit qu'aucune tournée n'est apparemment prévue pour le soutenir. Not Music : ce titre en forme de paradoxe semble d'abord signifier un déni d'album.

Mais Not Music c'est aussi, bien sûr, un clin d'œil à une post-musique, ce post-rock dont Stereolab était l'un des groupes phares. Mais qu'on se rassure, le disque n'a rien d'hermétique, et garde cette couleur pop et légère si caractéristique. La voix de Laetitia Sadier y est pour beaucoup; en anglais ou en français, elle chante ses textes, très écrits, avec le même timbre pur, sans aucune flexion, torturant sans en avoir l'air le phrasé et l'accentuation pour aboutir à une novlangue étrange, souvent difficile à comprendre.

Les titres des morceaux trahissent bien souvent l'univers joueur, presque enfantin, et le goût du rêve, que le groupe a développé – mais aussi des références de geeks en matière de science-fiction. Supah Jaianto (transformation phonétique de Super Giant, en Japonais), est un super-héros d'une série japonaise des années cinquante. Il semblerait que Leleklato Sugar fasse référence à un film de science-fiction hongrois datant de 1918. Dans la même veine, Aelita est le nom de la reine des Martiens dans une obscure production soviétique de 1924, l'une des premières œuvres cinématographiques à mettre en scène un voyage dans l'espace. A croire que les artisans de Stereolab puisent leur inspiration dans le cinéma de minuit et les comics antiques qu'ils collectionnent obsessivement – ce qui ne pourrait manquer de les rendre excessivement sympathiques, d'ailleurs.

Dans la continuité de Chemical Cords, Not Music propose des pistes un peu plus longues que ce que Stereolab avait pris l'habitude de créer, sans toutefois donner dans l'excès. C'est en réalité surtout avec les deux remixes que les chansons gagnent en durée. En effet, et peut-être pour justifier de l'attente entre ces deux albums qui auraient dû être jumeaux, le groupe a proposé à The Emperor Machine (l'anglais Andrew Meecham) et à Atlas Sound (aka Bradford Cox, le leader du groupe américain Deerhunter) de remixer deux titres de Chemical Cords, Silver Sands et Neon Beanbag. Le résultat est plutôt réussi, avec dans le premier cas, un recentrage sur la voix de Laetitia Sadier, plongée dans un contexte plus rock que pop porté par un rif obstiné; dans le second, quelque chose de très aérien, éthéré, pas vraiment électro, mais qui garde la légèreté initiale et l'étend vers une indolence de bord de mer.
En plus des remixes, d'autres titres répondent à ceux de Chemical Chords et s'en présentent clairement comme la suite : Two Finger Symphony fait évidemment écho à la symphonie pour un doigt de l'album précédent, et Pop Molecules (Molecular Pop 2) se veut une suite attendue du Molecular Pop laissé dans l'attente.

Plus qu'une logique d'album, Stereolab a donc construit une logique de double-album, exercice périlleux, d'autant plus que la sortie du deuxième opus a visiblement été différée. Mais le but plus ou moins avoué du groupe, avec l'arrivée de cette suite promise, est peut-être bien aussi de clore une aventure : celle du diptyque seulement, et des enregistrements de 2007, ou celle du groupe tout entier ? Wait and see...
tracklisting
    01. Everybody's Weird Except Me
  • 02. Supah Jaianto
  • 03. So Is Cardboard Clouds
  • 04. Equivalences
  • 05. Leleklato Sugar
  • 06. Silver Sands (Emperor Machine Mix)
  • 07. Two Finger Symphony
  • 08. Delugeoisie
  • 09. Laserblast
  • 10. Sun Demon
  • 11. Aelita
  • 12. Pop Molecules (Molecular Pop 2)
  • 13. Neon Beanbag (Atlas Sound Mix)
titres conseillés
    Supah Jaianto, Laserblast
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