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These New Puritans

Paris, Centre Pompidou - 18 décembre 2010

Live-report par Julien Soullière

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Sonnez tocsin dans les campagnes, car les These New Puritans clôturent ce soir le chapitre Hidden, leur second et excellent dernier album en date : entamé il y a quelques semaines à Londres, le « Hidden Live Tour » s’achève en effet ce soir au Centre Georges Pompidou de Paris, marquant ainsi la fin d’une ère, et le début d’une autre, pour la talentueuse formation originaire de Londres.

Choc thermique à l’arrivée : la douce tiédeur qui enveloppe ce soir la grande salle de concert, située au niveau inférieur de l’imposant bâtiment, tranche radicalement avec le froid hivernal qui gangrène depuis quelques jours déjà les rues parisiennes; il faut dire que l’endroit est plein, quasiment comme un œuf, et que l’excitation des uns et des autres ne peut que concourir à faire grimper la température de quelques iotas. A l’entrée de la salle, chaque nouvel arrivant se plie au même rituel, balayant la salle des yeux à la recherche d’un fauteuil rouge sang encore disponible. Une véritable gageure pour les retardataires, surtout les plus accompagnés, qui ne pourront pas toujours s’asseoir aux côtés de leurs compagnons de route.
Murés dans le silence, les yeux rivés vers l’épais rideau qui nous sépare de la scène, certains se forcent à oublier toute notion de temps et d’espace, là où d’autres cherchent à noyer la cruelle attente sous un flot continu et immodéré de discussions, dont l’intérêt intrinsèque n’est pas toujours démontrable. Qu’importe, au final, si les minutes s’égrènent plus vite grâce à elles.

 

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Soudain, un technicien, à peine visible sur le bas-côté droit de la scène, fait signe à la console que le temps est venu : les lumières s’éteignent, et la salle se retrouve plongée dans un noir d’ébène. Les plus studieux d’entre nous font alors comprendre au reste du public que les débats, quels qu’ils soient, ne sont plus les bienvenus. On n’entend bientôt plus un bruit. Dans l’assistance du moins, car résonne bientôt entre les murs un bourdonnement sourd et profond, entrecoupé ici et là d’un même son, celui que ferait un bolide lancé à vive allure en passant devant nous.
Les minutes défilent, mais le rideau ne semble pas décidé à s’élever vers les cieux; le temps commence pourtant à se faire long, et l’ambiance sonore dans laquelle la salle est plongée n’aide en rien à décrisper les nerfs. Mais, subitement, le bruit cesse, la scène se révèle à nos yeux et les premiers applaudissements se font entendre. Andre De Ritter, un des principaux chefs d’orchestre du Viva Sinfonia, est déjà en place : très calme, l’élégant bonhomme fait face à douze cuivres en provenance directe du Balcon, ensemble français à géométrie variable, également représenté ce soir par un pianiste et deux percussionnistes; ces derniers, comme le chœur féminin des Singarelles, ont pris quartier dans les hauteurs de la scène, installés de part et d’autre d’un plan surélevé. C’est d’ailleurs par là que les frères Barnett, accompagnés de leurs complices Thomas Hein et Sophie Sleigh-Johnson (cette dernière étant de retour au sein du groupe à l’occasion de cette mini-tournée) font leur entrée, une fois l’instrumental Time Xone respectueusement interprété par l’orchestre. Dans la salle, ça siffle, ça donne de la voix, et ça applaudit de plus belle. Les membres du groupe prennent place au centre de la scène, et le silence redevient maître.

 

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Un premier coup de taiko retentit alors, faisant sursauter la docile assistance : l’ogre We Want War vient d’être lâché, et avec lui sa rythmique martiale et implacable. Transperçant chairs et esprits, cette dernière terrasse littéralement un public happé par ce qu’il entend, mais également par ce qu’il voit. Car plus qu’un simple concert, c’est un véritable show qu’ont imaginé les These New Puritans, effets de lumière et jets de fumée à la clé; l’ensemble donnant à la scène l’aspect d’un champ de bataille musicale des plus terrifiants. On jurerait sentir la poudre.
Une pareille déferlante mériterait presque que l’on reprenne son souffle l’espace d’un instant : un avis que ne partage visiblement pas le groupe, qui enchaine quasiment dans la foulée avec le sombre et hip-hop Three Thousand; normal, la setlist suivant scrupuleusement l’ordre des chansons tel qu’imaginé pour l’album. Une fois encore, la vigueur de la sonorisation et du jeu des percussionnistes impressionnent; une fois encore, Jack Barnett magnétise, par son chant bien sur, mais aussi par ses attitudes de pantin désarticulé : hanté par le monde qu’il a engendré, le frêle bonhomme titube de part et d’autre de son micro, le dos courbé comme écrasé par le poids de son propre génie créatif.

 

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Vient ensuite le tour de Hologram, un titre finalement aussi faible sur disque qu’en live. Heureusement, lui succède le somptueux dytique Attack Music/Fire Power. Alors que le premier, belliqueux en diable, fait la part belle à des chœurs aussi enfantins que fantomatiques, le second redonnent le sourire à l’assemblée, qui découvre amusée ce qu’un des percussionnistes trafique derrière sa vitre de protection : il écrase des pastèques au marteau, créant ainsi le bruit sourd, sensé rappeler celui de crânes qui se brisent, que l’on percevait déjà sur l’album. Plus loin, c’est Orion qui vient clôturer cette ténébreuse première demi-heure. S’en suit l’interlude Canticle, sorte d’accalmie venue reposer corps et esprits au beau milieu de la bataille; une bataille qui se terminera néanmoins trois titres plus loin, les These New Puritans quittant la scène sous les applaudissements d’un public tout acquis à leur cause.
C’est donc gonflé à bloc que nos gaillards reviennent le temps d’un maigre rappel, au détour duquel on reconnaitra le morceau En Papier, issu du premier disque de la formation anglaise, j’ai-nommé Beat Pyramid. Ce dernier morceau joué, le quartet pose définitivement les armes, laissant derrière lui un public en liesse, mais également Andre De Ritter et l’ensemble des musiciens; des artistes chaudement félicités par une assistance qui sait bien que, si Hidden a si bien été retranscrit en live, dans ses détails comme dans sa folle démesure, c’est aussi grâce à eux.

En sortant du Centre Pompidou ce soir, le froid n’a plus d’emprise aucune sur nous; dans nos petites têtes, il n’y en a que pour le concert auquel nous venons d’assister. Mais si nous regagnons les routes heureux, repus, épatés, nous ne sommes évidemment pas surpris. Parce qu’au final, qu’un des concerts de l’année soit signé par l'un des groupes de l’année, quoi de plus normal ?
setlist
    Time Xone
    We Want War
    Three Thousand
    Hologram
    Attack Music
    Fire Power
    Orion
    Canticle
    Drum Courts – Where Corals Lie
    White Chords
    5
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    5 Backwards
    En Papier
photos du concert
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