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Kate Tempest

Interview publiée par Pierre-Arnaud Jonard le 8 octobre 2016

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Deux ans après Everybody Down, la rappeuse, poétesse et dramaturge, Kate Tempest revient avec un deuxième album très réussi, Let Them Eat Chaos. Un disque de hip-hop politique, presque militant, sur ce monde qui va effectivement très mal. Une excellente occasion pour la rencontrer lors de son récent passage à Paris.

Tu es poète, dramaturge et musicienne. Est-ce que l'un de ses éléments est plus important pour toi que l'autre ou est-ce un tout inséparable ?

Chaque élément a son importance, sa place. Je ne sépare pas les choses, les formes. Je suis mon inspiration. Les idées me viennent et c'est seulement après que je vois si cela convient mieux pour un album ou une pièce. Écrire un disque est plus instinctif mais la musique est difficile. J'ai joué dix ans sur scène sans avoir vraiment de succès. La musique a été mon premier amour. C'est un amour profond que je ressens pour la musique. Si j'écris une pièce, c'est encore plus dur. Cela demande énormément de temps. La musique a quelque chose de plus naturel.

Quand tu écris des poèmes, une pièce ou des lyrics, c'est totalement différent ?

C'est très différent, oui. Après le fait d'écrire des poèmes, des pièces aide bien sûr pour l'écriture des textes. Mais l'approche n'est pas la même.

Je suis tombée amoureuse du hip-hop à treize ou quatorze ans.

Dans le hip-hop, les paroles sont sans doute plus importantes que dans la pop ou le rock. C'est pour cela que tu as choisie ce genre musical pour t'exprimer ?

Non. Je suis tombée amoureuse du hip-hop à treize ou quatorze ans. Mes amis étaient dans ce milieu. J'étais aussi dans la scène jungle, une musique cool pour sortir. J'avais aussi des amis métalleux même si ce n'est pas mon genre de musique. Le hip-hop est important pour les paroles, même le gangsta-rap qui est parfois décrié exprime une certaine réalité des choses.

Comment se passe le travail avec Don Carey, ton producteur ?

Nous sommes très proches. La communication avec lui est très facile. On peut communiquer sans même se parler. Nous sommes des gens un peu bizarres même si notre étrangeté n'est pas la même mais nos deux univers se complètent. C'est plutôt un producteur rock mais il adore le hip-hop même s'il n'avait pas eu l'opportunité de bosser dans ce milieu jusqu'à présent.

Europe Is Lost, c'est un morceau sur le Brexit ?

Je l'ai écrite avant le Brexit, donc pas directement, mais c'est vrai qu'avec le Brexit, elle prend encore plus de sens. Le morceau signifie beaucoup de choses différentes mais clairement que l'Europe est en crise. C'est aussi un morceau en réaction aux attentats de Paris en novembre 2015.

Tu te considères comme une artiste politique ?

Bien sûr que ma musique a une signification politique. C'est pourquoi je travaille sur différentes formes différentes comme la poésie, la littérature ou la musique. Ce n'est pas à moi de dire si je suis une artiste politique. Ça, c'est le travail des journalistes.

Mais tu considères avoir un rôle en tant qu'artiste ?

Oui. Tu te dois en tant qu'artiste de refléter l'humanité. En tant que poète, en tant que musicienne. Là-dessus, oui, c'est politique. La musique peut changer des choses. Je pense que l'art est important, qu'il nous affecte. L'art brise la solitude des gens, que ce soit la poésie, la musique ou la littérature. Le simple fait de voir un groupe en concert est quelque chose qui peut te transcender certaines fois.

Que signifie le morceau Ketamine For Breakfast ?

C'est juste se réveiller et avoir plein de kétamine ! (rires)

Comment ne pas se rendre compte que nous sommes effectivement en plein chaos...

Le titre de cet album, Let Them Eat Chaos, est assez sombre...

Oui, mais il reflète malheureusement l'état du monde actuel. C'est un monde qui va mal, très mal. Comment ne pas se rendre compte que nous sommes effectivement en plein chaos...

Tu écris très vite...

Je travaille dur. Depuis mon premier album, j'ai écrit un recueil de poésie, une pièce, ce disque... C'est lourd. Je pense que je vais lever un peu le pied, prendre un peu plus mon temps désormais.

En même temps, tu entames une très longue tournée, là. La scène est plus importante que le studio pour toi ?

Les deux sont très importants. Se connecter à une audience est quelque chose de très personnel au niveau communication. Cela te donne un challenge lorsque je tourne dans les pays où les gens ne parlent pas anglais. C'est étrange dans ce cas pour moi car les mots sont si importants. J'aimerais pouvoir parler toutes les langues du monde pour communiquer avec le public mais ce n'est malheureusement pas le cas. Lorsque je tourne dans les pays où les gens ne parlent pas anglais, je m'exprime par le corps.

Tu es devenue directrice artistique du festival de Brighton. Tu y remplaces quelqu'un de prestigieux comme Brian Eno. Cela ne te met pas de pression ?

Je ne sens pas de pression par rapport à ça. Je n'avais jamais été programmateur musical avant. C'est un challenge très excitant pour moi. Je sais que cela va être beaucoup de boulot mais je suis très heureuse d'avoir été nommée à la tête de ce festival.