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Mumford And Sons - Babel
Chronique Album
Date de sortie : 24.09.2012
Label : Island Records/Barclay
5
Rédigé par François Freundlich, le 19 septembre 2012
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L'ascension fulgurante de Mumford And Sons, ces quatre anglais qui ne se prenaient pas au sérieux mais ont replacé un folk brut et non aseptisé au centre du débat, en a marqué plus d'un. Sigh No More s'était inscrit comme un grand album des 00s et beaucoup ne s'en sont toujours pas remis. Ce grand groupe a réussi le tour de force de faire souffler un vent nouveau au sommet du mainstream et à en récolter tous les lauriers de gloire jusqu'aux Etats-Unis, pays dont ils puisent leurs influences les plus marquées. Leur deuxième album, Babel, est ainsi nécessairement l'un des plus attendus de l'année et c'est avec délectation que l'on redécouvre certains morceaux que les londoniens jouent depuis un certain temps dans leurs concerts survitaminés.

Cette Tour de Babel folk est largement marquée par les nombreux concerts fédérateurs donnés aux quatre coins de la planète. A son écoute, on les imagine déjà livrer toute leur énergie dans des compositions toujours plus entrainantes, taillées pour enflammer les foules. Il est bien loin le temps des démos mal assurées de l'attachant EP Love Your Ground : Mumford And Sons sont cette fois bien plus précis, faisant un pas de plus vers un public qui se voudra certainement élargi. Babel reprend les hostilités là où Sigh No More les avait laissées, lui constituant une suite logique intense et enlevée. Il est néanmoins différent, entrant directement dans le vif du sujet avec quatre premiers morceaux aux allures de singles joyeux, aux rythmes rapides et sans temps mort. Les arrangements sont foisonnants tandis que la touche country apportée par le banjo de Winston Marshall est mise en avant. Les détracteurs y verront une certaine redondance ou un motif d'irritation mais se consoleront vite en pénétrant au cœur des compositions. Car au plus près de l'oreille, on retrouve la voix rocailleuse et profonde de Marcus Mumford, plus chaleureuse que jamais. Les refrains libérateurs sont déclamés avec une mélancolie que l'on sent provenir des tréfonds de son âme, alors que les instrumentaux tourbillonnants mêlant cuivres et violons élèvent les fins de morceaux dans une puissance épique.

L'évidence de leurs tubes marquants comme The Cave ou Little Lion Man est toujours présente. I Will Wait en est leur digne successeur, s'inscrivant immédiatement dans la mémoire avec son refrain murmuré, puis scandé avec force. L'esprit de cette chanson pleine d'espoir peut faire écho au We Used To Wait d'Arcade Fire et il est difficile de s'empêcher de reprendre les « I will wait for you » lorsque des cuivres rappelant Winter Winds s'envolent en crescendo. D'autres titres comme Holland Road sont joués à l'énergie, prenant parfois l'espace vital nécessaire à des textes toujours bien écrits et pouvant être pris à son compte par l'auditeur. On retrouve ces textes marquants qui nous font basculer vers quelque chose d'intérieur comme « Just promise me we'll be allright » sur Ghosts That We Know. Ces passages frissonnant procurent le même effet depuis leurs premiers titres comme Feel The Tide. Les harmonies vocales du leader et des chœurs de Ben Lovett touchent notre point sensible. Cette chanson pourrait prendre la suite de White Blank Page dans son esprit où les fantômes d'un passé sombre peuvent devenir d'une lumineuse beauté. Cette délicieuse ballade et son enchainement avec l'émouvante Lover Of The Light feront hérisser les poils du plus téméraire des chats sphinx. Ce dernier titre, bien connu des fans car joué depuis les débuts du groupe fait plaisir à entendre : nous voilà transportés par ses montées libératrices.

Peu de passages resteront dans cette délicatesse que l'on a pu entendre sur Timshel. Les amorces de ballades en guitare/voix comme Lovers' Eyes finissent toujours par voir prendre le dessus la frénésie multi-instrumentale, ainsi que les chœurs pouvant être repris à tue-tête. Les temps de repos comme la courte Reminder sont rares : Mumford And Sons ont ici clairement créé un album pour la scène à l'inverse de leur premier effort dont on découvrait en concert toute la puissance de son adaptation. La surprise sera cette fois certainement moindre. Une façade rock'n'roll plus écorchée et électrique est même entre aperçue sur Hopeless Wanderer et son énervement subit. Cette énergie se poursuit jusqu'à la fin de l'album où l'on ne retrouvera pas l'équivalent de cette bouleversante conclusion qu'était After The Storm, si ce n'est peut-être dans les titres bonus.

Babel étant la suite logique de ce sommet de composition et d'émotion qu'était Sigh No More, on ne peut que le classer parmi les grands albums de cette année même s'il évolue forcément dans son ombre. On s'y enfoncera sans jamais s'en lasser en appréciant cette homogénéité et cet effet particulier procuré par chaque morceau. L'explosivité peut y prendre le pas sur une certaine tendresse qui sera néanmoins perceptible au fil des écoutes.
Mumford And Sons se trouveront toujours des détracteurs mais les désormais leaders de la scène folk britannique sont encore parvenus à allier puissance et subtilité avec une finesse apportée par cette voix reconnaissable entre mille. Leurs fantômes n'ont pas fini de nous hanter.
tracklisting
    01. Babel
  • 02. Whispers In The Dark
  • 03. I Will Wait
  • 04. Holland Road
  • 05. Ghosts That We Knew
  • 06. Lover Of The Light
  • 07. Lovers' Eyes
  • 08. Reminder
  • 09. Hopeless Wanderer
  • 10. Broken Crown
  • 11. Below My Feet
  • 12. Not With Haste
titres conseillés
    I Will Wait, Ghosts That We Know, Lover Of The Light
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