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YAK
Lusts
Pretty Vicious

Paris, Boule Noire - 13 novembre 2015

Live-report par Pierre-Arnaud Jonard

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En ce 13 novembre au soir, j'allais le cœur léger au festival les inRocKs Philips pour y voir trois très bons groupes britanniques. Je ne savais pas encore à ce moment là qu'à Paris, aujourd'hui, on peut mourir parce que l'on va à un concert de rock.

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La soirée avait pourtant débuté dans une atmosphère joyeuse avec le concert du duo de Leicester, Lusts. Composé de deux frères, Andy à la guitare et James à la batterie, le groupe débutait son set par Sometimes, chanson qui ouvre également leur récent premier album Illuminations. Excellente entrée en matière avec ce titre qui rappelle fortement la new wave du début des années 80. Que dire alors de Cross, l'instrumental qui suivit et seul morceau de la soirée à ne pas figurer sur l'album, qui donnait vraiment l'impression d'être de retour en 1982.
Il est très rare de voir sur scène une formation composée de deux seuls musiciens mais la formule inédite guitare-batterie donnait un son plus puissant qu'on aurait pu l'imaginer. Il faut dire qu'Andy Stone à lui seul occupait parfaitement l'espace scénique de par sa présence magnétique. Mouthwash, un des très bons titres de leur album avait le même charme que les morceaux de New Order mid-80's période Low life. Suivait Careless, petite pépite pop sur laquelle la voix de Andy fonctionnait à merveille. The Chair continuait dans le même registre poppy-new wave avec un côté très léger qui en faisait tout le charme.
Illuminations ce soir sonnait très Cure notamment dans l'intro et le son de guitare de Andy. Pour conclure, le groupe jouait ce qui sont pour moi ses deux meilleurs titres, Waves, morceau accrocheur et très efficace en live avec sa reverb à la Echo and The Bunnymen puis Temptation, toujours tout en reverb dans le son de guitare et avec des vocaux en écho particulièrement réussis.

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En assistant au concert de YAK, je pense ne pas exagérer en disant que j'ai vu le futur du rock'n'roll. Leur chanteur-guitariste, Oliver Burslem, est un fou furieux comme j'en ai rarement vu. Au bout du deuxième morceau, il était nu pied, à terre dans la fosse jouant comme un dément forcené. Au quatrième, il passait sa guitare autour du cou d'une jeune fille de l'assistance médusée, ne sachant que faire de ce cadeau empoisonné, avant de remonter sur scène et jouer avec ses pédales d'effets.
Inutile de dire que le groupe jouait avec un son énorme. Il se dégageait de YAK une telle puissance que cela en était sidérant et fascinant. On assistait à un mélange inédit de la sauvagerie des Stooges, d'un son post-punk new-yorkais avec un retour à l'essence primitive du blues particulièrement évident dans le jeu de guitare de Oliver Burslem comme dans le son de basse de Andy Jones. Elliott Rawson tapait tellement comme un sourd sur ses cymbales qu'elles volaient dans les airs tous les deux morceaux. Et pourtant, il parvenait dans le même temps à assurer nombre de parties vocales. Outre son jeu de guitare halluciné, Burslem balançait des sons distordus de temps à autre sur son korg avant de le mettre en miettes. Les titres du nouvel EP No, avec ce « No » répété en boucle frénétiquement ou Alas Salvation étaient joués avec une frénésie démentielle. Smile était véritablement hanté comme un blues vaudou.
Au bout d'une demi-heure, le groupe terminait son concert après que Oliver Burslem ait détruit la batterie et laissait une scène dévastée. Cela n'avait duré qu'une demi-heure mais on voit difficilement comment, après une telle intensité, YAK aurait pu rester plus longtemps sur scène.

Cinq minutes avant que Pretty Vicious n'entament leur concert, nous apprenions dans la salle que des fusillades avaient lieu dans Paris et qu'une prise d'otages se déroulait au Bataclan. Un flottement se fit sentir et une bonne partie du public décidait de partir. Je pensais même que le concert serait peut-être annulé mais finalement Pretty Vicious montait sur scène. Le groupe devait être au courant de ce qu'il se passait mais ils jouèrent leur set sans dire un mot.
Assister à un concert pendant qu'au même moment des gens se font assassiner non loin de là parce qu'ils assistent eux aussi à un concert de rock est une sensation surréaliste. Et évidemment, à ce moment là, la musique devient dérisoire. Dommage pour Pretty Vicious car cet excellent groupe peut se vanter d'avoir déjà écrit trois morceaux superbes, Cave Song, It's Always There et National Plastics, et un autre très bon, Are You Entertained.
Le talent de ce groupe impressionne encore davantage lorsque l'on voit qui ils sont : des ados que l'on penserait encore au collège. Les Pretty Vicious ne sont pas gallois pour rien. Ils ressemblent à des petits frères des Manics du début : cette même gouaille, cette même fraicheur, cette même insouciance. Certes, ils sont encore un peu trop prévisibles, comme par exemple de faire la dix-millième reprise de I Wanna Be Your Dog qui n'apporte rien, ni à l'original ni à toutes celles qui ont suivi, mais qui blâmerait un si jeune groupe d'avoir bon goût ?
Leur entrée sur scène avec It's Always There fût fracassante, leur version de National Plastics pleine de fureur et d'énergie et leur départ sur Are You Entertained, tonitruant. Certes tous les morceaux ne sont pas du même niveau, des titres comme Little Molly ou You Gotta Keep Going sont un peu en-dessous de leurs morceaux phares mais Pretty Vicious possède un potentiel énorme.

Il est triste de les avoir vus dans de telles conditions. Espérons simplement les retrouver bientôt lorsque la joie sera revenue.
setlist
    LUSTS
    Sometimes
    Cross
    Mouthwash
    Memory Loss
    Careless
    The Chair
    Illuminations
    Waves
    Temptation

    YAK
    Non disponible

    PRETTY VICIOUS
    It's Always There
    Black Sheep
    This World’s Not Enough
    I Wanna Be Your Dog
    Little Molly
    National Plastics
    Gotta Keep It Going
    Cave Song

    Are You Entertained
photos du concert
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