C'était presqu'un soir comme les autres pour Suede ce mercredi soir à Paris. Oui, un soir comme les autres, car les anglais ont désormais établi leurs quartiers à la Cigale depuis plusieurs années. Alors, bien entendu, les Londoniens ont sorti un tout nouvel album et un concert des anglais en France reste un évènement. Cependant un sentiment de pèlerinage s'emparait de moi au moment de retrouver Brett Anderson et son groupe. Mais avant de profiter de cette réunion, la découverte de la Galloise
Gwenno sur scène suscitait vivement mon intérêt.

Il est vingt heures pile quand les lumières de la salle s'éteignent. Celle-ci n'est pas encore remplie, mais les gens déjà présents en auront pour leur argent pendant trente minutes. En effet, Gwenno et ses quatre musiciens (basse, guitare, clavier et batterie) vont transformer la Cigale en un lieu psychédélique d'un bleu profond. Telle une grande prêtresse, la chanteuse dans sa grande robe blanche légèrement transparente déverse son chant gallois et semble par moments totalement imprégnée de sa musique, notamment lorsqu'elle semble se fondre avec la batterie, jouant du tambourin le corps baissé en avant vers cette dernière. La setlist est principalement axée sur les titres de son second album
Le Kov, paru en début d'année. Le public semble progressivement conquis, même si le temps passe trop vite et qu'il faut déjà que la belle laisse la place à la tête d'affiche du soir.

C'est une fois encore derrière un rideau baissé que
Suede entament leur concert. En janvier 2016, les britanniques étaient venus présenter
Night Thoughts dans cette même salle. La première partie de ce concert avait été consacrée à la performance live de l'album derrière un rideau sur lequel était projeté le film qui accompagnait le disque. Frustrant pour certains, génial pour d'autres, la répétition du principe du rideau me laissait un peu dubitatif lors du démarrage de cette nouvelle performance. Conceptuel dira-t-on, d'autant qu'aucune image ne sera diffusée cette fois et que cela ne durera que le temps des trois premières chansons. Composé de morceaux de
The Blue Hour et de
Night Thoughts, le premier quart du concert va prendre une toute autre tournure lorsque retentit le rythme de
The Drowners, premier tube du groupe il y a vingt-cinq ans de cela. Suivi de
We Are The Pigs, l'inévitable
So Young et surtout la très inattendue
My Insatiable One, Suede enflamment la Cigale avec un Brett Anderson déchainé, alternant moulinets de micros Morrissey-niens, dandinements et contacts avec le public. Sa chemise bleue marine est trempée et grande ouverte pour le plus grand plaisir de ses fans au premier rang.
Inversés sur scène par rapport à l'album, les impeccables
Tides et
Roadkill précèdent le totalement imprévu
The Asphalt World, sublime titre de
Dog Man's Star, l'album référence des anglais. A partir de cet instant débute le ventre mou du concert, non pas par la qualité musicale du groupe (Richard Oakes, amaigri et presque méconnaissable, est vraiment impérial à la guitare), mais sur le choix des morceaux. La quadrilogie
Filmstar,
Metal Mickey,
Trash et
Animal Nitrate commence à devenir un peu fatigante, (les trois derniers faisaient d'ailleurs déjà parti de la setlist du concert parisien de 2016) d'autant que Suede possèdent un répertoire très vaste, notamment avec toutes les b-sides qui sont sorties pendant les vingt premières années de leur carrière.

Cependant une nouvelle claque vient gommer ces choix discutables de setlist. Le groupe sort de scène laissant Brett seul. Celui-ci vient s'installer sur le devant sur scène pour une interprétation à la guitare acoustique en version unplugged de
The Big Time, une des fameuses faces-b (d'
Animal nitrate). Grand moment d'émotion dans la salle. Et puis on s'oriente déjà vers la fin du concert. Le groupe revient sur scène pour jouer les deux derniers morceaux de
The Blue Hour :
The Invisibles et
Flytipping. Le rappel pour cause de couvre-feu intra-muros sera unique : Le dispensable
Beautiful Ones auquel on aurait cent fois préféré
Life Is Golden qui généralement conclut les sets de Suede.
Ne boudons pas notre plaisir, Suede ont donné un bon concert à la Cigale. Irréprochable musicalement et en termes d'énergie pendant une heure et trente minutes, les anglais auraient pu nous régaler davantage avec d'autres choix pour la setlist. Gageons qu'ils reviendront dans deux ans dans cette même salle pour un nouveau concert où on sera bien évidemment présent, quels que soit les morceaux qui seront interprétés.