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Tim Burgess

Interview publiée par Laetitia Mavrel le 20 mai 2020

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Instigateur des Listening Parties sur Twitter, initiative la plus populaire du moment chez les amateurs de musique live confinés, Tim Burgess nous livre son 5e album solo I Love The New Sky le 22 mai. En direct de sa couette en ce début de journée qu'il a très remplie, c'est toujours avec entrain et gentillesse que le leader des Charlatans nous livre ses pensées sur le confinement et le travail accompli.

Tim, tu es très occupé durant ton confinement entre la vie de famille, le nouvel album et ton nouveau job à plein temps, l'organisation des Listening Parties sur Twitter. Comment te portes-tu avec un tel emploi du temps et arrives-tu à te reposer un peu ?

Non, je ne me suis pas vraiment reposé ces dernières semaines. Mais je suis chanceux car j'habite dans un petit village à la campagne, en pleine nature. J'ai un petit garçon qui est scolarisé à la maison ce qui n'est pas facile à gérer mais nous en profitons un maximum. Les Listening Parties me prennent dix heures par jour à organiser et aussi pour répondre aux gens sur Twitter.
Je donne également beaucoup d'interviews (ndlr : en mode Skype meeting) partout dans le monde. J'ai vraiment l'impression de les faire en personne car nous pouvons nous voir ! Je prends conscience des distances parcourues sans laisser derrière moi une énorme empreinte carbone.

I Love The New Sky sort le 22 mai et c'est déjà ton cinquième album solo... Parle-nous un peu de ce disque, quel était ton état d'esprit quand tu l'as écrit et par quoi as-tu été inspiré ?

Cela m'a pris un an pour l'écrire car j'ai une routine journalière bien ancrée. C'était alors mon unique projet, je me suis donc donné un temps régulier et quotidien pour m'y consacrer. Je l'ai écrit principalement dans ma chambre (ndlr : Tim nous montre sa chambre entre son lit et tout son matériel) j'ai une belle vue, une platine, un ordinateur, mes guitares... Je l'ai écrit entre les moments où je déposais et allais chercher mon fils à l'école. J'ai été inspiré par ce qu'il s'est passé dans le monde ces trois dernières années surtout politiquement avec le Brexit auquel j'étais opposé. Je me sentais vraiment déprimé par tout ça donc je devais engendrer du bonheur, pour moi-même et les autres. Pour cela, quand j'ai froid par exemple, je pense à Los Angeles, à ses plages et son soleil, ou je regarde par ma fenêtre. J'essaye de trouver la beauté dans ce que je vois, de créer un lendemain plus heureux. C'est dans cet esprit que j'ai écrit l'album.

Ton récit va de pair avec l'impression que nous avons à l'écoute de cet album. C'est un disque rempli d'optimisme, garni de pop fleurie inspirée des 60s et de mélodies plus classiques au piano. Ta voix sonne toujours aussi jeune et est entourée de chœurs féminins très fluides. Réalises-tu que cet album ne pouvait pas mieux tomber que durant cette sombre période ?

Cet album a été créé dans des conditions optimales avec des gens que j'apprécie réellement, sans avoir à obéir aux injonctions d'une maison de disques. Je n'avais pas de pression sur le temps et je me suis laissé guider par les chansons qui venaient au fur et à mesure. J'ai eu la chance d'aller à New York pour lancer l'album où je devais jouer quatre shows et puis le confinement est arrivé. On m'a proposé de reporter mais le disque avait déjà sa propre existence donc j'ai maintenu le planning. J'ai pensé que cela apporterait de l'optimisme et du réconfort pendant cette période, je crois que c'est réussi !

De plus cet album est très accessible, les premières écoutes nous font tout de suite capter l'esprit qui le façonne. Cet univers pop était-il bien ton but ?

C'est un album de pop classique en effet, inspiré par une de mes compositrices préférées qui est Carole King, dont j'adore l'album Tapestry et que j'ai rencontrée à Los Angeles. J'ai également convié Daniel O'Sullivan que je connais depuis de nombreuses années car je voulais qu'il le produise ainsi que Thighpaulsandra pour le mixage, je savais qu'ils comprendraient tout de suite l'esthétique que je voulais créer.
Nous nous sommes lancés dans une façon plus moderne d'écrire des chansons, c'était génial car nous avons tous écouté des nouvelles choses ou plus intensément des artistes devenus des classiques comme 10cc et Roxy Music. Sans Roxy Music, Laurie n'aurait jamais sonné comme ça ! Nous nous sommes ouverts à plein de choses tout du long, c'est cela qui a donné son identité au disque.

Certains singles ont déjà été dévoilés et leurs vidéos sont toutes très bien réalisées. L'un d'entre eux est The Mall, une chanson très drôle et assez cynique. Son clip est très amusant. Il semble que selon toi, un centre commercial soit « The Place To Be » ou « trendy ». Quel est le message derrière cette chanson ?

Les centres commerciaux ont des avantages et des effets secondaires. Les avantages sont que nous y sommes tous égaux, on y vient comme on est. On peut y aller de façon anonyme ou se mettre en valeur et on s'y mélange. C'est un monde à part entière dans notre propre monde ! On y est tentés, c'est comme si c'était Noël tous les jours et cela nous donne un faux sentiment de sécurité.

C'est amusant car tu vis dorénavant à l'écart de tout cela, loin de cette masse que l'on rencontre dans ces centres commerciaux. Où se trouve le mall si évocateur où tu as tourné le vidéo clip ?

Il se trouve à Coventry en Angleterre. Nous avons eu l'autorisation de tourner de 18h le soir jusqu'à 1h du matin. C'était incroyable car je n'avais jamais vu un centre commercial vide. Ce qui est amusant c'est que le clip est en résonance avec ce qui se passe en ce moment, ils sont tous vides ! Je ne pouvais pas prédire cela.

En parlant de « trendy – tendance », venons-en à tes fameuses Listening Parties sur Twitter qui ont débuté au début du confinement. Peux-tu nous en donner le principe et nous expliquer comment cela fonctionne ?

Au départ cela débutait à 22h, puis petit à petit nous en avons rajouté dans la même soirée ce qui nous fait commencer dès 19h. Le principe est d'écouter un disque que nous lançons tous au même moment. Y participent l'artiste principal et d'autres membres des groupes qui tweetent tout du long leurs commentaires personnels en même temps que les internautes.
Nous avons tous lus des chroniques de disques mais ici, il s'agit d'histoires et d'anecdotes vécues par les musiciens. Il n'y a pas de caméras donc on doit s'imaginer la réaction des uns et des autres au fur et à mesure et s'imprégner de cette ambiance singulière. C'est très puissant à vivre.

Tu avais déjà organisé des Listening Parties pour tes albums précédents...

Oui, en effet, mais jamais à ce niveau, c'est vraiment monté en puissance. Et surtout du fait du confinement, les gens se sont réellement concentrés dessus.

Les albums choisis sont en majorité ta propre sélection mais es-tu aujourd'hui sollicité directement par des artistes pour organiser quelque chose autour de leurs disques ?

Oui au départ c'est un choix personnel, puis petit à petit des suggestions me viennent de la part d'artistes. Par exemple j'ai eu une conversation aujourd'hui avec 10cc et Horace de The Specials. J'ai initié les premières avec Alex Kapranos de Franz Ferdinand, Alex James de Blur et Bonehead d'Oasis. Et ainsi des gens sont venus me demander d'en organiser : Prefab Sprout, Steven de New Order, Flaming Lips, The Coral... Nous allons avoir Kevin Rowlands des Dexys Midnight Runners, Four Tet, The Chemical Brothers … Tous ces grands artistes, je leur serai à jamais redevable pour ce qu'ils font avec nous.

Des choses incroyables sont arrivées sur Twitter, je pense à l'émotion de Bonehead ou bien à Paul Draper et Andie Rathbone de Mansun qui ont littéralement renoué contact et qui ont décidé de rejouer ensemble. Vivre cela en live était fantastique. Te sens-tu fier de ce que tu as accompli jusque-là ?

Être fier est un mot étrange pour moi, je dirais plutôt que je suis heureux d'avoir instigué tout cela et ainsi d'apporter du réconfort aux gens qui écoutent.

Tu as vécu des choses difficiles en ce début de confinement : tu es tombé malade et tu as malheureusement perdu ton père. Dirais-tu que ces parties sur Twitter, dont le but est de se connecter au monde, sont une thérapie pour aller de l'avant ?

Oui, c'est très vrai, j'ai eu besoin de me concentrer sur quelque chose de concret. Mon père est décédé durant le confinement, ça a été très perturbant car nous n'avons pu être que dix personnes à ses funérailles. Nous sommes nombreux à vivre des tragédies durant cette période, donc oui, me lancer dans cette initiative m'aide énormément.

Quelle serait ta Listening Party idéale ?

Avoir le Wu Tang Clan serait génial ! Mais je ne sais pas comment les contacter (rires). De La Soul également, Debbie Harry... Je suis très content d'avoir demandé à Simon Le Bon de Duran Duran de participer. Ce qui est important c'est que tous les gens qui y prennent part le font toujours avec entrain. C'est en effet quelque chose de particulier à gérer et tout le monde jusqu'à présent s'est hyper bien débrouillé, je suis devenu fans de tous ces artistes.

Tu as déjà essuyé des refus de certains musiciens ?

En fait oui, mais jamais pour de mauvaises raisons. C'est surtout car ils ne connaissent pas Twitter et son fonctionnement. Ils s'y sentiraient très exposés. Ça n'est pas qu'ils sont contre l'idée mais je pense qu'ils se sentent plus à l'aise en tant que simples participants. Je ne citerai pas de noms mais certains sont des amis proches ! (rires).

Une autre très bonne initiative à laquelle tu prends part est le Love Record Store Day qui a lieu le 20 juin prochain. Peux-tu nous en dire plus ?

Oui ! C'est pour venir en aide aux disquaires indépendants. Ce sont des commerces qui souffrent en général, leur devenir est toujours incertain. Je n'envisagerais pas ma vie sans les disquaires. Aller fouiner pour trouver des disques, se faire conseiller par les vendeurs, c'est une expérience géniale. Le principe est de rappeler que les disquaires continuent de fonctionner et peuvent même nous livrer chez nous directement, ce qui vous embellie la journée !
Il y aura des éditions spécialement conçues pour cette journée, et j'en suis l'ambassadeur.

Parle-nous de ta relation à la France. As-tu en mémoire un concert que tu y as particulièrement apprécié ?

J'ai aimé tous mes concerts en France, que ce soit à Paris, Lyon, Toulouse... J'ai adoré jouer au Bataclan. AB/CD/CD qui a réalisé le clip de Empathy For The Devil est français tu sais !
Je n'ai jamais passé beaucoup de temps à Paris, mais j'ai aimé à chaque fois même si je restais à l'hôtel juste à côté de la gare ! (rires) J'ai évidement visité la Tour Eiffel et le Louvre mais j'ai surtout apprécié d'aller chez les disquaires et les libraires. J'aime vos poètes, vos peintres, j'ai un peu trainé à Montmartre quand j'avais vingt ans ...

Quel est ton musicien français préféré ?

Je dirais Lizzy Mercier Descloux qui est affiliée à la scène punk du milieu des années 70. Elle est très connue à New York, elle est une pionnière en world music. J'étais obsédé par elle.

Je ne te demanderais pas de nous recommander tes meilleurs disques car nous en avons déjà une idée sur Twitter. Donne-nous plutôt les meilleurs concerts auxquels tu as assisté...

Tous les concerts de Bob Dylan dont Manchester en 1999 que j'ai particulièrement aimé. PJ Harvey également à Manchester en 1991, The Cure à Los Angeles devant 5000 personnes où ils ont joué Bloodflowers, Pornography et Disintegration, New Order à la Hacienda en 1996.

Tous ces concerts datent un peu ! Quelle était la meilleure période selon toi ?

J'ai commencé à aller en concert dès mon adolescence dans les années 80 et grâce à mon groupe dans les années 90 je crois avoir vu à peu près tout le monde de cette époque. J'ai beaucoup vu les Black Crowes et les Beastie Boys, Oasis et Blur évidement puis au début des années 2000 j'ai adoré voir The Brian Jonestown Massacre, Elliott Smith, The Strokes, The White Stripes... Aujourd'hui j'ai simplement moins de temps car je suis papa. Le dernier groupe que j'ai vu et vraiment aimé est Factory Floor.