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Esben And The Witch
Anna Calvi

Paris, Boule Noire - 4 novembre 2010

Live-report par Fab

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Rituel immuable de tout bon amateur de musiques actuelles à Paris, le Festival des Inrockuptibles reprenait cette semaine ses quartiers dans trois salles de la capitale. Après une ouverture dédiée à Kitsuné la veille, et alors qu'une affiche intégralement constituée d'artistes du label Bella Union se tient à quelques mètres de là à la Cigale, la Boule Noire accueille ce soir une affiche hétéroclite renforcée à la dernière minute par l'ajout de The Knocks aux côtés d'Esben And The Witch, Darwin Deez et Anna Calvi.

 

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Il est 20h15 lorsque les premiers appelés à se produire ce soir, Esben And The Witch, font leur apparition. Le public est encore dispersé mais les trois anglais auteurs ces derniers mois de deux singles très convaincants ne s'en laissent pas compter. L'éclairage est minimaliste et la salle se voit plongée durant trente minutes dans une atmosphère brumeuse et ténébreuse, à l'image de la musique sombre et incantatoire que le trio sert. Sur scène, point de batterie mais un simple tom basse, quelques boucles électroniques enregistrées, moult pédales d'effets et des musiciens s'échangeant les guitares et la basse à l'envie tandis que Rachael Davies semble possédée et fait étalage d'un chant profond et puissant.
Les morceaux proposés ce soir sont longs et étirés mais ne manquent jamais de puissance, à l'image de l'hypnotique Marching Song, et si l'acoustique de la salle ne sied pas toujours à la démonstration que le groupe nous offre, l'expérience ne perd rien de son intensité et de sa singularité. Avec un premier album attendu chez Matador Records en janvier 2011, Esben And The Witch, ovnis de la scène britannique, pourraient bien créer la sensation.

 

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Changement d'ambiance une courte demi-heure plus tard avec le duo américain The Knocks, invité à la Boule Noire suite à l'annulation du concert prévu au Casino de Paris en première partie de Scissor Sisters. Si le public s'avère rapidement réceptif à la musique très dansante proposée par Ben Ruttner et James Patterson, difficile de ne pas être sceptique face à la prestation en elle-même. En mêlant rock et hip-hop sur une base électronique très dance, les new yorkais tombent dans une facilité malvenue.
Le chant est majoritairement pré-enregistré, tout comme les instrumentations samplées et renforcées ponctuellement par quelques notes de claviers ou des percussions en complément de puissants beats. Le résultat s'avère efficace et en adéquation avec les vidéos projetées sur un drap au fond de la scène, mais tout cela au détriment du bon goût et d'un quelconque effort artistique. Un calvaire et une raison supplémentaire de regretter l'absence de Scissor Sisters pour cette édition 2011 du festival.

 

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Passée cette prestation rapidement oubliée, la soirée repart immédiatement sur une bonne dynamique avec le très attendu Darwin Deez. Accompagné par ses trois musiciens, le New Yorkais effectue une entrée remarquée, gesticulant avec ses camarades au son d'une piste hip-hop crachée par les enceintes de la salle. Le ton est donné pour l'ensemble du concert, et chaque titre interprété par le quatuor sera suivi ou précédé par diverses chorégraphies ou animations sur fond de chansons plus ou moins connues, de Rage Against The Machine aux Bangles.
Pris d'assaut par la gente féminine, les premiers rangs réagissent avec un entrain contagieux aux pitreries de la bande et répondent toujours avec une réelle bonne humeur aux interactions avec les musiciens. La musique, quant à elle, semble reléguée au second plan. Une réalité regrettable tant les compositions jouées durant le set sont de qualité, le plus souvent dans le domaine de la pop aérienne, mais toujours avec une réelle application et un sérieux tranchant avec les interludes sans queue ni tête que la formation se plaît à proposer. Au final, on ne sait que penser de Darwin Deez, indéniablement doués musicalement mais peut-être trop portés sur la déconne pour complètement nous satisfaire.

 

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Il est à présent près de 23h30 et la tête d'affiche de la soirée est attendue. Anna Calvi prend ainsi place derrière son micro avec ses deux musiciens, le visage fermé dans une tenue pour le moins stricte : chignon serré, maquillage marqué, tailleur et chemisier rouge. Sans un mot, l'anglaise fait admirer sa dextérité à la guitare sur un premier titre que l'on aurait aimé moins démonstratif et plus chaleureux. La musicienne dont le premier album est attendu en janvier prochain chez Domino Records, esquisse un sourire et reprend sa marche en avant, imperturbable.
Celle que l'on compare à PJ Harvey de par son chant ou à Jeff Buckley pour l'atmosphère se dégageant de ses compositions est écoutée religieusement par la salle, sans artifices ou longs discours. Le minimalisme de la majorité des titres joués, bien que tous dans le domaine de l'électrique, placent ainsi la musicienne au centre des attentions, de chaleureux applaudissements d'une salle majoritairement conquise lui étant accordés à la suite de Jezebel ou du puissant Love Won’t Be Leaving, renforcé à grand coup de percussions, en conclusion d'une trentaine de minutes d'un concert mené avec un grand sérieux.

Pas de doute, la londonienne fera à nouveau parler d'elle dans quelques semaines.