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Baxter Dury

Interview publiée par Laetitia Mavrel le 30 mai 2022

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De retour avec une compilation célébrant ses vingt années de carrière, Baxter Dury nous accordait en cette fin novembre 2021 une étonnante interview sur le principe même du Best Of. Mr Maserati 2001-2021 offre pourtant une sélection des plus appréciables de ce que nous a livré Baxter Dury depuis ses débuts, et permet ainsi à son compositeur interprète de remettre le pied à l’étrier tout en le laissant nous dévoiler ces attentes pour la suite.

Ravie de te retrouver à Paris dans les conditions normales d'une promotion. Notre dernière rencontre remonte à janvier 2020 et n'a malheureusement pas été suivi d'effets à cause de la pandémie. Est-ce aujourd'hui ton premier retour à Paris ?

Oui, tout à fait, ça fait du bien de revenir, prendre mon petit café à l'hôtel, sans être malade cette fois-ci ! (rires)

Je souhaiterais commencer par un petit aparté littéraire : tes mémoires, Chaise Longue, sont sortis durant l'été 2021 et ont rencontré un bel accueil dans ton pays. Es-tu satisfait de ce premier essai ?

Oui, je suis très content. J'étais un peu anxieux à l'idée de sortir un livre, prétendre être un écrivain... J'ai été courageux car je ne voulais pas trop romancer, ça n'a pas été facile mais j'ai réussi. Je suis assez fier de moi. Ce ne sont pas vraiment des mémoires, ce sont des histoires qui se passent à une époque que j'ai vécue enfant.

Combien de temps cela t'a-t-il demandé pour écrire ce livre ?

Deux ans à y réfléchir, et la fin des confinements pour l'écrire. Je n'avais rien d'autre à faire à ce moment-là, ça m'a aidé à passer au travers de l'enfermement. Je me levais tôt, je bossais, c'était sympa à faire.

Un récit autobiographique, une compilation... Que se passe-t-il dans ta vie ?

Eh bien, après avoir fini le livre, la compilation avait du sens. Je sais que les gens adorent collectionner, particulièrement les vinyles en ce moment, leur offrir une compilation est intéressant. Attention, je ne suis pas un nostalgique pour autant, je suis plutôt tourné vers le futur. La notion de Best Of est une espèce de glamourisation de ton travail, ça donne aux morceaux un aspect précieux et, pour être honnête, ça m'a juste pris six minutes pour les compiler...

Seulement ? J'allais te demander si le choix du tracklisting t'a été suggéré à un moment ou un autre ?

Non, mais le choix était évident, il est lié à la popularité des morceaux. Certains titres sont un peu moins connus mais pas tant que ça, ça m'a paru très facile de faire une sélection.

Je trouve que ce disque est une rétrospective fidèle de ton style, bien que tu n'en aies pas vraiment un, c'est plutôt une « touche » que tu distilles et qui est reconnaissable à la première écoute...

Ah, merci ! Et selon toi c'est une « bonne » touche ou une « mauvaise » touche ?

Et bien cela dépend du degré d'attraction que tu déclenches chez l'auditoire...

Oui exactement, ça, ça me plait bien !

Doit-on considérer Mr Maserati 2001-2021 comme un bilan qui te mène vers une nouvelle étape ?

Non, cette compilation ne ferme en rien ce qui a été fait précédemment, elle permet tout simplement de réunir sur un seul format une bonne sélection de ce que l'on trouve dans mes six disques. Je ne dévalue pas la compilation mais, encore une fois, je ne suis pas un grand nostalgique, c'est ici surtout une idée de ma maison de disques. Je suis persuadé qu'il faut toujours se concentrer sur du nouveau matériel, la compilation c'est un peu un geste qui offre une transition vers ce qui va suivre.

Y'a-t-il une autre facette de ton talent que ne nous ne connaissons pas encore ?

Eh bien on me propose une émission de télévision et je suis en pleines négociations. J'adore aussi l'idée d'être impliqué dans un film. J'écris également un nouveau livre avec le même éditeur. Tu sais, le confinement m'a fait beaucoup réfléchir et je me suis vu vieillir et être toujours coincé dans un tour bus... Je pense que j'étoufferais !

C'est la pandémie qui t'a mené sur ces nouveaux chemins ?

Une chose est certaine, c'est qu'il m'a absolument fallu extraire du positif de toute cette période, c'est ainsi que j'ai mis à profit ces deux ans. Tu ne dois pas non plus t'habituer à rester chez toi et tu dois te lancer des défis. C'est comme rester coincer dans une même routine artistique, il y a des gens qui continuent de faire la même musique tout le temps, s'adressent au même public, ciblent le même marché... En fait, ça arrive surtout chez les mecs vieillissants, ils continuent de faire la même musique sans s'en rendre compte, leur sens de la créativité disparaît, ils se paument complètement et j'ai peur de tourner comme ça !

Tu sembles pourtant écouter beaucoup de styles différents, et grâce à toutes ces collaborations avec de nombreux artistes de diverses origines il n'y a pas de risques à tourner en rond ?

Le risque ici serait de s'approprier le style d'un autre sans l'assimiler et tu sonnerais complètement à côté de la plaque... ça me fait penser à Serge Gainsbourg et sa période reggae, ce mec a un talent fou mais à ce moment-là, il a complètement foiré son interprétation. Tu ne peux décemment pas porter du « double denim » (ndlr : la faute de goût ultime qu'est la chemise en jeans sur un jeans) et chanter du reggae, c'est voué à l'échec.

Alors selon toi, cette compilation va-t-elle te faire rencontrer un nouveau public ?

Je ne sais pas, je pense que ce produit est destiné aux personnes qui sont déjà fans, ce sont plutôt des mecs un peu âgés qui vont acheter la compilation et en vinyle car ils collectionnent les disques.

Je ne suis pas un mec âgé et je collectionne les disques pourtant...

Attention, je ne veux pas offenser qui que ce soit, mais il me semble que c'est surtout un truc de garçons, en tout cas à une époque plus lointaine c'était vraiment le cas et beaucoup de ces hommes se sont retrouvés coincés dans cette habitude. Bref... (rires) Ce que je veux dire, c'est que c'est un hobby de collectionner les vinyles et je trouve que c'est comme un rituel tourné vers le passé. Après, je n'ai aucun problème avec le format que préfèrent les gens, bien au contraire ! En plus, les jeunes sont réellement déconnectés de ce format, aujourd'hui ils ne branchent plus rien ! Tu les mets dans un studio, tout se fait « en ligne », il n'y a plus de prises nulle part et ils réussissent pourtant à faire des trucs géniaux... ça peut être réconfortant d'être nostalgique de temps en temps mais l'objectif c'est de rester tourné vers le futur. Et c'est bien mon intention.