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Los Campesinos!
Tall Ships

Paris, Flèche d'Or - 2 avril 2012

Live-report par Julien Soullière

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La Flèche d’Or, peu avant 21h. Tous les ingrédients sont réunis. La recette, elle, est une fois de plus parfaitement exécutée. La musique d’ambiance tire tout d’abord sa révérence, puis c’est au tour des spots de déposer les armes.

Les têtes se tournent alors vers la scène, et un groupe fait son apparition derrière la horde d’instruments qui nous fait face. Présentement, le groupe en question se nomme Tall Ships. Auteurs d’une poignée d’EPs et de singles entre 2010 et 2011, les anglais ont su faire forte impression par leur capacité à marier les styles musicaux avec une décontraction insolente (math, post et pop-rock). Aperçue en première partie de 65daysofstatic lors d’un concert donné au Nouveau Casino il y a deux ans, la formation de Brighton avait séduit, sans pour autant transcender ; ce soir, l’occasion lui était donnée de nous montrer combien elle a pu mûrir.
Et le trio ne pouvait franchement pas prendre meilleur départ. En confiance, le voilà qui nous délivre d’entrée son dernier single en date, un T=0 jouissif, bien que trop bref au vu de son caractère addictif : batterie puissante, riff de guitare entêtant, final dévastateur. Rien d’original là-dedans, c’est vrai, mais le morceau est tellement bien pensé, et si proprement exécuté ce soir, que Tall Ships s’accordent sans difficulté aucune l’attention des celles et ceux qui ne les avaient jamais croisés auparavant. Non sans griller au passage leur meilleure cartouche.
Car si l’on saura toujours trouver matière à réconfort dans les dernières minutes, toujours grisantes, de leurs compositions, le tout apparait comme trop monolithique pour déchainer les passions. La prestation de Tall Ships est néanmoins appréciée à sa juste valeur par le public parisien (aucun mouvement de foule démesuré, mais des applaudissements chaleureux à la fin de chaque titre), et tous ceux qui connaissent les qualités d’écriture du groupe vous le diront: ne vous basez pas sur les seules performances live de ces trois anglais, leurs morceaux méritent vraiment le détour.

Entrée en scène teintée de modestie pour nos amis de Los Campesinos!, venus défier la lourde pénombre sans effusion d’aucune sorte, tout juste accompagnés dans l’exercice par les notes de Hate For The Island. Ne souhaitant visiblement pas perdre leur temps dans d’inutiles salutations, « les paysans » dégainent rapidement le premier morceau de la soirée, non sans déclencher l’hystérie collective : la preuve qu’en quatre albums déjà, la troupe (pas moins de 7 membres !) a su s’assurer une honnête base de fidèles, dignement représentés ce soir.
Ce qui n’aidera pas à faire chuter la tension, à la plus grande joie de la salle d’ailleurs, c’est qu’au-delà d’un chanteur très en forme et en voix, c’est tout le groupe qui donne de sa personne, se trémoussant et sautillant de la première corde grattée au dernier retentissement de caisse claire. Si l’ensemble reste néanmoins assez sage, le chef de file se montre autrement plus excité, alternant spasmes faciaux, glapissements et autres joyeusetés du genre (Gareth n’hésitant ainsi pas à jouer du tambourin en frappant l’instrument en question contre son propre torse), toujours dans cette ambiance hystérique, mais surtout bon enfant, qui définit Los Campesinos! depuis leurs débuts.

En dépit de la bonne volonté affichée par le groupe, et l’intégration au sein de la setlist de morceaux au demeurant excitants (Romance Is Boring, You! Me! Dancing!, Hello Sadness, etc.), difficile pour moi de communier avec le reste de mes congénères. Il y a moi, et puis les autres. Les autres dedans, et moi en dehors. Ou l'inverse. Alors que l’assistance toute entière semble prendre du plaisir à l’écoute des bombes sonores lâchées par le groupe, je reste imperturbable, quand ce n'est pas excédé par le phrasé (haché) et le brin de voix (tirant vers les aigus) du chanteur, et cette musique aux allures parfois bruitistes. Plus grave encore, le tout manque d’émotion, de ce petit quelque chose qui touche, accroche, transporte, et qui, surtout, nous assure que l’énergie dépensée ne l’est pas en vain. Le charme de Kim, même si la demoiselle n’est pas de nature souriante, n’y fera rien : je commence à trouver le temps long. Pas comme eux, là, au premier rang, pour qui chaque nouveau morceau est prétexte à montrer au groupe l’amour qu’ils lui portent.

Et puis, comme si je m'étais convaincu moi-même du caractère indésirable de ma présence, je commence à m'excentrer. Un peu, et puis un peu plus encore. Jusqu’à quitter les lieux durant les dernières minutes. Définitivement.
setlist
    TALL SHIPS
    T=0
    Plate Tectonics
    Chemistry
    New Song
    Vessels
    Hit The Floor

    LOS CAMPESINOS
    Hate For The Island
    By Your Hand
    Romance Is Boring
    Death To Los Campesinos!
    Hello Sadness
    A Heat Rash In The Shape Of The Show Me State; Or, Letters From Me To Charlotte
    We Are Beautiful, We Are Doomed
    Songs About Your Girlfriend
    There Are Listed Buildings
    Knee Deep At ATP
    The Black Bird, The Dark Slope
    Straight In At 101
    To Tundra
    You! Me! Dancing!
    The Sea Is A Good Place To Think Of The Future
    Baby I Got The Death Rattle
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    Sweet Dreams, Sweet Cheeks
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