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The Heavy

Interview publiée par Pierre-Arnaud Jonard le 2 juillet 2019

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The Heavy ont toujours produit de très bons disques mais leur dernier en date, Sons, est particulièrement réussi. Un album qui capte l'essence de Stax et de la Northern Soul. Rencontre à Paris avec leur sympathique chanteur Kelvin Swaby.

Vous avez dit à plusieurs reprises que vos disques sont comme des mixtapes. Cela a encore été le cas pour cet album ?

Tout à fait. Cela a été encore la même chose. Nos disques sont comme des journées avec des morceaux qui expriment les différents états d'âme de ta journée.

Le disque fait beaucoup penser aux productions Stax...

J'ai toujours aimé la façon dont les cuivres sonnaient sur leurs productions. Ils sont mis très en avant. Le son des albums Stax est fabuleux.

Le disque sonne également très Northern Soul. Vous en écoutez beaucoup ?

Oui, nous adorons ça. La pochette du disque rappelle celles des albums de Northern Soul. La photo a été prise dans un photomaton à Paris après un concert que nous avions donné. Cela avait été une super nuit. Nous l'avons bien sûr retravaillée. Elle rappelle les albums soul mais aussi certaines pochettes punk.

Le disque est un album qui rend heureux. C'est votre but de faire de la musique qui rend les gens heureux ?

Le dernier album avait une vibration plus négative. Dans nos vies, nous étions en plein divorce ou en crise de couple, et bien sûr tes émotions se retrouvent dans la musique que tu produis. Ce nouvel album a effectivement lui une vibe très positive.

Mais comme dans les disque soul des années 60, les paroles peuvent être sombres, comme sur Fighting For The Same Thing qui évoque le rassemblement des groupes suprématistes blancs à Charlottesville il y a deux ans...

Je vis aux Etats-Unis, dans le Sud du pays précisément. C'est multiculturel chez moi et de voir cet événement dans cette ville, juste un peu plus au nord, de voir que l'on peut encore juger quelqu'un sur la couleur de sa peau, ça m'a révolté. Quand des événements comme ça se déroulent, tu attends que ton leader réagisse et Trump a condamné les deux parties, les noirs comme les suprématistes. Ce n'est pas acceptable. Tu ne peux pas continuer comme ça. Ce qui est positif, c'est que des gens se lèvent contre ça. Le morceau est aussi un morceau anti-Brexit. Je ne pense pas, heureusement, que les gens racistes et/ou homophobes soient la majorité.

Le morceau m'a rappelé les grands classiques de la cause noire comme Don't Call Nigger Whitey de Sly and The Family Stone ou Say It Loud, I'm Black And I'm Proud de James Brown...

C'est un morceau sur l'unité, pour travailler ensemble peu importe nos divergences par ailleurs.

Le fait que tu habites maintenant aux Etats-Unis a-t-il changé les choses dans votre façon de travailler ensemble ?

Il y a deux ou trois ans, au début, ce n'était pas évident. C'était nouveau pour moi. Je travaille à la maison sur des boucles puis j'appelle les autres membres du groupe et de retour en Angleterre je leur fais écouter ce que j'ai fait et nous bossons à partir de ça. Je retourne ensuite aux Etats-Unis, et retravaille sur les morceaux. Nous faisons des aller-retour comme ça.

Vous avez bossé sur ce disque avec Paul Corkett qui est un producteur plutôt rock...

Oui, mais il a aussi travaillé avec Lee Scratch Perry ou Björk. C'est un excellent producteur. Il tire le meilleur de toi-même.

Est-ce que tu penses le disque comme rétro-futuriste ?

Oh God (rires). C'est dur de répondre à ça. Nos disques évoquent l'esprit des années 50s, 60s et même 70s avec un côté Led Zeppelin. Difficile de dire si nous sommes rétro-futuristes pour autant...

Interlude sonne comme la BO de Shaft...

e voulais un titre à la Kool and The Gang. Je suis content que tu le vois comme un titre dans l'esprit des BO de films de Blaxploitation.

Vos morceaux ont souvent été utilisés dans des spots publicitaires. C'est quelque chose qui te fait plaisir ?

J'en suis très content. Nous vivons des temps difficiles en tant que musiciens. Cela nous donne le privilège d'avoir du temps pour produire notre musique. A 99% j'aime les pubs qui ont utilisé nos morceaux.

Vous avez assuré une tournée aux Etats-Unis en Juin...

Oui et cela s'est super bien passé. Ça marche bien pour nous là-bas. Nous avons toujours été soutenus par la France et ce depuis le début. Nous sommes toujours heureux de jouer chez vous car nous savons que ça va être la fête. Depuis plusieurs années maintenant ça marche également bien pour nous aux Etats-Unis.