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Max Bloom

Interview publiée par JM le 26 avril 2020

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L'ancien membre de Cajun Dance Party et Yuck est de retour avec un premier album solo, Perfume. Un album intimiste racontant la douleur, mais aussi la reconstruction après une rupture amoureuse. En plein confinement, nous avons rencontré Max Bloom par écran interposé afin d'en savoir davantage sur les dessous de ce disque. Interview fleuve.

Comment vas-tu Max ? Comment vis-tu cette période de confinement ?

Je vais bien, ma situation de confinement n'est pas trop mal. Il n'est pas stérile pour moi, je suis avec ma petite-amie dans mon appartement et je peux jouer de la musique. J'ai plutôt de la chance.

C'est une situation particulière, mais encore plus pendant la sortie d'un album...

Oui, je vois beaucoup d'artistes qui décalent la sortie de leur album et je le comprends complètement. En réalité, les vrais perdants ce cette situation sont les labels. Mais, paradoxalement, c'est plutôt une période idéale pour les artistes car toute forme d'art qui sort pendant ce confinement sera plus chérie que d'ordinaire et le public prendra davantage de temps pour l'écouter... Les gens ont plus que jamais besoin d'écouter de la musique, de se cultiver, d'être stimulés et inspirés en ce moment.

Tu fais partie de ces artistes qui ont lancé plusieurs éléments solidaires... Tu as même sorti une chanson intitulée Canceling Our Shows (Coronavirus Theme) sur le ton de l'humour et de l'ironie, allant ainsi à contre-courant de ce qui est proposé par les autres artistes. Pourquoi ?

Pourquoi ? Je ne sais pas (rires). Le fait que des artistes doivent annuler leurs concerts n'est clairement pas quelque chose de joyeux. Je pense que je voulais faire une chanson plus légère sur le coronavirus, c'est ma façon de faire, spontanément j'ai eu envie de traiter la chose avec humour. J'ai écrit une chanson et ensuite je me suis dit que ce serait très drôle d'en faire un clip humoristique. J'ai commencé à faire la liste de plein d'idées de situations exagérées que l'on peut rencontrer en confinement (rires). Enregistrer la chanson et le vidéo clip étai quelque chose de très marrant. Je voulais vraiment m'amuser en faisant ça. J'aurais pu écrire des tas de chansons beaucoup plus sérieuses sur le coronavirus, mais sur le coup écrire quelque de drôle était la meilleure chose à faire.

On sent que l'album est le reflet de l'état dans lequel tu étais lors de son écriture... Peux-tu nous en dire davantage ?

C'est sans doute vrai. La majorité des chansons ont été écrites dans la foulée de ma rupture avec ma petite-amie de l'époque, avec qui je suis resté huit ans. Je n'avais pas les idées claire à ce moment-là. Ça a été bouleversant, puisque nous nous étions rencontrés quand nous avions dix-neuf ans. Nous étions très proches, elle a partagé tout ce que j'ai vécu avec Yuck. Nous avons vécu beaucoup de choses ensemble, positives comme négatives. Ça a changé ma vie, je vivais chez mes parents à l'époque, j'avais ni argent ni travail... J'ai écrit ces chansons pour me soulager de toute pensée négative et de ce que je ressentais.

Il parait que tu t'interdisais d'écrire sur tes relations dans tes précédents groupes précédent...

Principalement, parce que les rares chansons dans lesquelles j'évoquais ma relation, mon ex-petite amie me demandait systématiquement: « Oh ! C'est à propos de moi ? ». Je répondais : « Non, pas du tout, tout va bien ! » et je me sentais très mal à l'aise à chaque fois (rires). En soi, c'était vraiment des sujets sur lesquels j'avais envie d'écrire, mais j'avais le sentiment que je ne pouvais pas. D'autant plus que les paroles n'étaient pas toutes positives et je n'avais pas envie d'écrire des trucs négatifs à propos de ma relation et que mon ex-petite amie se dise: « Clairement, ça parle de moi ! », donc je ne voulais pas la blesser. Dès que l'on a rompu, il y avait cette accumulation de choses dont je voulais parler et les paroles sont venues à moi presque toutes en même temps.

Ton album n'est pas une série de complaintes, la musique peut d'ailleurs être joyeuse sur des paroles tristes. Comment as-tu réussi cet équilibre ?

C'est une question intéressante ! (longue pause) Je pense que paroles et musique sont deux choses très distinctes pour moi. Avec Yuck, je composais d'abord la musique puis j'écrivais les paroles. Pour cet album, j'ai expérimenté plusieurs méthodes d'écriture. Parfois les mots venaient en premier et je composais la mélodie autour, mais le plus souvent la musique et les paroles me sont venues en même temps. Le processus était donc radicalement différent de ce que j'ai pu faire par le passé. Et concernant le rapport mélodie joyeuse / paroles tristes, je n'ai pas vraiment conscience que je fais ça ! Selon moi, une musique ou un accord « triste » ne l'est pas forcément, parfois un accord majeur ou une mélodie joyeuse peut avoir un effet tout aussi mélancolique. Je ne catégorise pas la musique comme « joyeuse » ou « triste », la musique que je compose reflète l'état d'esprit dans lequel je suis à un instant T, qu'importe que l'accord soit majeur ou mineur. Pour moi, c'est l'interprétation qui prévaut... Ce n'est pas très clair pardon ! (rires)

Sortir du son rauque et de la noise rock de Yuck. Etait-ce sortir de ta zone de confort ?

Oui tout à fait. C'était partiellement dû au fait que j'étais trop dans ma zone de confort, notamment lorsque de la composition du troisième album de Yuck. J'en suis très fier, mais je ne me suis pas donné comme j'aurais dû. Certaines chansons du nouvel album ressemblent à ce que je fais d'ordinaire bien sûr, mais pour la majorité je suis sorti de ma zone de confort, et c'était clairement intentionnel. Si en tant qu'artiste, tu ne donnes pas tout le temps le meilleur de toi-même, je pense que cela se ressent sur ta musique. Il faut toujours se forcer à repousser ses limites, c'est ça qui est stimulant et passionnant pour moi, et la personne qui écoute ta musique sentira aussi cette implication..

Quand on écoute Perfume, ton album, on pense à plein d'artistes, comme George Harrison. Quelles étaient tes influences au moment de l'écriture de l'album ?

Oui, George Harrison est clairement une grosse influence, c'est l'un des musiciens que j'admire le plus. Les Beatles ont d'ailleurs été ma première grande révélation musicale. Je les ai découverts très tard, vers quinze ans, car mes parents n'étaient pas très orientés musique, et je n'ai écouté que ça pendant une année entière ! Récemment, j'ai beaucoup écouté les albums solo de chacun d'entre eux même si tout n'est pas excellent, que ce soit chez Paul McCartney, John Lennon ou même George Harrison ! J'apprécie tout particulièrement l'album solo Mind Games de John Lennon, ou encore Harry Nilsson. J'adore Elliott Smith aussi, qui est pour moi une aussi grosse influence que les Beatles. Bref, beaucoup d'artistes solo, alors que je n'écoutais quasiment que des groupes avant. Par opposition à ce que je composais avec Yuck, j'ai voulu ici faire des chansons que l'on peut jouer sans aucun effet musical, technique ou autre, très épurées.

To Be Alone est le premier single que tu as révélé, mais aussi le titre qui ouvre l'album. Il pose les bases de ce qui va découler par la suite.. A-t-il une importance particulière pour toi ?

Oui, cette chanson est clairement l'élément déclencheur du reste de l'album. C'est la première chanson que j'ai composée au piano, généralement je fais tout à la guitare. Les paroles résument tout ce que j'essayais de surmonter et d'affronter à ce moment-là. Cette chanson décrit exactement tout ce que je ressentais. D'habitude écrire des paroles est un exercice difficile pour moi, mais celle-ci m'est venue naturellement. C'est la chanson qui a déclenché l'écriture du reste de l'album. C'était donc logique qu'elle y figure en tête.

Les ambiances des chansons sont très différentes les unes des autres sans tomber dans la compilation. Comment définirais-tu le fil rouge de l'album ?

Au delà du thème principal qu'est la rupture, cet album est très personnel. Les paroles traitent bien sûr de la difficulté de la séparation, mais aussi les problèmes d'alcool, la dépression, comment la surmonter... J'ai également été très inspiré par le stoïcisme, un courant de la Grèce antique qui explique comment surmonter l'adversité et transformer nos pensées négatives en quelque chose de positif et constructif. Musicalement, j'ai tout enregistré d'une traite chez mes parents, donc c'est très homogène niveau son.

Nous sommes à l'ère des playlists et de la musique consommée en streaming, pourtant j'ai l'impression que ton album est construit comme un vinyle, avec une Face A et une Face B. As-tu pensé ton album comme ça ?

Oui, quand j'écoute de la musique c'est toujours un album, je trouve ça beaucoup plus satisfaisant. Pour moi c'est un voyage, on va d'un point A à un point B, on suit quelques méandres et on en sort changé. C'est un peu vieux-jeu mais c'est ma perception. Les jeunes de nos jours n'écoutent sans doute plus du tout d'albums mais moi ça m'a toujours bercé. Toutes mes chansons préférées sont encore plus belles dans le contexte de leur album, pour moi c'est primordial. Peut-être qu'un jour je sortirais un son electro dance de deux minutes qui finira dans une playlist mais ce n'est pas pour tout de suite ! (rires)

Toujours sur la forme, tu semble attaché à l'univers visuel de tes chansons comme le montrent les dessins qui illustrent tes chansons sur Youtube ou encore le pochette de l'album qui est à la fois mélancolique et surréaliste. Peux-tu nous en parler ?

Oui, les dessins intérieurs de l'album ont été faits par mon ami Sacha Lacey. Ses dessins sont magiques et surréalistes, pleins de points et lignes très fines. C'est l'idée que je me fait d'une représentation d'un rêve et cela correspondait parfaitement à l'univers de l'album. La pochette, elle, est une peinture d'un autre de mes amis, Era Trieman. Il est psychothérapeute et même si la peinture est juste un hobby pour lui, il est très talentueux. Il a peint ce tableau après une rupture amoureuse lui aussi, il a donc créé avec les mêmes émotions qui m'habitaient lors de la composition de l'album. J'ai assisté à toutes les étapes de son avancée, et une fois finie, l'univers de l'oeuvre était très similaire à celui de Sacha. Il a accepté que j'en fasse ma pochette d'album et je l'adore !

Sound Of Violence traite de l'actualité du rock britannique de groupes confirmés comme émergeants. Aurais-tu des noms en tête à nous conseiller d'écouter ?

J'en ai plein ! Je joue ponctuellement de la guitare avec le groupe Happyness, ils vont sortir leur troisième album le 1er mai prochain, ils sont déjà un peu connus et très bons. J'aime aussi beaucoup Bdrmm, Black Countryn New Road, qui montent doucement au Royaume-Uni. Nilufer Yanya, dont vous avez sûrement entendu parlé. Le groupe Squid ou encore Wooze... Je pourrais en citer des dizaines !

Pour terminer, aurais-tu une série, un livre et un film à nous conseiller pour vivre au mieux ce confinement ?

Je viens de terminer la série Unorthodox, j'ai beaucoup aimé ! Bien qu'étant juif je n'ai pas du tout grandi là-dedans. Je ne sais pas si la série est fidèle à la religion juive orthodoxe mais c'était intéressant de découvrir tout cela. Je ne lis pas tant que ça en ce moment hélas... Pour les films, j'essaye de regarder des films légers, des feel good movies. C'est une période tellement pesante que je trouve nécessaire de s'aérer l'esprit ainsi. Récemment j'ai revu Rock Academy de Richard Linklater, c'est vraiment un de mes films préférés même s'il est un peu cheesy ! J'ai surtout regardé des classiques qui, je le sais, me feront me sentir bien et vont me faire rire, comme The Big Lebowski. On a regardé Yesterday de Danny Boyle, très cheesy lui aussi c'est vrai, mais c'était plutôt attendrissant, ce film reste une déclaration d'amour aux Beatles après tout ! Bref, si vous devez regarder des films pendant votre confinement, je vous conseille clairement ce genre de films.